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Affaire Bellirej : L'imbroglio judiciaire
Publié dans Le temps le 15 - 04 - 2011

Les cinq détenus politiques dans le cadre de l'affaire Bellirej devraient recouvrer leur liberté après deux années derrière les barreaux. Retour sur une affaire qui a mis à mal la justice marocaine.
Lueur d'espoir pour les cinq détenus politiques dans le cadre de l'affaire Bellirej. Bientôt, ils ne croupiront plus en prison. Leur libération pourrait intervenir dans les jours qui viennent. La décision aurait été prise après le discours royal du 9 mars. Cependant la fuite de l'information aux médias aurait décontenancé les décideurs et retardé l'annonce de cette décision.
Les peines prononcées en juillet 2010 par la Chambre criminelle (2è degré) chargée des affaires de terrorisme près l'annexe de la Cour d'appel à Salé avaient confirmé celles prononcées en premier ressort.
Le principal accusé Abdelkader Bellirej a été condamné à perpétuité. Les six responsables politiques (Mustapha Moâtassim, Mohamed Marouani, Amine Ragala, Ma-El Ainin Alaa Badella et Abdelhafid Sriti), poursuivis pour complicité, ont vu leurs sentences prononcées en première instance à des peines de 20 à 25 ans de réclusion réduites à 10 ans de prison ferme.
Les charges retenues contre ces derniers, accusés de faire partie d'une cellule de 35 individus, sont : «atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat et meurtre avec préméditation, constitution d'une bande criminelle en vue de préparer et commettre des actes terroristes dans le cadre d'une entreprise collective visant à porter gravement atteinte à l'ordre public, par l'intimidation, la violence et la terreur».
Leurs avocats avaient décidé de saisir la Cour spéciale de justice comme ultime recours dont il ne croyaient pas à l'issue -comme nous le dit l'un d'entre eux. Reste la grâce royale. «Ce sera le meilleur moyen de clore un dossier qui a donné le tournis à tout le monde», estime le politologue Mohamed Darif dans une déclaration au Temps.
Beaucoup de zones d'ombre
L'affaire Bellirej a tenu en haleine l'opinion publique pendant deux ans. Le démantèlement de la «cellule terroriste» en février 2008 et l'annonce des faits reprochés aux accusés ont laissé pantois observateurs et simples particuliers. L'affaire a été surmédiatisée tant au Maroc qu'à l'étranger. Abdelkader Bellirej, le présumé cerveau de ladite cellule terroriste, naturalisé belge, agirait pour le compte d'Al-Qaïda. Il aurait été «un indicateur officiel rémunéré de la Sûreté belge», ce qui expliquerait pourquoi les renseignements belges «ont fermé les yeux sur ces actes de banditisme». Il aurait aidé la Sûreté de l'Etat belge à déjouer un attentat en Europe, selon le quotidien belge "Le Soir" qui a révélé que Bellirej percevait une somme allant de 500 à 2 500 euros par information.
Bellirej aurait également commis six meurtres sur le territoire belge et projeté de tuer d'autres personnalités dont le célèbre philosophe français Bernard-Henry Lévy. Les journaux avaient fait leurs choux gars de cette délicate affaire. D'aucuns ont même titré «La saga Bellirej». Mais c'est surtout l'arrestation de cinq militants politiques, dont trois leaders du parti d'Al Badil Al Hadari dissous par le Premier ministre, qui a fait couler beaucoup d'encre.
Bellirej a reconnu avoir introduit des armes au Maroc mais «pour les acheminer en Algérie».
Tous les autres accusés clament leur innocence. L'un d'entre eux, Mustapha Moâtassim, Secrétaire général d'Al Badil Al Hadari, a même révélé qu'il avait informé Ahmed Herzenni, ancien président du défunt CCDH (Conseil consultatif des droits de l'Homme), que des armes étaient en circulation au Maroc dans le but de servir des projets terroristes. Fait que ce dernier a confirmé lors d'un passage à l'émission Hiwar de Mustapha Alaoui sur Al Aoula. Les avocats de Moâtassim ont beau demander au juge la convocation de Herzenni comme témoin, en vain.
Lors de l'annonce par Chakib Benmoussa, à l'époque ministre de l'Intérieur, du démantèlement de la cellule Bellirej, nombre de partis politiques se sont empressés de publier des communiqués dénonçant les actes que comptait perpétrer ce «réseau terroriste». Aujourd'hui, le doute gagne les esprits. Nombreux sont ceux qui ne savent plus où donner de la tête, ni à quel saint se vouer. Tellement l'affaire recèle beaucoup de zones d'ombre.
Mohamed Darif estime que le jugement prononcé par la Cour d'appel à Salé ne peut en aucun cas résorber les questions en suspens autour de la validité d'un tel procès. «Le Tribunal s'est basé uniquement sur les PV de la police judiciaire, ce qui met notre justice dans une situation guère enviable. Dans ce cas, il est difficile de parler d'indépendance de la Justice», nous dit le politologue, spécialiste en mouvements islamistes.
D'autant que les avocats des prévenus n'ont pu consulter les centaines de pages constituant le PV. Quelques jours après le verdict, l'ambassade américaine à Rabat a envoyé un commentaire secret à Washington et à différentes ambassades américaines en Europe, sous le titre «Un important cas de terrorisme soulève des questions de droits de l'Homme». Cette note, dévoilée par le site Wikileaks, conclut que le procès en première instance «ne s'est pas déroulé de manière équitable».
Bombes à retardement ?
Pour nombre d'observateurs, le travail de l'Instance Equité et Réconciliation (IER) doit s'étendre aux dix dernières années. «Les années qui ont précédé le règne de Mohammed VI ont également connu de nombreuses exactions et d'atteintes aux droits de l'Homme», estime M. Darif. Des abus qui ont conduit au pire. La parfaite illustration en est le cas de Abdelfettah Ryadi, condamné à cinq ans de prison puis grâcié. Après avoir purgé deux années au centre pénitentiaire de Salé, il s'était fait exploser en mars 2007 dans un cybercafé situé au quartier Sidi Moumen à Casablanca.
D'aucuns ne cachent pas leurs craintes de voir certains condamnés lui emboîter le pas. «Effectivement, souligne Mohamed Darif, c'est un risque que l'on court. Car le danger est de pousser des gens à la radicalisation pour que, par la suite, ils répandent cette pensée djihadiste. Il ne faut pas oublier que de nombreuses personnes condamnées depuis 2003 pour terrorisme étaient simplement des salafistes. Ils se sont transformés en salafistes djihadistes. Un danger ambulant.»
Pour Mustapha Ramid, l'un des avocats des six prisonniers politiques, le procès est «une mascarade judiciaire».
De nombreux observateurs, plus modérés que le député PJDdésite, voient l'affaire avec beaucoup de précaution.
C'est le cas de ce membre d'un parti politique au pouvoir. Notre interlocuteur qui a requis l'anonymat, estime que «l'affaire Bellirej n'a pas livré tous ses secrets. Il faut reconnaître que, devant les faits tels que présentés par l'Intérieur, nous sommes allés vite en besogne. Tout le monde le sait, mais peu osent le dire.» «Aujourd'hui, ajoute-t-il, nous devons faire notre mea culpa et appeler à une un procès équitable.»
En attendant, les familles et proches des détenus politiques continuent de siéger près de la prison de Salé, espérant la relaxe des leurs. Une libération, nous dit M. Ramid dans un entretien téléphonique, qui n'est qu'une question de temps.
Pour une issue «honorable»
Said Lakhal est politologue, chercheur en mouvements islamistes. Il est connu pour son intransigeance, son opposition farouche à l'intégrisme et à l'islam radical. Ses écrits lui ont valu maintes fois des menaces de mort. Dans l'affaire des six détenus politiques, il décoche ses flèches contre l'Etat et la justice qu'il juge «sans crédibilité». «Le Maroc, insiste-t-il, a besoin aujourd'hui d'une décision politique courageuse concernant toutes les affaires qui ont nuit et continuent de nuire à son image.» M. Lakhal montre la voie et donne de la voix : «Seule une grâce royale en faveur des détenus politiques est à même de créer un climat de confiance dans l'esprit des jeunes et des citoyens». Pour lui, c'est le seul moyen de «rompre avec les pratiques bannies qui ont exposé le Maroc aux critiques des organisations internationales des droits de l'homme». Et de conclure : «Dans cette affaire, la grâce royale est la seule issue honorable».
Abdelkader El-Aine (Le Temps)


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