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EGYPTE Fin de partie pour Mohamed Morsi
Publié dans L'observateur du Maroc le 11 - 07 - 2013

Mohamed Morsi, premier président islamiste d'Egypte a voulu se battre jusqu'au bout. Il était 1 heure du matin, le 3 juillet, quand dans un dernier discours, il annonçait qu'il ne démissionnerait pas. Il se disait prêt à mourir. Ne comprenait-il pas que l'immense majorité de la population s'était détournée de lui ? Pourtant, il ne lui restait plus que quelques heures avant que n'expire l'ultimatum lancé par les militaires pour qu'il satisfasse « aux demandes du peuple » et en parte. C'était aux yeux de l'armée la seule issue possible depuis que des millions d'Egyptiens étaient descendus dans la rue pour demander sa démission. Depuis, ils ne l'avaient plus quitté.
Mercredi après-midi, à l'heure où nous mettions sous presse et où l'ultimatum avait expiré, Mohamed Morsi était assigné à résidence et interdit de quitter le territoire. Des chars prenaient position autour de la Garde présidentielle où il s'était réfugié. Le général Abdel Fatah Sissi, ministre de la Défense se concertait avec les chefs des partis d'opposition, et les deux principaux responsables religieux, le cheikh d'El Azhar, Ahmed Tayeb et le pape copte, le patriarche Théodoros, chef des chrétiens orthodoxes (8% de la population). Il fallait l'accord de tous pour écarter, sans effusion de sang, Mohamed Morsi du pouvoir et nommer celui qui dirigerait l'institution de transition chargée d'organiser des élections.
Car le général Sissi a eu un double souci : que l'armée ne prenne pas le pouvoir, car elle s'était discréditée lorsqu'elle avait assuré l'intérim entre le départ de Moubarak et les élections du 30 juin 2012; et éviter une guerre civile entre partisans de Mohamed Morsi et opposants anti-islamistes. Car Mohamed Morsi et les siens, mercredi soir, semblaient prêts à se battre jusqu'au bout. Une situation inimaginable il y a quelques mois encore. Mais le mécontentement s'était tant accru ces dernières semaines alors que l'Egypte plongeait dans un marasme économique profond, que le statu quo semblait impossible. Les caisses de l'Etat se vidaient, les emplois disparaissaient, le pouvoir devenait de plus en plus autoritaire et infiltrait l'Etat de nombreux Frères musulmans, véritables commissaires politiques souvent sans compétences.
Pour beaucoup, c'était une nouvelle Egypte, intransigeante et sectaire, que Mohamed Morsi et les siens rêvaient d'instaurer. Alors, six jeunes avaient eu l'idée de lancer une pétition qui demanderait aux Egyptiens de signer en faveur du départ du président contesté. Jamais ils n'avaient cru pouvoir recueillir 22 millions de signatures en deux mois. Les Frères musulmans, de leur côté, ne sont pas prêts à se voir voler leur victoire électorale. Ils crient, non sans raison, au coup d'état. Les opposants, eux, mettent en avant la légitimité révolutionnaire de tout un peuple contre une légalité des urnes qui n'a pas été respectée. Dialogue de sourds. Les frères musulmans craignent que leur élimination de la vie politique ne les renvoie à la case prison. Leur échec aura aussi des répercussions sur les partis frères arrivés au pouvoir dans la foulée du Printemps arabe. L'Egypte a toujours été le centre du monde arabe. L'échec des islamistes au Caire est un signal négatif lancé à leurs Frères de la région. La Tunisie, en particulier, suit avec intérêt les évènements d'Egypte.


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