La Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel a organisé, le 28 janvier à Rabat, un colloque national axé sur la protection des données personnelles au service des valeurs constitutionnelles. Une rencontre qui rentre dans le cadre de la semaine dédiée au respect de la vie privée et qui se prolonge jusqu'au 31 janvier. Elle fait écho à la célébration annuelle du « Data Privacy Day », observé chaque 28 janvier. Dans une intervention à cette occasion, Amina Bouayach, la présidente du Conseil national des droits de l'Homme, a souligné que la protection des données personnelles est devenue une question cruciale et une priorité dans les sociétés contemporaines, notamment face aux bouleversements numériques et technologiques actuels. Plaidant pour une protection renforcée des données personnelles à l'ère de la révolution numérique, Bouayach a tracé une feuille de route avec six principaux axes pour une préservation de la vie privée et des données personnelles, avec une approche respectueuse des droits de l'Homme. Des recommandations, qui devraient aider à faire face aux différentes menaces cybernétiques et pour une utilisation sécurisée à l'abri des cyberattaques, des abus, de l'exploitation malveillante, de l manipulation et du piratage électronique. Vie privée, droit fondamental Ainsi la protection des données personnelles est érigée en droit fondamental intimement lié au respect de la vie privée, selon Bouayach. « Un droit garant de la dignité des individus et de leurs libertés fondamentales et un pilier essentiel de la démocratie », insiste la présidente du CNDH. Dans ce même contexte, Amina Bouayach a appelé à l'instauration d'une régulation ferme et claire pour encadrer légalement la collecte, le traitement et le stockage des données dans un processus respectueux et garant de leur sécurité et surtout de leur caractère confidentiel. La présidente du CNDH a noté par ailleurs l'ampleur de « la menace » pour les données personnelles à l'ère de l'intelligence artificielle et de l'évolution technologique de l'information. Revenant à la charge, Bouayach insiste sur le renforcement de la protection des groupes vulnérables, comme les femmes et les enfants, contre toute forme de « ciblage abusif ou de manipulation » sur les plateformes numériques. Elle a par ailleurs déploré l'exploitation abusive des données personnelles sur le net dans l'irrespect total de la volonté et du libre choix des individus. Une exploitation à but lucratif et commercial, dans la grande majorité des cas, mais « qui peut être préjudiciable aux droits des personnes, en particulier pour les groupes vulnérables » dénonce la présidente du CNDH. Sensibiliser pour immuniser Versant dans le même sens, cette dernière a noté l'importance de l'éducation numérique pour sensibiliser les citoyens à l'ampleur des enjeux liés à la protection de leurs données. Selon Bouayach, le manque de culture numérique reste un facteur fragilisant face aux différentes menaces cybernétiques. La responsable a par ailleurs soulevé le caractère « interférent » des abus touchant aux données personnelles et à la vie privée d'un côté et les atteintes aux autres libertés individuelles d'un autre. Décryptage ? « C'est un outil essentiel pour garantir d'autres droits fondamentaux à savoir la liberté d'expression, la liberté de croyance ou encore la liberté de réunion... », souligne Amina Bouayach. Une violation des données personnelles pourrait engendrer une atteinte directe à d'autres droits, d'où l'importance de leur protection pour préserver l'équilibre entre les droits individuels et les intérêts collectifs, détaille-t-elle. Pour conclure, la présidente du CNDH a appelé à une collaboration internationale afin de consolider la protection des données personnelles. Un véritable défi face au développement de l'intelligence artificielle. Soulignant d'un trait rouge « l'absence de garanties de transparence, de proportionnalité et de non-discrimination » sur l'espace virtuel, Bouayach estime que ces technologies peuvent représenter une véritable menace pour les données personnelles. « D'où la nécessité de placer les droits de l'Homme au cœur du développement de ces technologies. Ceci en adoptant notamment l'approche « Privacy by Design », conclut la présidente du CNDH.