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« Sans justice sociale, pas d'émancipation pour les femmes amazighes »
Publié dans L'observateur du Maroc le 23 - 05 - 2025


Entretien
Amina Zioual, présidente de l'association « Voix de la femme amazighe »
L'Observateur du Maroc et d'Afrique: Lorsqu'on évoque les violences économiques basées sur le genre, en quoi la situation de la femme amazighe est-elle particulière par rapport à celle des femmes marocaines en général ?
Amina Zioual : La femme amazighe subit une double voire une triple marginalisation. D'abord en tant que femme, ensuite en tant qu'amazighe et parfois même en tant que personne vivant dans des zones enclavées. C'est une problématique multidimensionnelle et complexe qui implique plusieurs niveaux et touche différents aspects de la vie de ses femmes. Elles sont privées de ressources, d'autonomie financière et leur accès aux droits économiques restent très limité. Chez ces femmes, ces violences sont aggravées par les obstacles linguistiques et géographiques.
La violence économique, dans ce cas précis, désigne les freins systémiques qui empêchent les femmes d'accéder aux ressources, à l'autonomie financière et aux services de base. Les femmes amazighes, notamment dans les zones rurales et montagneuses, vivent souvent dans des conditions précaires. Elles travaillent dur : dans les champs, à la maison, dans l'informel mais restent sans revenu stable, sans reconnaissance et parfois leurs efforts restent sans contrepartie. Cette forme de violence est culturelle mais aussi structurelle, parce qu'elle résulte de politiques publiques qui continuent de les ignorer et de passer à côté de leur souffrance.
Quelles sont les principales conséquences de cette "marginalisation" ?
D'abord, l'exclusion économique. Sans accès à la propriété et aux terres, sans droit à l'héritage dans bien des cas, sans accès au financement ou à des projets générateurs de revenus, elles restent complètement dépendantes des hommes de la famille. Cette dépendance alimente et génère par la suite d'autres formes de violences : domestiques, physiques, sexuelles... Une femme qui n'a pas de ressources ne peut pas fuir une situation abusive. Elle est prise en otage de sa propre précarité. Enfin, cette marginalisation contribue à leur invisibilité dans les sphères de décision y compris au sein de la structure familiale, des collectivités locales, dans les associations ou les coopératives alors qu'elles en sont le véritable moteur.
On a vu ces dernières années la prolifération des coopératives féminines en milieu rural. N'est-ce pas un signe de progrès et d'inclusion socio-économique?
C'est vrai, et c'est un levier de développement important. Mais il ne faut cependant pas idéaliser. Dans de nombreuses coopératives, les femmes amazighes font tout le travail que ça soit de l'artisanat, de l'agriculture, l'agroalimentaire, phytothérapie... or elles se contentent d'être la main d'œuvre et n'ont pas un vrai pouvoir de décision. Ce sont les hommes qui contrôlent les finances, prennent les décisions et bénéficient des retombées. Les femmes produisent mais les hommes vendent. Même pour la distribution de la production, ce sont les hommes qui s'en chargent tandis que les femmes sont reléguées aux seconds rôles... Elles n'ont aucun contrôle.
Les coopératives féminines doivent bénéficier aux femmes (Zioual)
Qu'est ce qui freine réellement l'autonomisation des femmes amazighes dans ces régions ?
Au delà des mentalités patriarcales locales, cette exclusion est due au frein linguistique. Les femmes amazighes peuvent être un levier formidable de développement de leurs communautés et de leurs régions si toutefois on les valorise et on reconnait l'impact de leurs efforts. Mais dans les faits, la barrière linguistique est souvent un obstacle : pour comprendre un programme public, pour accéder au financement, aux initiatives de l'Etat pour le développement de ces régions, à la justice, aux soins et même à l'information, ces femmes sont confrontées à la barrière de la langue.
La grande majorité ne parle pas l'arabe et lorsqu'une femme locale se dirige vers une administration et son interlocuteur ne peut parler amazighe, c'est un vrai problème. L'exemple le plus éloquent reste la réforme de la moudawana. Subissant un cumul d'inégalités, ces femmes restent en marge de ce chantier. Certaines ignorent même ce qui se trame actuellement à cause justement de la barrière linguistique. Nous avons créé cette association, pour faire entendre leur voix. Pendant longtemps, ces femmes n'avaient même pas accès à l'information dans leur langue. Si vous ne comprenez pas les lois, les codes, la Constitution, comment pouvez-vous revendiquer vos droits ?
Quelles solutions préconisez-vous pour sortir de cette marginalisation ?
Il faut d'abord reconnaître que les femmes amazighes rurales ne sont pas une catégorie homogène et silencieuse. Elles ont des voix, des revendications, des besoins spécifiques selon les régions. Ensuite, il faut leur donner accès à la terre, à la formation, à l'information, aux moyens de production et à l'emploi. Et surtout, intégrer une véritable approche genre dans les politiques publiques régionales. Tant que les décisions sont prises sans elles, leurs problèmes resteront invisibles.
Pour faire valoir leurs droits, en plus des lois (notamment la Moudawana) l'Etat doit garantir une présence de l'amazighe dans les services publics avec des ressources humaines et des interlocuteurs parlant le langage local. C'est essentiel pour assurer une communication efficace et un accès équitable à l'information et au service public. Ce n'est pas un repli identitaire ou communautaire, c'est une démarche de droits humains et d'égalité. Et c'est l'affaire de tous : Etat, collectivités locales, médias et société civile.


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