La pression monte sur les femmes engagées dans la vie publique. Dans un communiqué au ton grave, l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) dit observer « avec une vive inquiétude » une recrudescence marquée des violences visant les femmes « engagées » qu'elles soient élues locales, députées, journalistes, militantes politiques et syndicales ou encore actives sur les réseaux sociaux. Ligne rouge Pour l'association, cette escalade n'est pas un simple fait divers. Elle représente une menace directe contre les droits des femmes, mais aussi contre la démocratie elle-même. « Cette violence constitue désormais une menace directe pour les droits civils et politiques des femmes, ainsi que pour le processus démocratique », avertit l'ADFM qui mène sa campagne sous le slogan significatif « La dignité des femmes est une ligne rouge ». Intimidation, diffamation, cyberharcèlement, menaces... L'association décrit une réalité qui dépasse les agressions verbales. Elle évoque des pratiques de plus en plus diversifiées, parfois organisées, et qui visent à « exclure » les femmes de l'espace public. Violence multiforme Dans son communiqué, l'ADFM cite notamment les violences physiques et verbales, les menaces, le chantage, l'intimidation et les campagnes de diffamation, dans la rue comme dans les espaces de travail politique et syndical. Mais c'est surtout le numérique qui inquiète. L'association pointe une montée des cyberviolences : harcèlement en ligne, dénigrement, insultes, diffamation, mais aussi atteintes à la vie privée. Elle évoque « La publication de photos et de données personnelles sans consentement ainsi que la manipulation d'images et de vidéos ». Des attaques qui, selon l'ADFM ciblent les femmes de manière systématique dans le but « de les faire taire, les intimider et les dissuader de poursuivre leur engagement public », déplore l'association. Un problème structurel L'ADFM insiste : « ces violences ne relèvent pas de cas exceptionnels ou d'incidents ponctuels ». L'association y voit une mécanique plus profonde, alimentée par des facteurs culturels et institutionnels. «La violence politique contre les femmes n'est pas un phénomène isolé. C'est une problématique structurelle liée à une culture patriarcale profondément ancrée, à la persistance de l'impunité et à un relâchement institutionnel dans l'application des lois et la protection des femmes dans les espaces politique et médiatique » martèle la même source. Dans son communiqué, l'association revient aussi sur des faits récents qui illustrent, selon elle, la gravité et le danger représenté par cette dérive. L'ADFM dit avoir recensé « des cas récents de violence numérique grave visant des parlementaires et des élues, à travers la diffamation et la publication de leurs photos sur les réseaux sociaux sans autorisation ». Ces attaques, souligne l'association, portent « directement atteinte à leur réputation et à leur dignité humaine ». Un phénomène qui prend de l'ampleur : « certains dossiers ont nécessité l'ouverture d'enquêtes officielles, ce qui reflète la gravité et l'étendue de cette dérive », selon les termes du communiqué. Journalistes ciblées : peur et autocensure Les professionnelles des médias ne sont pas épargnées. L'ADFM affirme que les journalistes et actrices du champ médiatique subissent, également « de manière systématique » des formes aggravées de violence politique et symbolique. Selon l'association, ces attaques ont un effet direct sur la liberté d'expression. « Elles alimentent la peur, renforcent l'autocensure et fragilisent considérablement le droit des femmes à la participation au débat public et peuvent conduire à leur exclusion ou leur retrait forcé de l'espace public », fustige l'ADFM. Au-delà du constat, l'ADFM place le débat sur le terrain du droit. L'association estime que la poursuite de ces violences va à l'encontre des engagements internationaux du Maroc et constitue « une violation flagrante de l'article 19 de la Constitution », qui impose à l'Etat de garantir la parité et l'égalité. « Un droit, pas un privilège » Face à cette situation, l'Association démocratique des femmes du Maroc appelle à une réponse ferme et structurée. « Elle plaide d'abord pour un cadre légal dissuasif : des « lois strictes et claires criminalisant la violence politique fondée sur le genre », y compris la violence numérique et cybernétique, avec des mécanismes effectifs d'application et « sans impunité ». L'association appelle également l'Etat à intégrer la lutte contre cette violence dans les mesures encadrant les élections législatives de septembre 2026, afin de garantir une participation « libre, sûre, équitable et égalitaire », et de consacrer l'égalité des chances dans l'accès à la gestion de la chose publique. Parmi les mesures concrètes réclamées par l'ADFM : Une protection juridique, institutionnelle et sécuritaire pour les élues, candidates, militantes et journalistes ; des mécanismes d'assistance juridique et psychologique et un accès à la justice « sans intimidation ni pression ». L'ADFM interpelle aussi les médias en appelant à imposer le respect de la déontologie et des principes d'égalité, et à lutter contre tout discours « incitant à la haine, dégradant ou discriminatoire » envers les femmes. Elle recommande une couverture médiatique « juste, responsable et équitable » de leur participation politique. Enfin, l'association réclame des campagnes nationales de sensibilisation, ciblant particulièrement les jeunes, les partis politiques, les syndicats, les élus et les usagers des réseaux sociaux, afin de déconstruire les stéréotypes et de combattre les discours d'exclusion. L'association appelle ainsi à une mobilisation large : partis, syndicats, médias, société civile et forces démocratiques. Objectif : une réponse collective et ferme face à toutes les formes de violence politique visant les femmes. Pour conclure, l'ADFM rappelle que la présence des femmes en politique n'est pas un cadeau accordé au compte-gouttes : « La participation des femmes à la vie politique n'est pas un privilège, mais un droit constitutionnel et humain ». Et toute attaque contre ce droit est, selon elle, une atteinte à l'Etat de droit.