Le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH) vient de livrer ses conclusions préliminaires sur la gestion des inondations ayant touché plusieurs régions du Royaume durant les mois de janvier et février 2026. Un document qui évalue la réponse des pouvoirs publics à la lumière des normes internationales en matière de droits humains et de gestion des catastrophes naturelles. Dans son analyse, l'institution se félicite, d'emblée, du lancement des opérations de retour progressif des populations évacuées vers des zones jugées désormais habitables, après réhabilitation de plusieurs territoires sinistrés. Le Conseil salue par ailleurs la prise en charge par les autorités publiques du transfert des citoyennes et citoyens concernés à travers un dispositif logistique multidimensionnel mobilisant divers moyens de transport. « Des opérations qui se sont déroulées dans des conditions respectueuses de la dignité humaine », note le CNDH. Droits humains pendant les catastrophes Le CNDH indique avoir suivi « avec une grande attention » l'évolution de cette catastrophe climatique, qui a provoqué des pertes matérielles considérables. Les crues qui ont submergé près de 110.000 hectares, ont causé des dégâts étendus aux habitations, aux infrastructures et aux biens privés des populations affectées. Pour analyser la gestion de ces inondations, le Conseil s'est appuyé sur les recommandations qu'il avait formulées à la suite du séisme d'Al Haouz en septembre 2023, consignées dans une publication dédiée à la protection des droits humains en contexte de catastrophes naturelles. Forte mobilisation sur le terrain Ce référentiel s'appuie notamment sur les standards internationaux, dont le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe (2015-2030), adopté par le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe. Continuité des services de base. Le Conseil rappelle que ces normes reposent sur l'anticipation et la préparation en amont, la constitution de stocks stratégiques régionaux, le caractère temporaire de l'évacuation, le respect de la dignité, de la vie privée et des liens communautaires ainsi que d'éviter un relogement prolongé dans des structures ne répondant pas aux standards du logement décent. Ceci en plus de la continuité des services de base en situation d'urgence, notamment l'éducation, selon les normes de l'UNICEF et de l'UNESCO, les services de santé, conformément aux principes de l'OMS et le droit à une alimentation adéquate et à un logement décent. Mobilisation sécuritaire et logistique massive Parmi ses premières observations, le CNDH relève la rapidité d'intervention des autorités locales, qui ont mobilisé d'importants moyens de secours pour prévenir les risques. « Ont été engagés dans ses opérations : les Forces armées royales, la Gendarmerie royale, la Sûreté nationale, la Protection civile, les Forces auxiliaires et les autorités territoriales » énumère le document du CNDH. Ce dernier note que grâce à cette mobilisation générale et aux différentes opérations, les populations touchées ont pu être évacuées tout en sécurisant leurs biens, notamment à Ksar El Kébir, l'une des villes les plus touchées. Une évacuation en urgence qui a permis de préserver le droit à la vie Le Conseil souligne l'ampleur de cette opération, qualifiée « de plus grande intervention préventive jamais menée au Maroc dans la gestion d'une catastrophe naturelle ». Plus de 180.000 personnes ont été ainsi évacuées, principalement dans les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane. « Cette mobilisation a permis de préserver le droit à la vie et à l'intégrité physique des habitants des zones menacées», constate le CNDH. Seuls des décès isolés ont été enregistrés, imputés, selon le Conseil, à une mauvaise appréciation du danger par certaines victimes, auxquelles il a adressé ses condoléances. Forte adhésion des populations Le CNDH salue également la discipline et l'adhésion des citoyens aux consignes d'évacuation. «Leur interaction positive avec les directives des autorités locales (...) constitue une bonne pratique digne d'être documentée », note l'institution. Des centres d'accueil temporaires équipés ont été mis en place pour reloger les sinistrés, notamment dans les zones proches de Ksar El Kébir constate le Conseil qui relève toutefois « quelques cas isolés» d'hébergement ne répondant pas totalement aux standards du logement décent, en matière de : Respect de la vie privée, accès à l'eau, assainissement et protection contre les risques. Education et santé : continuité assurée Pour garantir la sécurité des élèves et du personnel éducatif, les autorités ont suspendu les cours dans les zones concernées par les bulletins d'alerte, rappelle le document. Le recours à l'enseignement à distance, la reprise progressive dans les établissements non touchés et la mise en place de solutions temporaires ont permis d'assurer la continuité pédagogique, malgré des difficultés, notamment en milieu rural, relève le CNDH en saluant les efforts déployés pour assurer ce droit malgré les contraintes liées à ce type de catastrophes. Le Conseil salue par ailleurs plusieurs initiatives sanitaires telles l'évacuation et suivi médical des femmes enceintes, la prise en charge des personnes âgées et en situation de handicap, la continuité des soins pour les malades chroniques, le suivi des patients dialysés et atteints de cancer et le déploiement de caravanes médicales pluridisciplinaires auprès des populations touchées. Ces campagnes ont couvert médecine générale, gynécologie, diabétologie, cardiologie, rhumatologie et santé mentale, avec examens et distribution gratuite de médicaments, note le CNDH. Aide alimentaire et solidarité « Les autorités ont assuré la distribution urgente de denrées alimentaires et d'eau potable, avec l'appui d'acteurs institutionnels et associatifs», constate la note du conseil. Ce dernier fait mention aussi des efforts déployés pour répondre aux plaintes de populations initialement enclavées n'ayant pas reçu l'aide à temps. Autre point important soulevé par le CNDH : la vigilance cybernétique et la lutte contre les fake news. Un front de plus à gérer pendant ce type de catastrophes. Le CNDH relève une forte mobilisation communicationnelle, marquée par la diffusion massive des bulletins d'alerte via médias et réseaux sociaux. Il salue la vigilance de certains acteurs face à la propagation de fausses informations, notamment des vidéos manipulées par intelligence artificielle visant à dramatiser la situation. L'institution a également recensé des contenus trompeurs issus de l'étranger, utilisant d'anciennes images ou des séquences hors contexte. Zones sinistrées et plan de soutien Le Conseil se félicite des Instructions Royales ayant conduit à déclarer sinistrées les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane, ouvrant la voie à un programme d'aide d'envergure. Les mesures portent notamment sur : Le relogement, l'indemnisation des pertes de revenus, la réhabilitation des habitations et commerces et la reconstruction des logements effondrés. Ceci en plus de l'aide aux agriculteurs et éleveurs et la remise à niveau des infrastructures hydrauliques et routières. Le Conseil prend acte de l'élaboration en cours d'une stratégie nationale intégrée de gestion des catastrophes à l'horizon 2030, incluant le renforcement de l'alerte précoce, la coordination territoriale accrue, la révision du cadre juridique, la création de plateformes logistiques et mise en place de mécanismes d'indemnisation. Un modèle marocain Au terme de son évaluation, le CNDH estime que la gestion des inondations « a enregistré des avancées tangibles » dans l'intégration de l'approche fondée sur les droits humains. Mieux encore, « la gestion des crues du Gharb et du Loukkos offre un modèle de bonnes pratiques », constituant une base pour l'élaboration d'un protocole national d'intervention anticipative et d'un modèle marocain de préparation aux catastrophes. Parmi les pistes recommandées par le CNDH pour renforcer ce modèle et privilégier la prévention figure la généralisation des plans territoriaux de gestion des risques, le renforcement des systèmes d'alerte locale, le contrôle strict de l'urbanisation en zones inondables, l'intégration des risques climatiques dans l'aménagement du territoire et la prise en compte des zones sinistrées hors périmètre officiel.