À l'heure où l'intelligence artificielle redessine les équilibres économiques et géopolitiques, le Maroc entend accélérer son positionnement. Intervenant en marge du GITEX Africa 2026 à Marrakech, Omar Hilale, ambassadeur et représentant permanent du Royaume auprès des Nations Unies, a insisté sur la nécessité de passer d'une logique de réflexion à une logique d'impact. « L'IA ne doit pas être uniquement encadrée ou régulée : elle doit être orientée vers des usages à fort impact, notamment dans les services publics et les secteurs essentiels », a-t-il affirmé, posant les bases d'une approche pragmatique, centrée sur les retombées économiques et sociales. Un positionnement stratégique à consolider Pour le diplomate, le Maroc dispose d'atouts lui permettant de jouer un rôle singulier à l'échelle continentale. Entre l'Afrique, les instances multilatérales et les dynamiques technologiques mondiales, le Royaume peut agir comme un véritable « pont ». « Le Maroc peut jouer un rôle de liaison, voire de catalyseur », a-t-il souligné, évoquant un positionnement capable de connecter l'agenda africain aux enjeux globaux de gouvernance numérique et d'investissement technologique. Cette ambition s'appuie sur des fondamentaux déjà en place. Le pays s'est doté d'une stratégie nationale en matière d'intelligence artificielle, de centres de recherche répartis dans les universités, ainsi que d'infrastructures en cours de développement, notamment un data center de grande envergure alimenté par des énergies renouvelables. « Le Maroc a mobilisé près d'un milliard pour construire cette architecture de l'intelligence artificielle nationale », a précisé Omar Hilale, mettant en avant un effort d'investissement significatif. Le Royaume s'inscrit dans une continuité d'initiatives structurantes. Dès 2018, il accueillait le premier forum de l'UNESCO sur l'IA en Afrique. Plus récemment, le centre AI Movement s'est imposé comme un hub continental dédié à la recherche appliquée et au conseil en politiques publiques. En juin 2024, Rabat a également accueilli le High-Level Forum on AI in Africa, débouchant sur le « consensus africain de Rabat », destiné à renforcer la place du continent dans les débats mondiaux sur la gouvernance de l'IA. Dans cette dynamique, Marrakech, à travers le GITEX Africa, apparaît comme une plateforme de convergence. « L'enjeu n'est plus de définir une vision, mais de créer un impact concret », a insisté l'ambassadeur. Cinq priorités pour structurer l'action Pour transformer cette ambition en résultats tangibles, plusieurs axes sont mis en avant. Il s'agit d'abord de consolider une industrie nationale de l'IA, en développant des applications concrètes dans l'administration, la santé, l'éducation ou encore la culture. Le Maroc mise également sur la coopération Sud-Sud, notamment à travers des initiatives comme le Digital for Sustainable Development Hub, lancé en partenariat avec le PNUD, ainsi que sur des programmes de formation panafricains destinés à combler le déficit en compétences. Autre ambition : faire du Royaume un hub africain de certification et de confiance en matière d'IA, capable de définir des standards adaptés aux réalités du continent. Parallèlement, Omar Hilale plaide pour la structuration d'un cadre permanent de coordination africaine autour du GITEX Africa, afin d'aller au-delà du simple événement annuel et produire des positions communes. Enfin, il appelle à porter le débat sur la gouvernance de l'IA au sein des Nations Unies, afin d'accélérer la contribution du continent aux discussions globales. Dans un contexte où l'IA évolue plus vite que les cadres réglementaires, la question de la gouvernance devient centrale. « Aucun pays ne peut réussir seul », a rappelé Omar Hilale, insistant sur la nécessité d'une coopération internationale renforcée. Le Maroc participe déjà activement aux discussions multilatérales, notamment aux Nations Unies, où il a co-porté avec les Etats-Unis une résolution sur l'intelligence artificielle. Face aux divergences de visions — entre régulation stricte et promotion de l'innovation —, le Royaume ambitionne de jouer un rôle d'équilibre. « Le Maroc peut servir de pont pour concilier ces approches et trouver un terrain d'entente », a-t-il expliqué. Au-delà des infrastructures et des cadres institutionnels, l'ambassadeur met en avant un atout décisif : le capital humain. « L'atout, ce sont les cerveaux marocains », a-t-il insisté, évoquant également la diaspora, appelée à contribuer à cette dynamique. Dans cette perspective, l'intelligence artificielle est envisagée non seulement comme un levier de développement interne, mais aussi comme un outil de rayonnement à l'échelle continentale. « Le Maroc doit passer d'une logique de participation à une logique de contribution », a conclu Omar Hilale, résumant l'ambition d'un pays qui entend désormais peser dans la définition des règles du jeu technologique mondial.