La campagne agricole 2025-2026 marque un net changement de cap pour l'agriculture marocaine. Intervenant à Meknès à l'ouverture d'une conférence internationale organisée en marge du SIAM, le ministre Ahmed El Bouari a annoncé une production céréalière attendue à près de 90 millions de quintaux. Ce niveau, en forte progression, repose sur une pluviométrie favorable ayant concerné l'ensemble des régions agricoles et permis d'atteindre une superficie emblavée d'environ 3,9 millions d'hectares. Cette performance prévisionnelle tranche avec les résultats enregistrés au cours des dernières années, marquées par une forte variabilité. Selon les données officielles du ministère de l'Agriculture, la campagne 2020-2021 demeure une référence avec une production de 103,2 millions de quintaux, résultat d'une conjoncture climatique exceptionnellement favorable. La campagne suivante, en 2021-2022, a en revanche subi de plein fouet la sécheresse, avec une chute brutale à 34 millions de quintaux. La reprise amorcée en 2022-2023, avec 55,1 millions de quintaux, n'a pas suffi à enrayer l'instabilité structurelle du secteur. En 2023-2024, la production est retombée à 31,2 millions de quintaux, illustrant une nouvelle fois la vulnérabilité de la céréaliculture aux aléas climatiques. Pour la campagne 2024-2025, les prévisions tablaient sur un niveau de 44 millions de quintaux, confirmant une reprise encore fragile et incomplète. Dans ce contexte, les perspectives pour 2025-2026 apparaissent comme un véritable point d'inflexion. Le retour de précipitations significatives a amélioré les conditions de croissance des cultures et renforcé les réserves hydriques, créant un environnement favorable à une relance plus robuste de l'activité agricole. Ce redressement attendu devrait également avoir des retombées positives sur les revenus des agriculteurs et sur la dynamique économique des zones rurales. Au-delà de la conjoncture, cette évolution relance le débat sur la résilience du modèle agricole national. Les écarts importants observés d'une campagne à l'autre soulignent la nécessité de consolider les politiques d'adaptation, notamment en matière d'irrigation, de gestion de l'eau et de diversification des cultures. La stratégie Génération Green vise précisément à atténuer cette dépendance aux précipitations et à renforcer la souveraineté alimentaire du Royaume. Avec une production attendue proche des niveaux élevés observés lors des meilleures campagnes, l'année agricole 2025-2026 pourrait ainsi inaugurer une nouvelle séquence. Reste à inscrire cette dynamique dans la durée, en transformant cette embellie climatique en levier structurel de stabilité et de performance pour l'agriculture marocaine.