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Avons-nous déjà été humains ?
Publié dans L'opinion le 07 - 09 - 2025

J'ai fait le choix de ne pas donner ce titre à mon dernier texte que j'ai nommé plutôt « Sommes-nous encore humains ? ». J'ai fait le choix de l'espoir!
Parce que j'ose encore croire que oui, nous le sommes, et nous le restons encore. Ce n'est pas la première fois que notre humanité se trouve prise en otage, confisquée par ceux qui savent la manipuler, la détourner, l'appauvrir jusqu'à la vider de son sens.

Il nous appartient de la réhabiliter. De la reconstruire, patiemment, et de la laisser s'abreuver des leçons de l'histoire. Être humain ne signifie pas seulement survivre, ni même exister : c'est inventer, créer, imaginer. Contrairement aux autres êtres vivants, nous possédons ce pouvoir singulier : transformer nos rêves en actes, nos idées en réalités. Nous le faisons chaque jour, dans l'art, dans la pensée, dans la science, dans nos relations les plus intimes.

Mais alors, pourquoi, lorsqu'il s'agit de géopolitique ou de protection de la terre, perdons-nous toute maîtrise ? Pourquoi acceptons-nous que notre humanité se dissolve dans les jeux de puissance, les intérêts aveugles, les logiques de domination ? Sommes-nous devenus incapables d'imaginer une politique à la mesure de notre dignité ?

C'est ici que la philosophie rejoint l'action. Si la politique devait être, dans son essence, l'art d'organiser la vie commune, elle est aujourd'hui trop souvent réduite à l'art de diviser, d'asservir, de manipuler. Il ne suffit plus de constater : il nous faut reprendre en main notre destin collectif. Refuser d'abandonner à d'autres le soin de penser et de décider pour nous. Réaffirmer, ensemble, que l'humanité n'est pas une ressource à exploiter, mais une force à libérer, tout comme la Terre, notre mère nourricière, ne doit plus être traitée comme une matière inerte à épuiser, mais comme une présence vivante à protéger.

À nous de faire de Gaza une opportunité de prise de conscience globale, qui embrasse la totalité du mal que nous infligeons, aux peuples comme à la planète. Car la guerre est globale : elle se mène contre les hommes, contre les cultures, contre les forêts et les océans, contre le souffle même de la vie. La résistance, elle aussi, doit être globale, unissant la lutte pour la dignité humaine à celle pour la sauvegarde de la Terre.

Notre tâche est immense, mais elle demeure à notre portée. Elle commence par un geste de conscience : ne plus céder notre imagination, notre capacité à rêver et à agir, aux logiques qui nous déshumanisent et qui ravagent la planète. Tant que nous ne redonnerons pas à la politique sa vocation première, être l'expression la plus élevée de notre humanité et le garant de la vie sur Terre, nous resterons les témoins impuissants des horreurs du monde : guerre contre l'humanité, famine organisée, génocide, destruction écologique.

Mais le jour où nous unirons imagination et responsabilité, mémoire et courage, alors peut-être pourrons-nous dire, sans trembler : nous avons été, nous sommes, et nous resterons humains!

Mohamed Lotfi
Septembre 2025


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