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Innocuité sanitaire de nos poteries : Après le vernis, l'argile doit-elle être mise à l'index ? [INTEGRAL]
Publié dans L'opinion le 30 - 09 - 2025

En France, le retrait de tasses marocaines relance la question de la salubrité de l'argile utilisée dans les poteries. Au Maroc, les normes portent sur le produit fini et non sur la matière première.
Le 12 septembre 2025, la plateforme officielle RappelConso a ordonné le retrait de tasses en terre cuite non vernies vendues à Béziers pour dépassement des seuils de sécurité en aluminium, arsenic et cobalt. L'alerte, imposée par arrêté préfectoral, recommande l'arrêt immédiat d'utilisation et le retour en magasin jusqu'au 31 octobre. Ce rappel, qui fait suite à des contrôles en France sur des produits artisanaux, interroge directement les conditions de production des poteries alimentaires et, plus en amont, la qualité de la matière première utilisée pour les fabriquer. Si le débat public s'est longtemps focalisé sur les glaçures et pigments (plomb, cadmium, oxydes divers), il convient de l'ouvrir également sur un point moins visible mais potentiellement déterminant : la salubrité de l'argile brute elle-même. «Une fois en contact avec de l'eau, si celle-ci est chargée d'éléments dissous ou de particules en suspension, ces éléments peuvent s'adsorber ou s'infiltrer dans la structure des argiles. Lorsqu'ensuite l'eau s'évapore, une partie reste piégée», explique Houssine Boutarouine, géologue et expert en géo-ressources.
Cadre légal
Au Maroc, comme dans la plupart des pays, les contrôles sur les poteries alimentaires portent sur le produit fini et non sur l'argile brute. On mesure ce qui peut passer de la céramique vers la nourriture après cuisson, sans analyser systématiquement la matière première. L'Institut Marocain de Normalisation (IMANOR) fixe par ailleurs les normes à suivre (NM ISO 6486-1 pour la méthode d'essai et NM ISO 6486-2 pour les limites de plomb et de cadmium) en précisant que les céramiques ne doivent pas céder des quantités supérieures aux seuils fixés. «Les argiles sont exploitées comme géo-matériaux issus de carrières. Cette exploitation est encadrée par la loi sur les carrières, mais elle ne prévoit pas d'exigence de traçabilité sanitaire à travers des analyses chimiques», rappelle Houssine Boutarouine. Ce système reflète une logique mondiale où le contrôle sanitaire commence à la sortie de l'atelier plutôt qu'à l'entrée de la carrière.
Traçabilité limitée
Le Label National de l'Artisanat mentionne la «maîtrise des matières premières» comme critère de base, aux côtés de la gestion des risques physico-chimiques. Le cahier des charges impose factures, références de fournisseurs, pourcentages de substitution, certificats de conformité et respect des normes IMANOR. Mais aucun protocole de test chimique obligatoire de l'argile brute n'y est prescrit. Parallèlement, un guide officiel recense les risques chimiques (métaux dans pigments/oxydes) et les mesures de prévention pour les artisans, utile pour l'hygiène et la sécurité au travail, mais sans évaluation sanitaire systématique de la matière première destinée au contact alimentaire. À cela s'ajoute un contexte environnemental contrasté : exploitation minière artisanale, urbanisation rapide, zones industrielles et nappes phréatiques vulnérables. Plusieurs études menées au Maroc montrent que les argiles locales peuvent facilement capter des métaux comme le cuivre, le cobalt, le nickel ou le plomb, ce qui confirme que leur composition chimique peut varier selon l'endroit où elles sont extraites.
Vers une cartographie
Entre 800 °C et 1100 °C, l'argile devient une matrice céramique qui piège une partie des éléments présents sans pour autant les faire disparaître. Selon le pH (acidité), la température et la durée de contact, des relargages peuvent survenir dans l'aliment ou l'eau stockée. D'où la pertinence des tests de migration et la nécessité de savoir d'où vient l'argile. «Il serait pertinent d'encourager un travail de cartographie de la salubrité des sites d'extraction, en particulier ceux dont l'argile est destinée à des ustensiles alimentaires», estime Houssine Boutarouine. Il alerte néanmoins sur le coût : «Les moyens nécessaires sont conséquents, avec des analyses coûteuses. On parle d'environ 5.000 dirhams par analyse quantitative par échantillon. C'est donc une décision politique». Une telle cartographie, calquée sur les expériences menées pour les nappes phréatiques ou certains sols agricoles, permettrait de rassurer les consommateurs, d'appuyer l'artisanat marocain dans ses démarches qualité et de préserver l'image internationale des poteries traditionnelles.
Omar ASSIF

3 questions à Fouzia Kassou, professeure de géotechnique : « L'argile est une terre éponge tout à fait saine sous la condition de conformité aux références traditionnelles de son utilisation »
* L'argile marocaine, utilisée notamment dans la poterie, est-elle naturellement saine ?
- L'argile est une terre éponge tout à fait saine sous la condition de conformité aux références traditionnelles de son utilisation. Mélangée à l'eau, elle devient une pâte qui sèche en conservant la forme. D'où sa résistance à l'épreuve du feu expliquant sa fonction culinaire : excellent diffuseur/régulateur de chaleur. Ainsi, au cœur du rayonnement planétaire de la civilisation marocaine, il y a l'emblématique tajine. Selon la coutume, l'imperméabilisation de cet ustensile poreux est réalisée en appliquant à sa surface un mélange d'huile d'olive et de graisse animale.

* Quels sont les usages traditionnels qui illustrent cette sécurité ?
- Les purificateurs d'eau "khabia/berrada" en argile marquent depuis des millénaires le paysage urbain du Maroc. De même, comme lien d'étanchéité dans les fameuses adductions "khettaras", l'argile contribue à l'efficacité du système hydraulique du Haouz : eau potable/irrigation agricole. Enfin, ses bienfaits sanitaires sont bien connus : poteries alimentaires, traitement des infections de la peau, cosmétique des cheveux, cadrage des pathologies digestives.

* Quels travaux sont conduits aujourd'hui pour évaluer la salubrité des argiles ?
- Présentement, l'Ecole Hassania des Travaux Publics (EHTP) conduit des travaux de recherche pour mettre au point une cartographie des zones où l'argile peut être potentiellement corrompue/parasitée par les diverses activités collatérales.
Matière première : Les argiles du monde, un réservoir potentiel de polluants
Au Maroc comme ailleurs à travers le globe, les sols et les gisements d'argile peuvent se charger en substances indésirables bien avant leur exploitation potentielle. Les activités industrielles, minières ou agricoles libèrent des métaux lourds et des composés chimiques qui s'accumulent dans le sol et les nappes. Grâce à leur structure minérale et leur grande surface d'échange, les argiles exposées à ce genre de pollution absorbent facilement ces éléments et les conservent sur le long terme. Selon la profondeur d'extraction, la composition géologique et l'hydrologie locale, deux carrières voisines peuvent présenter des teneurs très différentes en polluants. Sans analyses systématiques, l'argile extraite peut donc contenir arsenic, plomb, cadmium, cobalt ou autres éléments de traces métalliques avant toute transformation. Cette réalité géochimique concerne toutes les régions de la planète et explique pourquoi le contrôle de la matière première est une étape essentielle pour sécuriser les filières utilisant l'argile.


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