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Sans confiance, point de salut !
Publié dans Maroc Diplomatique le 22 - 05 - 2019


Par Souad Mekkaoui
La confiance n'est pas une illusion vide de sens. Le coup de gueule de Zou­heir Chorfi, Secrétaire général du ministère de l'Economie et des Fi­nances, lors des Assises de la fiscalité et les réactions virulentes du président de l'ANCP (Association nationale des cliniques privées du Maroc) ont rappelé, encore une fois, le climat de méfiance dans lequel nous autres Marocains, logés à la même enseigne, sommes condam­nés de vivre. Entre les chiffres annoncés par l'un ou l'autre, le Marocain s'égare et perd toute vérité possible. Les ac­cusations échangées entre les deux hommes ne font que confirmer que le malaise social est de règle, nourri par un ralentissement du pouvoir d'achat, des politiques publiques créatrices de déséquilibres économiques et sociaux, des services publics défaillants, un faible niveau de création d'emplois au moment où la population en âge de travailler aug­mente sensiblement. Ce qui souligne la défiance des citoyens envers les poli­tiques et dépeint une société craintive, angoissée et fragmentée alors que le Ma­roc se retrouve face à des défis majeurs. Le désenchantement a succédé aux illu­sions qui ont été vendues aux citoyens et qu'ils se sont empressés d'acheter.
Confiance quand tu nous fuis
Manque de confiance en le gouver­nement, malaise social, incivisme, marché de l'emploi verrouillé, sta­gnation des revenus, pression fiscale, accès au logement difficile, recours coûteux au secteur privé pour l'ensei­gnement et la santé, tous les ingrédients sont là pour que le mal-être s'installe. Plus personne ne fait confiance à per­sonne, c'est la cautèle généralisée. Le manque de fiabilité, de légitimité, de crédibilité des pouvoirs économique et politique déstabilise l'ensemble de la société et nous fait traverser une crise extrêmement grave. En effet, nous as­sistons à un moment de suspicion to­tale, non seulement à l'égard des repré­sentants politiques dont le discours et les promesses n'ont plus de crédibilité mais également à l'égard de tous ceux qui prétendent s'exprimer en leur lieu et place : les syndicats, les acteurs éco­nomiques, les élites. Nos dirigeants po­litiques, toutes tendances confondues, les cadres des syndicats et des entre­prises, les corps intermédiaires, les ser­vices publics ... ne suscitent plus que scepticisme et méfiance. Il en ressort que même les statistiques nationales, les données chiffrées et les interpréta­tions des indicateurs produites par ces institutions perdent de leur crédibilité face au doute croissant de la popula­tion.
Comment continuer à avoir confiance dans des discours et des politiques, aux leviers de commande, qui tendent à perpétuer un système de valeurs et un mode de fonctionnement dont tout démontre qu'ils sont complè­tement dépassés et inadaptés ? Qu'on pose une simple question à nos conci­toyens : Qu'éprouvent-ils en pensant à la politique ? De la méfiance, n'hé­siteront-ils pas à répondre. Chose qui n'est pas très étonnante compte tenu des nombreuses promesses non tenues du gouvernement et de l'incompréhen­sion à voir des partis politiques passer de l'opposition à la majorité gouverne­mentale sans qu'on ne puisse assimi­ler le changement. Comment peut-on se fier à des politiciens qui n'ont pas vocation à collaborer ? Comment de­mander à des citoyens qui, au bout du rouleau, ont retiré leur confiance aux élus, aux médias, aux institutions et aux entreprises de s'en remettre à un gou­vernement composé de personnes que tout sépare en dehors de l'intérêt per­sonnel? Mais ce qui est encore plus dé­solant est que le manque de confiance s'étend presqu'à tous les domaines. Aujourd'hui, force est de constater que plusieurs secteurs vitaux qui impacte directement sur le quotidien des Maro­cains, sont en panne. Un enseignement en parfait déphasage avec les exigences du marché de l'emploi, un système de santé publique malade, une justice dé­faillante où les affaires traînent donnant aux citoyens l'impression d'une justice rapide et raide avec les pauvres, faible et lente avec les forts, une montée des inégalités sociales qui creusent le fossé et animent une rage sociale et une exas­pération populaire, notamment chez les jeunes, en prise directe, qui n'attendent que la première occasion pour se mani­fester ayant perdu tout espoir de réus­sir...
Or, la confiance est l'une -voire la plus importante- des clés principales du vivre-ensemble et une société où la confiance n'existe plus perd ses bases. De fait, le lien social, le système de solidarité étatique, la société en réa­lité n'existent que si un minimum de confiance s'établit entre les citoyens et leurs représentants. Seulement, dans tout contrat de confiance, il y a une vo­lonté de sécurité, ce qui nous fait le plus défaut à notre grand malheur.
Nous sommes dans une impasse
Peut-on alors reprocher aux citoyens cette suspicion qui conduit rapidement au discours du « tous pourris » ? Il y a désormais deux catégories de gens : les gagnants et les perdants. C'est-à-dire ceux qui sont capables de gérer seuls, de ne dépendre de personne, et les autres. Ces « autres » sont la classe moyenne, cette frange de la population censée être la colonne vertébrale de toute société mais qui est marginali­sée et exclue des politiques publiques. Pourtant le Roi n'a eu de cesse d'appe­ler, dans ses discours, à lui donner une place et une assise au sein de l'archi­tecture sociale marocaine, et appelé le gouvernement à veiller à ce que toutes les politiques publiques soient stratégiquement vouées à l'élargissement de cette classe. Il a aussi ordonné l'adoption d'un nouveau modèle de développement, équilibré et équitable, garant de la dignité de tous, générateur de revenus et d'emplois, d'assurer un en­seignement de qualité, un accès digne à des services de santé d'un bon niveau, à une justice équitable et une administration au service du citoyen.
Mais rien n'y fait !
Force est de se demander pourquoi un tel décalage entre ce qu'entreprend le Roi et ce que fait le gouvernement déconnecté des préoccupations des ci­toyens.
Pourtant, cette classe moyenne croule sous le coût de la vie, de l'ac­cès aux écoles et aux soins de santé qui se font, en grande partie, dans des établissements privés, compte tenu de l'état et de la qualité des services pu­blics, de la pression fiscale puisque sur les 40 milliards d'impôts sur le revenu qu'encaisse l'Etat, chaque année, près de 74% sont payés par les salariés. Dès lors, peu confiantes quant à leur avenir, ces personnes, têtes de turc du gou­vernement, se sentent abandonnées, perdent confiance en l'Etat. Le malaise ne vient pas tout seul, à coup sûr, car en faisant de l'individu une ressource, on finit par l'épuiser.
Le rêve de l'ailleurs
Tous ces facteurs et bien d'autres éveillent un sentiment de peur en l'avenir chez les Marocains, persuadés que les hommes politiques ne se préoccupent pas de leur sort, et engendrent un désamour pour le pays.
Aujourd'hui, la situation devient de plus en plus critique car cette perte de confiance a des conséquences fâ­cheuses puisqu'elle gangrène tout et sape le moral des citoyens qui esti­ment qu'ils n'ont plus rien à perdre et lorgnent l'ailleurs, prometteur d'un avenir meilleur. Selon une étude du site ReKrute.com sur la migration des ta­lents marocains, neuf diplômés sur dix affirmeraient être prêts à s'expatrier si l'occasion se présente.
Ce qui est malheureux c'est que ce ne sont plus juste les jeunes qui quittent mais même des entrepreneurs et des hommes d'affaires, en quête de climat sain et sûr pour leurs projets, vont in­vestir à l'étranger. Le Maroc se verra ainsi vider de ses vraies richesses à sa­voir son capital humain qui, il faut bien l'avouer, est en avance par rapport aux institutions.
On quitte parce que l'on est persuadé que ce sera mieux ailleurs.
La confiance ne se décrète pas, elle se construit
Pour sauver la mise, les classes di­rigeantes ont intérêt à se poser des questions et revoir leur conception de gouvernance. Nous devons sortir de l'impasse, aussi nous faut-il réfléchir ensemble à agir de concert à ce qui pourrait fonder à nouveau notre lien afin de restaurer et de renforcer la fon­dation de base de toute société humaine qui est la confiance. Il est temps de re­valoriser les aspirations du peuple, ren­forcer la suprématie de la loi, raffermir le caractère institutionnel de la relation Etat-Citoyens, lutter contre la société des relations, combattre la corruption, redonner confiance, recréer du lien so­cial et favoriser le principe de corréla­tion entre la responsabilité et la reddi­tion des comptes. En un mot, passer à la société de droit et de la méritocratie.
Sinon, tant que des individus se sentent au-dessus des lois parce qu'ils ont les moyens de tout payer, tant que la corruption gangrène, tant qu'il n'y a pas de vraie justice concrète et équitable, l'insécurité régnera et la confiance désertera à grandes enjam­bées. Il faut bien se le dire : aujourd'hui plus que jamais, le citoyen marocain qui a le sentiment de tomber en que­nouille, a besoin de justice, de sécurité, de respect de ses droits et de sa dignité.
De facto, le changement ne peut s'opérer que par les urnes et les élec­tions sauf que l'abstention se fait mas­sive, en raison du décrochage net, dans une grande partie de la population, convaincue que son pouvoir de chan­gement est nul et que son vote ne sert à rien. Epine dans le pied : la confiance justement ...


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