À l'approche de la Coupe d'Afrique des nations 2025, que le Maroc s'apprête à accueillir, Maroc Diplomatique s'est entretenu avec Ousmane Diouf, ancien international sénégalais et consultant sportif. Il livre son regard d'observateur averti sur la CAN qui s'annonce, salue le niveau mondial des infrastructures marocaines et souligne le caractère imprévisible d'une compétition africaine appelée, selon lui, à battre tous les records en termes d'organisation, de spectacle et de suivi populaire. Maroc Diplomatique : La Coupe d'Afrique des Nations débute dans moins d'une semaine. Vous avez évolué au Maroc et vous y résidez depuis plusieurs années. Comment analysez-vous l'évolution des infrastructures sportives et, plus largement, de l'écosystème footballistique marocain au fil du temps ? Ousmane Diouf : Aujourd'hui, les infrastructures du Maroc sont d'un niveau mondial, sans aucune comparaison avec ce que nous avons connu auparavant. Le Royaume est prêt à organiser non seulement une CAN, mais une Coupe du monde. Quand on voit des enceintes comme le stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, ceux d'Agadir, de Tanger ou encore des autres villes, on mesure le caractère exceptionnel de ces installations. À cela s'ajoutent des infrastructures routières et aéroportuaires modernes et performantes. Le Maroc a évolué de manière spectaculaire, porté par la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Aujourd'hui, nous sommes face à un pays pleinement capable d'accueillir les plus grandes manifestations sportives internationales. Cette CAN bat déjà des records de billetterie, aussi bien en Afrique qu'en Europe. Comment interprétez-vous cet engouement inédit autour de la compétition, et que dit-il selon vous de la place du football africain aujourd'hui ? Oui, c'est clairement la CAN de tous les records. La géographie du Maroc joue un rôle majeur : sa proximité avec l'Europe permet aux supporters de venir facilement, que ce soit en voiture ou en avion. Les coûts sont accessibles, avec des billets et des hôtels à des tarifs raisonnables, ce qui est exceptionnel. Cette CAN sera, selon moi, la plus suivie et la plus moderne de tous les temps. On n'a jamais connu une Coupe d'Afrique organisée avec une telle préparation et autant d'anticipation. Aujourd'hui, le Maroc est prêt. C'est une grande fierté d'habiter au Maroc et d'être Marocain. Lire aussi : Mohammed Ouarga : « La pression d'une attente populaire immense peut devenir un fardeau psychologique » À la lumière de votre expérience, quelles différences majeures observez-vous entre cette CAN organisée au Maroc et les précédentes éditions que vous avez connues ou suivies, tant sur le plan organisationnel que médiatique et sportif ? Oui, la différence est énorme. D'abord sur le plan des infrastructures : des terrains avec de très bonnes pelouses, des stades modernes, des infrastructures routières et aéroportuaires de dernière génération. Sur le plan médiatique aussi, la différence est claire. J'ai vu le communiqué de la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT) annonçant l'utilisation de matériel de dernière génération pour la production et la diffusion des matchs, avec des équipes marocaines. Sur le plan sportif enfin, le facteur temps joue un rôle important. Nous sommes en hiver, il pleut au Maroc, et les pelouses sont belles, ce qui promet de grands spectacles. Cela ne me surprend pas venant du Maroc, compte tenu de la Vision Royale et de l'expérience du président de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), Fouzi Lekjaa, qui a énormément donné pour le football marocain. Sur le strict plan footballistique, quelles sélections vous semblent aujourd'hui les plus armées pour aller loin dans cette compétition, au regard de la densité et de la qualité des grandes nations africaines engagées ? Personnellement, en Afrique, je ne donne jamais de pronostics. C'est un continent où il y a toujours des surprises. Aucun favori n'est jamais assuré d'aller jusqu'au bout. Aujourd'hui, il y a de grandes équipes comme le Maroc et le Sénégal, qui sont de sérieux favoris. Mais il y a aussi des nations très fortes comme le Cameroun, le Nigeria ou la Côte d'Ivoire. En Afrique, il faut toujours se méfier : l'Algérie et l'Egypte sont de vrais compétiteurs. Pour moi, en Afrique, tout peut arriver, et c'est pour cela que je ne fais jamais de pronostics. Le Maroc fait naturellement partie des favoris, mais le titre continental lui échappe depuis près d'un demi-siècle. Pensez-vous que cette génération a les atouts nécessaires pour enfin briser ce plafond historique ? Oui, cette génération a tous les atouts. C'est une équipe exceptionnelle, avec des joueurs de dimension mondiale. Le Maroc a toujours eu des joueurs de dimension mondiale, mais ce qui a changé aujourd'hui, avec le président de la FRMF, Fouzi Lekjaa, c'est la mentalité. Avant, on partait pour participer. Aujourd'hui, on part pour gagner. Les victoires des U20 en Coupe du monde et des U17 en Coupe d'Afrique en sont la preuve. Le Maroc a tous les atouts pour remporter cette CAN devant son public. Je le souhaite sincèrement, car un pays comme le Maroc, avec tous les grands joueurs qu'il a eus dans le passé, mérite de gagner cette CAN. Rester sans titre depuis 1976, presque 50 ans, c'est énorme pour le football marocain. Le Sénégal, désormais entraîné par Pape Thiaw, évoluera dans le groupe D aux côtés du Botswana, de la RDC et du Bénin. Comment analysez-vous l'équilibre de ce groupe et jusqu'où voyez-vous les Lions de la Teranga capables d'aller dans cette CAN ? Le groupe du Sénégal n'est pas vraiment équilibré. Il y a le Sénégal, puis la RDC, le Bénin et le Botswana. Sous la conduite de Pape Thiaw, le Sénégal affiche un jeu maîtrisé, enchaîne les victoires et se présente clairement avec l'ambition d'aller au bout de la compétition. Aujourd'hui, il y a deux grands favoris : le Sénégal et le Maroc, avec des joueurs de dimension mondiale. Ils ont les moyens d'aller jusqu'au bout. Mais comme je le dis toujours, l'Afrique reste le continent des surprises. Il y a énormément de talent partout et on voit souvent des équipes inattendues aller très loin. Je suis certain que nous verrons la meilleure CAN de l'histoire : du beau football, une grande fête au Maroc pendant un mois. On va se régaler.