En 2025, le magazine Time désigne les pionniers de l'intelligence artificielle comme personnalité de l'année et questionne l'impact de leurs innovations sur nos relations humaines et nos modes de pensée, notamment face au risque d'une superficialisation des liens personnels. Le magazine américain Time a désigné les architectes de l'intelligence artificielle (IA) comme personnalités de l'année 2025, une distinction qui met en lumière leur rôle dans la transformation profonde de l'économie, de la géopolitique, des équilibres internationaux et des interactions du quotidien. La couverture iconique sur laquelle ses leaders posent dans une mise en scène inspirée de « Lunch Atop a Skyscraper », va au-delà des éloges techniques : elle interroge l'impact profond de l'IA sur les relations humaines et la capacité individuelle à empathiser, créer et décider. Pour les Marocains, l'IA est désormais nécessaire. Selon une étude menée en 2024 par le Boston Consulting Group (BCG), The Network et ReKrute, le Maroc a occupé la 4e place mondiale en matière d'adoption de l'IA par les cadres. L'enquête nationale TIC 2024-2025 de l'Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications (ANRT) indique que 40 % des Marocains déclarent connaître l'intelligence artificielle, tandis que 24,1 % affirment l'avoir déjà utilisée — soit entre 10 et 12 millions de personnes sur une population d'environ 37 millions, majoritairement des jeunes urbains, notamment à Casablanca et Rabat. Le pays occupe la 42e place mondiale en matière d'adoption, avec un taux projeté de 16 % à l'horizon fin 2025. Il se classe par ailleurs 67e sur 170 pays dans le rapport de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), se hissant au 2e rang à l'échelle africaine. Selon une enquête menée par eJobs.ma en 2024, 52 % des actifs âgés de 18 à 35 ans recourent quotidiennement à l'intelligence artificielle dans le cadre de leur travail ou de leur parcours éducatif, tandis que 81 % des utilisateurs des réseaux sociaux l'intègrent à travers des mécanismes de personnalisation. Lire aussi : Transition numérique : Le Maroc dévoile son plan national pour encadrer et développer l'IA IA relationnelle : Entre fragilisation des liens humains et risques cognitifs Parallèlement, le recours intensif à l'intelligence artificielle comme substitut relationnel — pour des conseils personnels, du soutien motivationnel ou des échanges quotidiens — tend à fragiliser les liens familiaux et les relations humaines. Ce phénomène mondial, qui concernerait entre 20 et 30 % des jeunes, est associé à des effets neurologiques préoccupants. Des travaux du Massachusetts Institute of Technology (MIT) font notamment état d'une atrophie cognitive, se traduisant par une diminution estimée à 32 % de la charge cognitive utile. Cette diminution de la plasticité cérébrale, combinée à une dette cognitive cumulative, se traduit par un affaiblissement des capacités de mémorisation, de concentration et de créativité. Des sociologues, dont Irénée Régnauld, mettent en garde contre les effets potentiels de l'IA et des algorithmes de personnalisation de contenus sur la cohésion sociale, en soulignant que les dynamiques de bulles algorithmiques peuvent contribuer à isoler certains groupes et à fragmenter le débat public. Les psychologues, via l'Ordre du Québec, soulignent une dépendance émotionnelle aux chatbots. Ces derniers réduisent la solitude chez les personnes isolées mais modifient les attentes relationnelles en privilégiant des interactions sans conflit, au détriment de l'empathie et de la socialisation authentique. Ce consensus alerte sur le risque d'un appauvrissement des liens humains, au profit d'une présence constante de l'IA, disponible mais fondamentalement impersonnelle.