Le vieillissement rapide de la population marocaine, confirmé par le recensement 2024 et le Haut-Commissariat au Plan (HCP), transforme profondément le paysage social et économique du Maroc. Avec 5 millions de seniors aujourd'hui et un quart de la population prévu d'ici 2050, les défis se multiplient : dépendance accrue, protection sociale insuffisante, précarité féminine et disparités territoriales accentuent la vulnérabilité des aînés. Le Royaume se trouve à la confluence d'une mutation démographique sans précédent, dont les premières tendances, révélées par le recensement général de 2024 et corroborées par les analyses du HCP, appellent à une révision profonde des paradigmes sociaux et économiques. Longtemps perçu comme une nation à la démographie résolument jeune, le pays fait désormais face à un vieillissement rapide de sa population, une évolution qui, sans la mise en œuvre de politiques proactives et adaptées, pourrait engendrer d'importantes tensions structurelles à moyen et long terme. Lire aussi : Vieillissement de la population : Le CESE propose une nouvelle feuille de route L'inquiétude est palpable face à la progression exponentielle de la cohorte des seniors. En l'espace d'une décennie, la proportion des individus âgés de 60 ans et plus a connu une augmentation de 58,7%, excédant significativement le taux de croissance démographique global. En 2024, cette tranche d'âge représente 5,03 millions de personnes, soit 13,8% de la population totale. Cette dynamique donne lieu à une projection alarmante : d'ici 2050, près de 10 millions de Marocains, soit un quart de la population, seront des seniors. Cette inversion de la pyramide des âges exerce déjà une pression considérable sur le taux de dépendance démographique, qui devrait passer de 25 à 39 personnes âgées pour 100 actifs, menaçant l'équilibre des systèmes de retraite et de santé. Ce basculement démographique est indissociable d'une précarité persistante au sein de cette catégorie. Le rapport du HCP met en exergue l'aggravation de la vulnérabilité économique et sociale des aînés, imputable à une insuffisance de la protection sociale. Seule une minorité bénéficie d'une couverture de retraite adéquate (33,6% des hommes et un infime 6,7% des femmes), rendant la majorité dépendante de la solidarité familiale ou contrainte à l'exercice d'activités informelles, dépourvues de toute garantie sociale. Cette situation est exacerbée par la hausse du coût de la vie et les dépenses onéreuses liées aux pathologies chroniques et au handicap, qui touchent près d'un cinquième des personnes âgées. Parallèlement, la structure sociale marocaine subit un affaiblissement des mécanismes traditionnels de soutien. La solidarité familiale, jadis pilier de la prise en charge des parents âgés, s'effrite, corrélée à l'évolution des modes de vie et à l'inadaptation des structures d'habitation modernes. De surcroît, le vieillissement se féminise, les femmes représentant 51,2% de cette tranche d'âge, avec une vulnérabilité accrue pour les veuves (37,6% d'entre elles), exposées davantage à l'isolement et à la pauvreté. Les disparités territoriales s'ajoutent à ce tableau, la couverture médicale et l'accès aux infrastructures de base demeurant significativement moindres en milieu rural.