Face à la répétition des épisodes de sécheresse et à l'aggravation du stress hydrique, la mise en place d'infrastructures d'interconnexion entre bassins s'est progressivement imposée comme une réponse structurelle majeure. Pensé à l'échelle nationale, ce dispositif vise à sécuriser durablement les ressources en eau et à atténuer les fortes disparités pluviométriques qui marquent le territoire. L'enjeu est considérable. Alors que les régions du Nord et du Nord-Ouest concentrent l'essentiel des apports hydriques, les bassins du Centre et du Sud, soumis à une pression urbaine et agricole croissante, font face à des déficits récurrents. Les interconnexions hydrauliques ont ainsi été conçues comme un mécanisme de solidarité hydrique territoriale, destiné à redistribuer les excédents disponibles et à réduire la vulnérabilité économique des zones les plus exposées aux aléas climatiques. Ces infrastructures constituent aujourd'hui l'un des piliers de la politique nationale de l'eau. Elles contribuent à assurer la continuité de l'alimentation en eau potable des grandes agglomérations, tout en soutenant les périmètres agricoles jugés stratégiques. Leur portée doit toutefois être analysée dans un contexte de transformation plus large de la gouvernance de l'eau. Longtemps centrée sur la seule augmentation de l'offre à travers la multiplication des barrages, cette approche a montré ses limites. Elle est désormais appelée à être complétée par une gestion plus rigoureuse et durable de la demande. C'est dans cette logique globale que le Maroc a lancé, il y a plus d'une décennie, un vaste programme de transferts d'eau. La réflexion autour de ce chantier remonte à la phase préparatoire de la Stratégie nationale de l'eau, présentée en 2009. Il s'agit du premier projet de cette ampleur dans l'histoire contemporaine du pays. Son architecture repose sur la connexion progressive des bassins du Loukkos, du Sebou, du Bouregreg et de l'Oum Er-Rbia, avec un double objectif : mieux valoriser les ressources disponibles et instaurer un mécanisme durable de rééquilibrage entre zones excédentaires et déficitaires. Lire aussi : Les barrages du bassin de Sebou affichent un taux de remplissage de 66,1% Au fil du temps, l'évolution de la situation hydrologique et la hausse continue des besoins ont conduit à une révision du schéma initial, afin d'en renforcer la cohérence et la capacité de réponse. La traduction la plus récente de cette stratégie a été la mise en service, en août 2023, de la liaison entre les bassins du Sebou et du Bouregreg. Cette première tranche a permis le transfert des excédents du barrage amont du Sebou vers le barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah. Dotée d'un débit initial de 15 mètres cubes par seconde, l'infrastructure autorise l'acheminement annuel de 350 à 470 millions de mètres cubes d'eau. Sa réalisation a nécessité la pose de 66,5 kilomètres de conduites en acier de 3 200 millimètres de diamètre, ainsi que la construction de deux stations de pompage. Selon un responsable ministériel, cette phase est désormais achevée, ouvrant la voie au lancement imminent de la deuxième tranche. Celle-ci prévoit le renforcement du transfert Sebou-Bouregreg, avec un débit porté à 45 m3 par seconde, soit près de 800 millions de mètres cubes par an. Elle inclut également l'extension de la connexion vers le bassin d'Oum Er-Rbia, jusqu'au barrage Al Massira, via un tracé de 209,6 kilomètres. En parallèle, une connexion des bassins du Loukkos et du Laou vers le Sebou est à l'étude, avec un débit envisagé de 20 à 30 m3 par seconde. Ce volet comprend notamment le projet de liaison entre les barrages Oued El Makhazine et Dar Khrofa. À terme, l'ensemble de ce programme devrait permettre le transfert d'un volume excédentaire estimé à 1,2 milliard de mètres cubes par an. Ces apports sont destinés à répondre à plusieurs priorités stratégiques : sécuriser l'alimentation en eau potable de l'axe Rabat-Casablanca et de la région de Marrakech, améliorer l'irrigation des périmètres agricoles de Doukkala, Beni Amr et Beni Moussa, et, de manière déterminante, contribuer à la préservation de la nappe phréatique de Berrechid, soumise à une pression agricole soutenue.