Les déclarations du ministre espagnol des Affaires étrangères, M. José Manuel Albares, devant le Parlement ont fait passer la question du Sahara du terrain diplomatique à celui du débat politique intérieur, puisqu'il y a directement accusé le Parti populaire d'adopter un double discours à l'égard du Maroc. Devant les députés, M. José Manuel Albares a affirmé, mercredi 11 février 2026, que des « émissaires » du Parti populaire (PP) se seraient rendus discrètement au Maroc afin de soutenir « en coulisses » la même position que celle défendue par le gouvernement espagnol sur le Sahara marocain, alors même que ce parti la critique publiquement avec virulence. S'adressant directement aux bancs de l'opposition, il a lancé « Cessez d'être hypocrites et ridicules ». En réponse à la dirigeante du PP, Cayetana Álvarez de Toledo, le chef de la diplomatie espagnole a affirmé que cette formation n'était pas un parti « fiable » pour les Espagnols, l'accusant de tenter de « boycotter » l'action extérieure du gouvernement dans plusieurs dossiers sensibles. Agir en coulisses Cette déclaration, prononcée dans un contexte de tension parlementaire, intervient alors que le PP multiplie depuis des mois les critiques contre la ligne adoptée par le gouvernement de M. Pedro Sánchez à l'égard du Maroc et du dossier du Sahara marocain. En fait, le PP joue sur deux tableaux : il attaque le gouvernement de M. Sánchez pour séduire l'électorat espagnol, tout en essayant de rassurer le Maroc en coulisses. Lire aussi : José Manuel Albares affirme que les relations avec le Maroc sont « parmi les plus solides au monde » Depuis mars 2022, date à laquelle M. Pedro Sánchez a adressé une lettre à Sa Majesté le Roi Mohammed VI soutenant le plan d'autonomie marocain comme la base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le différend, la position espagnole a connu un tournant stratégique majeur. Cette orientation a été vivement contestée par le PP, qui a voté contre cette initiative au Parlement. Parallèlement, certaines initiatives du PP ont suscité des réactions, notamment en raison de la présence de représentants du groupe séparatiste polisario à des événements liés à cette formation durant l'été 2025 ; une présence qui a conduit des partis politiques marocains, dont l'Istiqlal, à exiger des clarifications officielles. En effet, ce double registre trouve une illustration dans les échanges rapportés par la presse espagnole entre le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo, et le chef du gouvernement marocain, M. Aziz Akhannouch, en marge du congrès du Parti populaire européen à Rotterdam en mai 2022. Selon ces informations, Feijóo aurait assuré que son parti demeurerait un partenaire « fiable » pour le Maroc s'il revenait au pouvoir. Historiquement, lorsque le PP était au pouvoir sous José María Aznar puis sous Mariano Rajoy, le Maroc a toujours été considéré comme un partenaire stratégique de premier plan pour l'Espagne, notamment en matière de lutte contre le terrorisme, de contrôle migratoire et de coopération économique. Les propos du ministre espagnol des Affaires étrangères replacent le dossier du Sahara marocain dans un contexte plus large, où les considérations diplomatiques s'entrecroisent avec les équilibres politiques internes. Ils suggèrent par ailleurs que le plan d'autonomie marocain s'impose progressivement comme un cadre de référence dans les relations bilatérales, transcendant en partie les clivages partisans en Espagne.