Elevé en Ecosse avant d'être adopté à El Jadida quelques mois après avoir été abandonné, Rachid Aboulfadl Mourini poursuit inlassablement depuis cinq ans ses recherches pour retrouver ses parents biologiques. Agé aujourd'hui de 36 ans, il ne cesse de multiplier les appels, de suivre chaque piste, espérant des indices qui le guideront vers son passé, malgré les déceptions et les montagnes russes émotionnelles auxquelles il fait face. DR ‹ › A l'aube de ses 18 ans, le 4 janvier 2008, Rachid découvre une lettre de sa mère qui allait bouleverser sa vie. Les mots qu'elle contenait étaient une vérité brutale. Désemparé, Rachid a «pleuré et s'est enfui de la maison». Découvrir qu'il avait été adopté, à quelques mois de l'âge adulte, est un choc qu'il n'avait jamais envisagé. Né au Maroc de parents qu'il n'a jamais connus, Rachid a été submergé par «la colère, la tristesse, le choc et la dépression». Ce jour-là, il s'est assis sur un muret, pleurant jusqu'à épuisement. Il s'est enfermé dans sa chambre pendant deux jours avant de décider de retourner en Ecosse, où il avait grandi avec ses parents adoptifs : un père marocain et une mère anglaise. «Tout a changé», a confié Rachid Aboulfadl Mourini, qui deviendra plus tard Ryan Anderson, à Yabiladi lors d'un entretien sincère. Il a abandonné ses projets universitaires, quitté le domicile familial et dû reconstruire sa vie de zéro. «J'avais besoin d'un toit et de payer mes factures. J'ai travaillé dans des bureaux, puis comme cariste», se souvient-il. De l'Ecosse à l'Espagne, Rachid a passé des années à fuir une vérité qu'il avait découverte trop tard. Il a gardé son adoption secrète, même auprès de ses amis, portant en lui un profond sentiment de honte. Une enfance pleine de questions sans réponse Ce n'est qu'en 2020, après 12 ans de silence et de déni, que Rachid a décidé d'affronter sa douleur et de rechercher sa famille biologique. «Le Covid m'a poussé à réfléchir à ma vie», a-t-il expliqué. «C'est à ce moment-là que j'ai décidé de revenir au Maroc». Aujourd'hui, à presque 36 ans, Rachid est toujours en quête. Ces cinq dernières années, il a multiplié les voyages à El Jadida, où il a été abandonné à trois mois, espérant retrouver sa mère, son père, des frères et sœurs, des cousins, toute trace de famille. Rachid a été adopté dans les années 1990 dans un orphelinat proche de l'ancien hôpital Mohammed V à El Jadida. «Ma mère adoptive vivait à El Jadida à l'époque et souhaitait adopter. Elle a suivi le processus légal de kafala, payé tous les papiers, assisté à chaque réunion, et après six mois, elle a pu choisir un bébé», a-t-il raconté. Il y avait 12 bébés, et l'un d'eux était Rachid. «Elle m'a choisi parce que mes yeux la suivaient», se souvient-il. Les démarches ayant pris plus de temps que prévu, Rachid n'a pas pu partir immédiatement pour l'Ecosse avec sa nouvelle famille et a passé plusieurs mois avec une famille d'accueil. C'est l'histoire dont il est certain. Depuis qu'il a commencé à rechercher ses parents biologiques, il a été confronté à d'innombrables versions, souvent contradictoires, de sa propre histoire. «Certains disent que ma mère n'était pas d'El Jadida, qu'elle venait d'une autre ville et est repartie discrètement. D'autres disent que j'ai été trouvé dans la rue. D'autres encore disent que je suis né à l'hôpital». Une quête acharnée Depuis 2021, Rachid a à plusieurs reprises mis entre parenthèses son entreprise de déménagement en Ecosse pour retourner à El Jadida et poursuivre ses recherches. Il a suivi chaque piste, parlé à toute personne susceptible de l'aider, et partagé son histoire avec les médias, la télévision et sur les réseaux sociaux. «La première fois que je suis revenu, je suis allé directement à El Jadida, à l'hôpital, aux tribunaux, au bureau de l'état civil, partout», raconte-t-il. «Chaque endroit m'envoyait ailleurs». Une petite lueur d'espoir se dessine lorsqu'il apprend qu'une femme, Amina, qui avait travaillé à l'hôpital et à l'orphelinat, connaissait la vérité. «Ils ont dit qu'elle se souvenait de chaque mère», dit-il doucement. «Mais elle est décédée». Les dossiers de l'hôpital ont ensuite laissé entendre qu'il pourrait être l'enfant de «six femmes qui ont accouché le même jour». Mais cette piste n'a mené à rien. «Si je suis né à la maison ou dans la rue, alors aucune de ces femmes ne serait ma mère», a-t-il expliqué. La confusion s'accentue encore plus avec sa date de naissance, «d'abord c'était février, puis mai, puis à nouveau février. Cette incohérence a tout bloqué». «Ils m'ont tous dit la même chose :nous n'avons pas d'informations concernant vos parents biologiques, et pour avoir accès à la liste des 6 femmes qui ont accouché le même jour que celui de ma naissance, il me faut une ordonnance du tribunal» ; cela implique de recourir à un avocat, une traduction et à du temps qu'il ne peut pas se permettre, alors qu'il vit en Ecosse et dirige une entreprise. Lors de sa prochaine visite au Maroc, prévue en avril, Rachid prévoit cette fois d'engager un avocat et de suivre une dernière piste : le nom Aboulfadl, qui est apparu sur son certificat de naissance initial avant l'adoption. «Un ami de mon père adoptif, qui s'est occupé de moi pendant trois mois pendant que mes parents retournaient en Ecosse pour régler les papiers, m'a dit que cela pourrait être le nom de mon père», raconte t'il. Entre espoir, peur et résilience Mais cette recherche a été épuisante tant sur le plan émotionnel que financier et mental. «Beaucoup de gens m'ont contacté en prétendant être ma mère. Les tests ADN ont prouvé qu'elles ne l'étaient pas», confie-t'il. «C'était dévastateur». Dans un autre cas, un homme s'est présenté comme son oncle. «Nous avons fait un test ADN. Il est revenu négatif». Les tests ADN eux-mêmes sont un autre obstacle. «Au Royaume-Uni, c'est simple, vous payez, et vous le faites. Au Maroc, cela nécessite l'accord du tribunal», a-t-il expliqué. Les tests effectués à l'étranger ont pris des mois, allongeant un processus déjà douloureux. Malgré tout, Rachid reste déterminé. «Certains jours, être adopté pèse lourdement sur mon esprit ; d'autres jours, j'arrive à oublier», a-t-il dit. «Rechercher ma famille peut être excitant, mais c'est aussi effrayant. Ils pourraient me prendre dans leurs bras et dire qu'ils m'aiment, ou ils pourraient me rejeter et s'éloigner». Certaines personnes lui ont même conseillé de passer à autre chose, de retourner au Royaume-Uni et «de ne pas déranger une famille qui a peut-être tourné la page». Mais Rachid refuse d'abandonner. «J'essaie de rester positif. Peut-être que quelqu'un là-bas au Maroc sait qui est ma famille». «Même si je ne les trouve jamais», a-t-il dit, «je me souviendrai toujours des gens qui m'ont traité avec gentillesse et ont essayé de m'aider, ceux qui m'ont dit, "Nous sommes votre famille"».