L'intervention de l'armée algérienne, le 4 février 2026 à Ksar Ich dans la province de Figuig, n'est que le dernier de nombreux épisodes qui remettent en question la valeur de l'accord de 1972. Scellé entre le Maroc et l'Algérie pour définir les frontières terrestres, ce texte est invoqué par le voisin de l'Est à chaque morcellement de terrains dans la région. DR ‹ › Après El Arja en 2021, l'armée algérienne est intervenue le 4 février 2026 à Ksar Ich, dans la province de Figuig. Unilatéralement, les soldats ont délimité des frontières, laissant les habitants locaux dans l'incompréhension. Situé entre 60 et 80 kilomètres du chef-lieu urbain, ce village de la commune rurale de Beni Guil compte entre 20 à 25 familles, qui cultivent des terres héritées de leurs aïeux. «Comparé à El Arja, cet espace est encore plus petit, plus en retrait de la ville et peu habité. De ce fait, il se trouve dans une situation encore plus vulnérable par rapport aux incursions algériennes», déclaré à Yabiladi le chercheur en relations internationales, Ahmed Noureddine. En l'espèce, le spécialiste exprime ses inquiétudes sur ce qui adviendrait de ces ménages, peu nombreux pour tenir à d'éventuelles provocations répétées. «Si celles-ci persistent, la population ne sera pas en capacité de faire face à cette pression et elle se trouverait dans la contrainte de quitter les lieux par elle-même», nous dit Ahmed Noureddine. «Du jour au lendemain, des propriétaires ont été interdits de passer à leurs oliveraies, qui ne se situent pourtant pas sur des crêtes faisant office de frontières ou de barrières naturelles», ajoute le chercheur, qui est également architecte. «Si on interdit l'accès des héritiers à leurs propriétés agricoles sur le territoire national, on accélère le processus du départ forcé et donc un nouveau morcellement. Je pense qu'une réaction de la partie marocaine est nécessaire, ne serait-ce que pour délimiter physiquement cette zone et garantir que les soldats algériens arrêtent de s'en prendre à la population locale.» Ahmed Noureddine Originaire de Figuig, le chercheur nous déclare avoir lui-même «connu ces incursions courantes sur place». «Les soldats algériens s'en prennent à tout le monde, y compris aux plus jeunes comme mes amis et moi, dans le temps, en vacances dans les cuves d'oued Zouzfana où les riverains sont nombreux à passer leurs jours d'été. Nous avons été confrontés aux intimidations de membres armés, qui nous ont dépouillés de nos objets personnels», se souvient Ahmed Noureddine. Maroc – Algérie : La situation frontalière de Figuig du XIXe siècle à aujourd'hui Des intimidations sur des années Rappelant que les récits de habitants sont nombreux dans ce sens, le spécialiste appelle surtout à «sécuriser les frontières dites du 'fait accompli'», en faveur des riverains qui subissent les conséquences directes. «Cela n'enlève en rien au Maroc son plein de droit de réviser ces frontières-là, à une plus grande échelle et sur un temps plus long, quand la situation diplomatique et politique le permettra, conformément à l'accord de 1972 scellé avec l'Algérie et qui ne peut être appliqué en partie, mais seulement en totalité», nous affirme Ahmed Noureddine. «Si Alger se réfère à des termes de ce texte pour justifier chaque incursion ou accaparement de terre, il faudrait se référer à l'ensemble du texte. Autrement, il serait nul et non-applicable. Une première action de délimitation par le Maroc et sur le court terme pourrait atténuer les difficultés quotidiennes des habitants, qui ne datent pas uniquement de 2021 avec le précédent d'El Arja.» Ahmed Noureddine «La bataille d'Amgala en 1976 est à elle seule une violation flagrante qui annule les termes de l'accord de 1972. Dans ce cas-là, nous revenons pratiquement à la situation frontalière définie par le traité de Lalla Maghnia en 1845 entre le Maroc et la France, ainsi que les protocoles de 1901 et 1902 qui concernent la frontière nord et placent Figuig du côté marocain», s'exclame le chercheur, ajoutant que les limites poreuses entre Figuig et Tindouf totalisent 1 200 kilomètres. Dans la province de Figuig, Ahmed Noureddine fait aussi état de précédents «vols répétés de la part de soldats algériens en treillis et en armes, non-loin des palmiers limitrophes à l'oued et qui sont incontestablement du côté marocain». «Ceci est sans parler du vol de bétail est des bergers attaqués à maintes reprises, ou parfois de l'arrestation de paysans qui sont ensuite conduits à Colomb-Béchar et condamnés en Algérie, depuis laquelle ils doivent prendre ensuite un avion à Alger pour redescendre jusqu'à Figuig», indique le chercheur. Figuig : Les terres d'El Arja, propriétés privées ignorées par les accords maroco-algériens de 1972 Pour Ahmed Noureddine, «ce sont autant de nombreuses histoires qui doivent être racontées, pour montrer comment l'Algérie opère des provocations qui touchent toutes les personnes vivant dans les zones frontalières, comme cela s'est déjà produit même à Saïdia». Mettant en avant le deux-poids, deux-mesures de ces situations, le chercheur indique que «les soldats algériens sont nombreux à dire être déroutés dans la zone frontalière, mais depuis laquelle ils sont recueillis par nos Forces armées royales et reconduits sans violence vers l'Algérie». Plusieurs agressions sur la frontière Dans ce contexte, le spécialiste considère que «ce qu'a fait l'Algérie le 4 février 2026 ne saurait être pris à la légère, ni justifié par un simple redécoupage de la frontière selon l'accord de 1972». «Cet acte hostile contre la souveraineté marocaine à Ksar Ich et l'accaparement de nouvelles parcelles de terre appartenant à des agriculteurs qui les ont héritées depuis des siècles ne constituent pas un incident isolé», affirme le chercheur. Celui-ci fustige «une série d'actes hostiles contre l'Etat marocain et contre des citoyens ordinaires», dont «le précédent meurtre de trois jeunes hommes par l'armée algérienne à la frontière, mais aussi le meurtre de trois jeunes au large de Saïdia, ce qui fait office de peloton d'exécution constituant une violation du droit international et du droit interne». Ahmed Noureddine Sur le plan militaire, Ahmed Noureddine indique que «l'Algérie mène régulièrement aussi des exercices de tirs réels à proximité immédiate de la frontière marocaine, ce qui constitue un acte de guerre ; de plus, elle ferme son espace aérien aux avions civils marocains, y compris ceux transportant des pèlerins marocains à La Mecque». «La liste de ces actes d'agression, qui se sont considérablement intensifiés depuis 2021, année où l'Algérie a unilatéralement rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, est trop longue pour être énumérée. Aujourd'hui, Alger sait que Rabat ne souhaite pas entrer en guerre et, par conséquent, elle exploite cela pour intensifier incursions sur le territoire marocain et s'emparer de davantage de terres.» Ahmed Noureddine «Bien que nous comprenions la position officielle du Maroc, qui rejette une guerre dévastatrice pour les deux pays, nous ne pouvons ignorer les violations des droits des citoyens et la confiscation de leurs biens», plaide Ahmed Noureddine. Pour lui, «l'Etat marocain devrait engager des procédures auprès des Nations unies et de toutes les organisations internationales et régionales afin de tenir l'Algérie responsable de ses actes».