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Chronique du Dr Lahna : Hiba, du miracle à l'espérance
Publié dans Yabiladi le 21 - 08 - 2018

La petite Hiba a actuellement trois ans et se porte très bien, même si elle a gardé une santé fragile due à sa grande prématurité, mais grâce aux efforts des uns et des autres, elle est vivante et fait le bonheur de ses parents et de ses grands-parents.
Il y a trois ans, j'ai été confronté à une situation inédite. Je connaissais un couple modeste de Casablanca, le mari est chauffeur de taxi et sa jeune épouse, femme au foyer. Après une fausse couche l'année dernière, une nouvelle grossesse avait démarré 5 mois et demi plus tôt. Je la suivais bénévolement depuis le début et tout se passait très bien. Le matin du 10 août 2015, la poche des eaux s'est rompue et des contractions utérines ont commencé en soirée, annonçant un accouchement imminent.
N'étant pas au Maroc ce mois-là, je leur avais conseillé d'aller à la clinique même s'ils n'avaient pas beaucoup de moyens. La jeune femme a souffert lors de sa dernière fausse couche et je ne souhaitais pas qu'elle subisse les aléas des hôpitaux publics.
L'accouchement a eu lieu vers 1 heure du matin par le siège, d'une fille vivante pesant juste 870 g.
La fille fut «condamnée» par le personnel de nuit, laissée dans la salle des instruments. Tout le monde pensait qu'elle allait décéder sous peu. Aucun pédiatre n'a été appelé bien entendu. Quelle fut la surprise de l'équipe du matin de la trouver encore vivante et respirant certes avec difficulté mais spontanément. Une pédiatre l'avait examinée et l'avait faite perfuser… Les parents surpris et angoissés étaient sommés de s'occuper de leur fille qu'ils pensaient mourante. Et ce fut à eux de chercher une unité de néonatologie pour la prendre en charge. C'est que la prise en charge des nouveau-nés est chère dans les cliniques privées, de l'ordre de 5000 dirhams par jour !
Heureusement qu'une place s'était libérée à l'institut La Goutte de Lait, le seul endroit caritatif de qualité qui prend en charge les nouveau-nés. La petite miraculée a été appelée Hiba (don du seigneur) et son père, que j'avais régulièrement au téléphone, a été pris entre ce miracle de la survie (jusqu'à présent) de sa fille et les difficultés de trouver l'argent pour les frais demandés par l'administration de La Goutte de Lait : 1 000 dirhams par jour. Ce qui est peu par rapport au coût de la prise en charge d'un nouveau-né en réanimation et beaucoup pour un jeune père de famille à qui il ne reste pas plus de 3 000 dirhams pour vivre tout un mois. En effet, Hiba avait nécessité trois mois dans cette structure, puisque Dieu lui a prêté vie.
Celui qui sauve une vie, c'est comme s'il avait sauvé l'humanité entière
A ce moment, j'avais posté un message Facebook en relatant son histoire et écrivant ceci : «Celui qui a créé cette fille et lui a donné les moyens de résistance pendant ses premières heures de vie est capable de continuer à la protéger. Cependant, on peut participer à prendre en charge une journée d'hospitalisation par exemple. Un peu moins ou un peu plus selon les possibilités de chacun ou chacune.» Ceci avait déclencher un bel élan de solidarité avec le père et l'institut de La Goutte de Lait. Les incrédules pouvaient aller sur place la voir s'enquérir de la véracité de cette histoire. Et non seulement elle a pu s'en sortir, mais un excédent de don a pu servir à l'achat d'une couveuse supplémentaire pour l'institut afin de faire profiter d'autres prématurés ou nouveau-nés en souffrance.
La petite Hiba a actuellement trois ans et se porte très bien, même si elle a gardé une santé fragile due à sa grande prématurité, mais grâce aux efforts des uns et des autres, elle est vivante et fait le bonheur de ses parents et de ses grands-parents.
Je voulais partager cette histoire avec vous afin de rappeler que le fil qui sépare la vie de la mort est ténu, que le combat pour la vie n'est jamais vain. Parce que celui qui sauve une vie, c'est comme s'il avait sauvé l'humanité entière.


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