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Maroc : En panne d'idéal, l'exil ou la prison ? [Edito]
Publié dans Yabiladi le 27 - 12 - 2019

C'est parce que nous sommes nombreux à nous taire, que le prix à payer pour ceux qui parlent est si lourd. Nulle liberté d'expression pour celles et ceux qui ne l'exercent qu'avec parcimonie.
«Fi bladi delmouni», un chant aux paroles déchirantes scandé à gorge déployée par des milliers de supporter du Raja de Casablanca, au sein d'une enceinte censée accueillir un match de football, cet «opium du peuple» qui ne permet même plus d'oublier la douleur. «3acha cha3b» leur répondent en écho un trio de rappeurs, offrant leur refrain comme slogan à toute la génération Zefzafi, héritière de la génération Serfaty.
Le Maroc a changé. Les Marocains ont changé. Mais un irréductible noyau sécuritaire composé de nostalgiques des années de plomb ne savent traiter les maux de notre société qu'à coup de traitement de choc. Une seule issue pour ceux qui tiennent le marteau lorsqu'ils voient en chaque tête qui dépasse un clou : frapper (Hajar Raissouni, Gnawi), frapper fort (Mahdaoui, Moul Kaskita), parfois de toutes leurs forces (Zefzafi, Ahamjik, Bouachrine).
Alors que le pays a besoin d'apaisement pour traverser les remous que connaît la région, nos responsables ont accéléré le travail de sape contre les organisations d'intermédiation (Syndicats, partis politiques, associations, médias), et multiplient de manière vertigineuse les années de prison pour les détenus d'opinion.
Au Maroc, les journalistes sous surveillance ?
Si la carte prison ressortait ici et là, depuis novembre le pouvoir judiciaire évite soigneusement la rue de la Paix. Il semble décidé à faire payer au centuple le recul forcé sur l'affaire Hajar Raïssouni suite à l'émotion suscitée conduisant à une grâce royale. Dans le monopoly judiciaire, Taoufik Bouachrine a ainsi vu sa peine de prison de 12 ans aggravée à 15 ans en appel, 1 an pour le rappeur Gnawi, 4 ans pour Moul Kaskita, et de nombreux autres moins connus en moins de deux mois.
Omar, une sentinelle qu'il faut faire taire
Dernière victime du traitement de choc, le journaliste Omar Radi. Poursuivi pour «outrage à magistrat» suite à une série de tweets publiés le 15 avril dernier, il paraît plus vraisemblable que ce soit sa participation à une émission radio en Algérie, publiée le 23 décembre sur YouTube, qui a remis son dossier en haut de la pile.
Encore une fois, la célérité de la justice renseigne sur la détermination des autorités d'envoyer un message à l'ensemble des journalistes qui oseraient exercer leur liberté d'expression : convocation à BNPJ, comparution devant le procureur du roi et incarcération à la prison Oukacha de Casablanca, tout cela le même jour.
Quand Cronos dévorait ses enfants, Hajar et les autres...
A l'heure où le palais royal tente de redonner un (mince) espoir avec la Commission spécial sur le modèle de développement, voilà qu'à peine l'opération communication du CSMD lancée, une partie du pouvoir lui savonne la planche. Vers quel Maroc allons nous ? Quel choix laisse-t-on à cette jeunesse désorientée dans une économie en stagnation ? L'exil ou la prison ?
Un mot, une vidéo, un tweet et vous voilà privés de liberté pour plusieurs années. Système irrationnel capable de rendre fous même les plus lucides de ce pays. C'est le Horla de Maupassant qui s'invite au pays de Mohamed Choukri.


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