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Condamnation du maire d'Istanbul pour l'écarter de la course à la présidentielle
Publié dans Albayane le 18 - 12 - 2022

Symbole de l'opposition au président turc, Recep Tayyip Erdogan, le maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, a été condamné, ce mercredi, à une peine de deux ans, sept mois et quinze jours de prison assortie d'une « privation de certains droits » – dont celui d'éligibilité – pour une période équivalente après avoir été accusé d'avoir « insulté » des responsables turcs.
Cette sentence a été interprétée par Sezgin Tanrikulu, le vice-président du Parti Républicain du Peuple (CHP), le principal parti d'opposition, comme étant une tentative du gouvernement d'empêcher la participation d'Ekrem Imamoglu, à la vie politique du pays et surtout, de l'empêcher de se porter candidat à la prochaine présidentielle car, en lui imposant une peine de deux ans, le tribunal l'a, automatiquement, disqualifié politiquement en le mettant au-devant de l'impossibilité de voir sa peine commuée en amende.
Issu du principal parti d'opposition, en Turquie, le «Parti Républicain du Peuple» (CHP), Ekrem Imamoglu, 52 ans, candidat potentiel à l'élection présidentielle de juin 2023, face au président turc avait, en effet, qualifié d'« imbéciles» les responsables électoraux qui avaient annulé sa courte victoire aux élections de mars 2019 aux dépens du candidat du « Parti de la Justice et du Développement » (AKP), au pouvoir, qui dirigeait la mairie d'Istanbul depuis 25 années.
D'abord annulée par le gouvernement, l'élection d'Ekrem Imamoglu, avait finalement été reconnue par le pouvoir, trois mois plus tard, suite à la très forte mobilisation de ses électeurs.
Aussi, dès que le verdict a été prononcé, les partisans du maire d'Istanbul se sont rassemblés, devant la mairie et ont scandé, à l'unisson, «Droit, Loi, Justice» et réclamé la «démission» du gouvernement alors que l'intéressé, qui a toujours professé sa «confiance en la justice turque» mais qui affirme «avoir honte de ce procès» a tenu à préciser, néanmoins, qu'«une poignée de personnes ne peuvent confisquer le pouvoir confié par le peuple » et déclaré que sa lutte «reprend avec davantage de force».
Aussi, tout en dénonçant une malheureuse «affaire politique», l'intéressé, qui fera appel de sa condamnation aux dires de son avocat, Maître Kemal Polat, a déclaré, face à ses partisans, drapeaux rouges à la main : «Ce n'est pas mon procès mais celui de la justice et de l'équité (...) Je n'ai pas de juges pour me protéger mais j'ai 16 millions de Stambouliotes et notre nation derrière moi et ensemble, nous allons chasser cet ordre défectueux».
Mais, si la peine infligée au maire d'Istanbul venait à être confirmée, en appel, ce dernier n'aurait pas le droit de se présenter à la prochaine élection présidentielle alors même qu'il est donné gagnant par les différents sondages d'opinion face à Erdogan qui est confronté à une grave crise économique et à une inflation qui tourne autour de 85%.
L'alliance de l'opposition, formée de six partis, dont le CHP, n'étant toujours pas parvenue à se mettre d'accord pour la désignation d'un candidat commun, de nombreux observateurs estiment que le vice-président du CHP, Kemal Kilicdaroglu, se verra contraint de participer à la course à la présidentielle et, en ne dénonçant pas la candidature du chef de son parti, Ekrem Imamoglu a assuré, lors d'un entretien diffusé, mardi soir, par la chaine de télévision «Télé One», que ses «épaules sont capables de porter toutes sortes de responsabilités».
Il semblerait donc que, par la condamnation du maire d'Istanbul, le président Recep Tayyip Erdogan chercherait à écarter un opposant susceptible de le «bousculer» lors de la prochaine élection présidentielle et à se donner la possibilité d'effectuer un nouveau mandat.
Y parviendra-t-il ?


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