Maroc–Guinée : SM le Roi Mohammed VI félicite le Général Mamadi Doumbouya    Brésil : Roberto Carlos quitte l'hôpital après une intervention cardiaque    Portrait / CAF : « Ayoub El Kaâbi, Sidi Bicyclette » !    CAN Maroc 2025 : le programme officiel des huitièmes de finale dévoilé    CAN Maroc 25 - 8es de finale 1 / Ce samedi ''Sénégal-Soudan'' : enjeu, arbitrage, horaire et météo    CAN Maroc 2025 : les affiches des 8es de finale    Abidjan vibre au rythme du MASA    Essaouira. Quand le Jazz invite la musique Hassani à retrouver Tagnaouite    La paire USD/MAD se déprécie de 0,56% du 22 au 26 décembre    Mort de Mustapha Sidi El Bachir : disparition naturelle ou liquidation ?    À Gaza, la nouvelle année commence entre décombres et détermination    Iran : Le Mossad "sur le terrain" avec les manifestants    Vénézuéla : Les Etats-Unis durcit sa croisade contre les embarcations de "narcotrafiquants"    Sommet Lee-Xi: Coopération économique et dossier nord-coréen à l'agenda    Conseil de sécurité: La Colombie adopte une ligne prudente sur le dossier du Sahara    Décès de Mohamed Harbi, mémoire de lutte entre le Maroc et l'Algérie    L'Humeur : Vendre des cravates sous le menton    Maroc 2026 : L'année où tout se joue    La Bourse de Casablanca clôture sa première séance de 2026 dans le vert    Réglementation des changes : Ce qui change concrètement dès janvier 2026    CAN Maroc-2025 : Diaz et Mazraoui dans le onze-type de de la phase de groupes    CAN 2025 : Le choix de l'arbitre Maroc-Tanzanie vivement critiqué    CAN 2025 : Diaz et Mazraoui dans l'équipe type de la phase de groupes    Intempéries: La situación en el Aeropuerto de Marrakech-Menara está bajo control (ONDA)    Tempête Francis : le Maroc confronté à un épisode météorologique d'une intensité inhabituelle    CAN 2025: Brahim Diaz y Noussair Mazraoui en el once ideal de la fase de grupos    Fortes pluies, chutes de neige et fortes rafales de vent, vendredi et samedi, dans plusieurs provinces    Turquie : une Marocaine arrêtée pour des actes de violence présumés sur sa fillette    Intempéries : La situation à l'Aéroport de Marrakech-Menara est maîtrisée (ONDA)    Bassin de Bouregreg-Chaouia : Les barrages affichent un taux de remplissage moyen de 88,31%    Arts 2025 : Dernier regard dans le rétro sur une année de création    Hiba Bennani en tête d'affiche du drame marocain Rass Jbel, aux côtés d'Asaad Bouab    Le Polisario conteste l'accord Maroc-UE devant le Tribunal de l'Union européenne    Inclemencias en Marruecos: El Ministerio del Interior aconseja reducir los desplazamientos    Bilan 2025. Rochdi Talib: « Cette année aura marqué une étape structurante pour Akdital »    La Chine renforce le remplacement des appareils électroménagers en 2026    Tanger-Tétouan-Al Hoceima : l'industrie connectée à la performance (6/6)    Le Crédit Agricole du Maroc lève 1 milliard de DH via une émission obligataire subordonnée    Températures prévues pour samedi 03 janvier 2026    Cathédrale Saint-Pierre : la société «Le Palais d'Aménagement» adjudicataire    Sécurité internationale : comment le Maroc s'est imposé comme une référence mondiale    La BD "Astérix en Lusitanie" a fait 1,65 million de ventes en France    USA : Trump repousse d'un an l'augmentation des droits de douane sur l'ameublement    La France fait face à une multiplication de cyberattaques de sites stratégiques    Sahara : un drone des FAR détruit un véhicule d'orpailleurs dans la zone tampon    DGSN : Avancement de 8.913 fonctionnaires de police au titre de l'exercice budgétaire 2025    Madonna passe les fêtes de fin d'année à Marrakech    Brigitte Bordeaux - Brigitte Bardot    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



A dire vrai… La grandeur des nations
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 14 - 05 - 2014

Je suis atterré à la vue de la pile de CV posée sur mon bureau. Je regarde Youssef.
– Qu'est-ce tu m'apportes là ?
– Les candidatures, me fait mon collaborateur, l'air malicieux, le sourire en coin.
– Mais on n'a que deux postes, et là je vois des tonnes de réponses !
– Et je n'ai apporté que les meilleures… on a éliminé presque autant ! Désolé de vous dire que dans la pile c'est à peine s'il y a une demi-douzaine qui méritent d'être invités pour un entretien. Et encore…
Un sentiment de déprime m'envahit. J'invite Youssef à aller nous changer les idées dans le café à côté. Devant deux thés à la menthe, nous devisons.
– C'est terrible, lui dis-je. De mon temps, je claquais la porte pour un oui ou un non au boulot. J'en trouvais un autre en m'adressant à côté. Je n'envoyais ni CV ni lettre de motivation.
Youssef me regarde, incrédule.
– Je ne pensais pas qu'un jour les jeunes seraient des cohortes à chercher un emploi, réduits à envoyer des candidatures spontanées au petit bonheur la chance, comme un pêcheur qui jette sa ligne dans la mer, sans savoir s'il y a des poissons sous l'eau.
Youssef ne réagit pas. Notre quotidien dans la fondation est justement d'aider les jeunes à trouver du travail ou à créer leur propre activité professionnelle !
– Pourtant, c'était prévisible, poursuis-je. En 1984, un ami ambassadeur m'avait sollicité pour l'aider à caser son fils. Bizarre de la part d'un puissant ! En fait, nous changions déjà d'époque. Depuis, ça n'a fait qu'empirer à ce que je vois.
Youssef m'écoute sans piper mot. Il a 25 ans, l'âge de mon cadet. Les années qui nous séparent n'ont pas empêché que je lui confie de lourdes responsabilités au sein de notre fondation, donnant ainsi raison à Corneille pour qui «Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années.» De même que j'ai confié des responsabilités aux jeunes que j'ai recrutés en même temps que lui, Abderrahim, Mohamed, Zineb, Samira. J'avais fait confiance plus à leur potentiel humain qu'à leur formation universitaire. Je ne me suis pas trompé. Investis de ma confiance, ils ont donné toute la mesure de leurs compétences et de leur savoir-faire.
– Difficile de trouver de bons candidats, l'écrasante majorité des lauréats de l'université a un niveau médiocre, me dit-il, comme s'il lisait dans mes pensées.
Je suis découragé. Nous cherchons un responsable de développement pour notre fondation depuis un certain temps. En vain. Je vois ce qui nous attend : recruter un candidat ou une candidate dont le profil ne correspond pas tout à fait à nos termes de référence ; investir en la nouvelle recrue; patienter qu'elle monte en puissance et… voir d'autres nous la débaucher en lui offrant un meilleur salaire !
Je songe au temps de ma jeunesse. Comme un aîné qui radote, j'emmène Youssef loin dans le temps :
– En 1976, je suivais Sciences Po après mes études scientifiques. Le niveau s'était déjà dégradé. Il suffisait de voir les notes des étudiants à la fin des cours. Illisibles! Indéchiffrables ! Eh bien ce sont ceux-là mêmes qui ont formé les générations suivantes ! Que peut-on attendre d'eux, si ce n'est pire !
Après avoir siroté une gorgée de thé, Youssef me dit avec assurance :
– À la limite, ce n'est pas tant le chômage qui est inquiétant. De nombreux pays en souffrent. Je ne sais pas quand est-ce on s'en sortira. Mais, le pays progresse malgré tout. Cahin-caha, mais il progresse.
L'optimisme de mon collaborateur réconforte. Après tout, sa génération est la relève du pays. Je souris, mesure mes mots et lui dis :
– Tu vois Youssef, je partage ta vision. La dégradation de la formation des nouvelles générations est inquiétante. Nous en souffrons dans notre fondation, comme en souffrent les administrations, les sociétés. La gestion du pays manque déjà cruellement de compétences. Les politiques n'ont pas de quoi être fiers. Si l'on ne s'attelle pas à remettre le système éducatif à plat et vite, alors tous les progrès enregistrés par ailleurs seront inutiles.
Pire, l'avenir de la nation est compromis. Mais, tu vois, ce qui m'inquiète le plus, c'est la perte des valeurs qui va d'ailleurs de pair avec la dégradation des compétences. Le vouloir vivre ensemble, l'abnégation pour le bien de tous, la droiture dans l'accomplissement de sa mission… ça se perd de plus en plus.
J'observe un silence, puis, voyant Youssef pensif, j'ajoute :
– Ce que je dis paraît utopique, voire naïf. Mais l'histoire de l'humanité nous apprend que l'éducation des générations montantes conditionne la grandeur future des nations.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.