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Il tue son ami d'un coup de théière
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 10 - 12 - 2003

Amis de longue date et voisins, Abdeslam et Abdellah travaillaient sur le même chantier de construction. Un simple malentendu à propos de leurs épouses respectives a fait que le premier a tué le second d'un seul coup de théière.
La Chambre criminelle près la Cour d'appel de Casablanca. Les yeux hagards, Abdeslam, quarante-trois ans, se tient devant les magistrats. De temps en temps, il scrute son avocat qui présente ses requêtes pour vice de forme. « Mon client a passé chez la police judiciaire une durée qui dépasse la garde à vue, sa famille n'a pas été avisée comme l'oblige la procédure pénale, la perquisition n'était pas réglementaire…et par conséquent, je réclame l'annulation des procès-verbaux de l'audition de mon client et je demande de se contenter de ses déclarations devant la cour… », explique l'avocat. Abdeslam ne comprend rien des mots prononcés par l'avocat. Ce qui lui importe maintenant, est d'être condamné à une peine atténuante puisqu'il est convaincu qu'il a tué son ami et qu'il risque une peine d'emprisonnement.
Natif de la région de Sidi Bennour, Abdeslam n'a jamais mis ses pieds à l'école. Sa famille ne pouvait lui rassurer que la nourriture. L'habillement ? Certes, ses parents lui achetaient de temps en temps des vêtements usés au souk hebdomadaire de la région. Il fallait attendre l'occasion de l'Aïd El Fitr et d'Al Mawlid Annabawi pour qu'il bénéficed'habits. Il a passé son enfance avec les enfants du douar en jouant et en courant les champs d'agriculture à droite et à gauche. Une fois arrivé à son adolescence, il a commencé à travailler dans les mêmes champs en tant que journalier. Les jours, les mois et les années passent en un clin d'œil, Abdeslam avait en besoin de son propre foyer. Il s'est marié comme les autres jeunes hommes du douar. Au fil du temps, la vie devient tellement dure à son douar qu'il ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille. La solution ? Elle n'est pas facile pour lui et pour d'autres jeunes du douar de le quitter. Mais ils n'ont pas le choix. Abdeslam emballe ses affaires et fait les adieux à ses parents et ses frères et sœurs pour regagner Casablanca en compagnie de sa femme. Certes, il n'a que des idées très vagues sur cette ville. Mais, il est convaincu que son cousin demeurant au douar Rhamna, préfecture Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ ne le jette pas. Il lui a déjà promis de l'aider une fois arrivé chez lui. Effectivement, son cousin a tenu sa promesse et l'a soutenu jusqu'au jour où Abdeslam a commencé à travailler dans un chantier de construction. Au fil des jours, il a loué un habitat qui sera égayé de deux enfants.
«Tu es accusé d'homicide volontaire…», lui demande le président de la cour qui fouillait son dossier et lisait attentivement la poursuite.
Abdeslam lève ses yeux pour balbutier une seule réponse : «Oui, je l'ai frappé mais je n'avais pas l'intention de le tuer». Les questions du président de la cour commencent à pleuvoir et les réponses d'Abdeslam éclaire Abdellah étaient deux amis qui travaillent dans un chantier de construction, ils passent le plus souvent leur temps entre eux surtout quand ils finissent leur boulot et qu'ils habitent dans le même quartier.
Le jour «J», ils étaient sur le chantier de construction en train de prendre leur déjeuner quand un malentendu a éclaté entre eux. «Pour qu'on reste amis, il faut empêcher ta femme de rendre visite à la mienne», dit Abdeslam à Abdellah sans d'autres détails. Sans demander d'autres explications, Abdellah s'est révolté et lui a lancé des mots abjects portant atteinte à son honneur. Hors de lui, Abdeslam a saisi la théière qui était à côté de lui et lui a asséné un coup au niveau de la tête comme s'il l'a frappé d'un grosse pierre. Abdellah s'effondre. Ses amis viennent le sauver. Mais en vain. Ils appellent l'ambulance. Le chef du chantier avise la police qui vient arrêter Abdeslam. Transporté vers l'hôpital, Abdellah rend l'âme suite à une hémorragie interne. «Pourquoi lui as-tu demandé d'empêcher sa femme de rendre visite à la tienne?», lui demande le président. En réponse, Abdeslam lui a expliqué que l'épouse d'Abdellah a dévoilé à sa propre femme quelques intimités de son époux. Lesquelles ? Il n'a pas répondu et s'est contenté de confirmer que : « je n'avais pas l'intention de le tuer… », confirme Abdeslam aux juges.
Ces derniers qui n'ont pas retenu contre lui la poursuite d'homicide volontaire, l'ont jugé coupable pour coups et blessures ayant entraîné la mort et l'ont condamné à 20 ans de réclusion criminelle.


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