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Naufrage de la Samir : Y a-t-il enfin une solution ?
Publié dans Challenge le 04 - 06 - 2019

Fin du dernier épisode. Le feuilleton de la Société anonyme marocaine de l'industrie du raffinage (Samir) devrait connaitre son épilogue le 21 juillet prochain. En effet, d'ici là, l'unique raffinerie du Royaume devra avoir trouvé un repreneur, faute de quoi ses différents actifs seront vendus séparément. Si l'arrivée d'un repreneur est très hypothétique malgré l'intérêt qu'ont pu montrer quelques candidats, la vente aux enchères ne semble pas être une issue heureuse car tout le monde serait perdant : Etat, créanciers, actionnaires institutionnels marocains, salariés. Quelle solution alors ?
Même s'il n'est pas exclu que le Tribunal prolonge encore le délai de continuité de l'activité, en juillet prochain, pour la 13ème fois depuis le 21 mars 2016, il y a lieu de se demander si le syndic Abdelkbir Safadi peut réussir là ou son prédécesseur Mohamed El Krimi a échoué : trouver un repreneur privé. Il faut dire d'emblée que cette issue est très hypothétique malgré l'intérêt qu'ont pu montrer quelques candidats. A ce niveau, le dossier serait même au point mort. Le juge reçoit de moins en moins de demandes et aucune offre sérieuse n'a été faite, selon nos informations.
« La lourdeur de la procédure ne facilite pas les choses pour les repreneurs potentiels », explique notre interlocuteur qui indexe en guise d'exemple les rapports et documents concernant la Samir qui ne sont même pas numérisés. D'ailleurs, c'est l'étalement de la procédure de liquidation et sa lenteur, ajoutés à l'absence d'un cabinet-conseil maitrisant les rouages d'une vente à l'international, qui avait poussé certains créanciers du raffineur à demander la «tête» de Mohamed El Krimi.
Depuis, son remplacement qui était synonyme de bonne nouvelle pour les créanciers, n'a toujours pas porté ses fruits : à un mois et demi de l'échéance du 18 juillet prochain, aucune offre n'a abouti. « Il est pratiquement impossible de trouver un repreneur qui serait prêt à racheter plus de 43 milliards de DH de dettes pour une entreprise dont le total des actifs s'élève à peine 21 milliards de DH », souligne notre interlocuteur.
Que pèse réellement le patrimoine de la Samir ? Selon le rapport d'expertise, les unités de production installées à Mohammedia et Sidi Kacem valent 15 milliards de DH. Les biens mitoyens du périmètre du raffinage, notamment le restaurant, le café, centre médical et service informatique, sont estimés à 7,7 millions de DH. La Samir compte également deux titres fonciers à Mohammedia d'une valeur estimée à 4,6 milliards de DH. De même, elle dispose de titres fonciers dans plusieurs villes du Royaume (4,8 milliards DH). A cela s'ajoutent le stock de la Samir, les moyens de transport des deux sites industriels de Mohammedia et Sidi Kacem, et les centres d'estivage, évalués respectivement à 800 millions de DH, 1,9 million de DH et 22,3 millions de DH. Pour les immobilisations incorporelles, le fonds commercial de la Samir est évalué à 45 millions de DH.
Parallèlement à ces immobilisations corporelles et incorporelles, le raffineur est également actionnaire dans plusieurs sociétés. Outre le secteur pétrolier, le raffineur a pris des participations dans les secteurs de l'hôtellerie, la formation et même dans Autoroutes du Maroc (ADM), à hauteur de 12 millions de DH. Ainsi, dans l'activité pétrolière, la Samir détient 50 % de Salam Gaz.
Cette société spécialisée dans l'exploitation de centres emplisseurs gaz butane et propane, dispose de 12 centres emplisseurs et d'un terminal à Nador. Son tour de table compte deux autres actionnaires : Total Maroc (20%) et Afriquia Gaz (20%) et Ziz (10%). La participation de la Samir y est évaluée à 328 millions de DH. De même, le raffineur contrôle 38,5 % de la Société marocaine de stockage (Somas) et 60 % de la société Africbitumes, spécialisée dans la distribution, l'exportation de bitumes et dérivés, que le rapport d'expertise évalue respectivement à 220 millions de DH et 26,5 millions de DH.
En outre, le raffineur est actionnaire et détient à 100 % la société marocaine de transport et de stockage de produits pétroliers (TSPP), la Société de distribution de carburants et combustibles (SDCC) et l'académie africaine de l'énergie (Acafe), évaluées dans le rapport d'expertise à hauteur de 61 millions de DH, 150 millions, et 3,5 millions de DH.
Dans l'hôtellerie, le raffineur détient des participations dans deux établissements : la société hôtelière d'Ifrane et l'hôtel «Perce neige», expertisé chacun à 17 millions de DH.
Evalué par les experts à 21 milliards de DH, l'ensemble de ces actifs n'a pas vraiment séduit les investisseurs pour la reprise du raffineur. Est-ce à cause du prix minimal de cession fixé à 21,6 milliards de DH par le juge-commissaire (prix d'ouverture). Un montant à mettre en regard des 43 milliards de DH de dettes contractées par la Samir. Trop élevé ou pas, il semble dissuader des offres crédibles de la part des potentiels repreneurs privés ; trop faibles, il braderait les actifs de la raffinerie aux dépens de ses créanciers.
« Depuis que la Samir est en liquidation judiciaire en juin 2016, le Tribunal de commerce de Casablanca a reçu pas moins de 30 offres de reprise mais aucune n'a abouti. Il faudrait que le gouvernement affiche sa volonté d'accompagner le futur repreneur, ce qui n'est toujours pas le cas », souligne Houcine El Yamani, Secrétaire général du Syndicat national des industries du pétrole et gaz affilié à la CDT.
Lire aussi : Me Kamal Nasrollah : « Tout s'est passé comme si certaines parties avaient un intérêt à ce que La Samir ne redémarre pas «
Reste alors que l'Etat renationalise le raffineur, une option très peu probable. En effet, Aziz Rabbah, ministre de l'Energie, dans l'une de ses sorties, n'a pas hésité à qualifier d'obsolète l'outil de production du raffineur. Avant lui, son prédécesseur, Abdelkader Amara, avait préféré parler de la possibilité de construction d'une autre raffinerie sur le site de Jorf Lasfar avec un investisseur émirati en partenariat avec un distributeur local. C'est dire qu'on se dirigerait vers la solution la plus probable c'est-à-dire la liquidation définitive : la vente aux enchères des actifs comme prévu en l'absence de repreneur d'ici le 21 juillet prochain. Dans ce cas, peut-on voir la raffinerie, restée trop longtemps fermée, redémarrer ?
Adossé à un port avec des infrastructures de stockage, des gazoducs, sa capacité de 150 000 barils/jour intéresse plusieurs compagnies d'envergure. C'est le cas des traders Glencore et BB Energy, tous les deux faisant partie des créanciers de la Samir. Le groupe anglo-suisse veut en fait redémarrer l'outil industriel, l'exploiter et le céder pendant que l'émirati BB Energy, lui, ambitionne de créer une nouvelle entité chargée de redémarrer la raffinerie et de verser des redevances annuelles au groupement des créanciers.
Au plan local, le repreneur tout désigné pourrait être le Groupe Akwa, via Afriquia, sa filiale de distribution de carburants. Mais, celui-ci a botté en touche tout intérêt pour la relance de la centrale de raffinage, même si cela pourrait lui permettre de gagner la marge de raffinage en plus de celle de l'intermédiation. «A l'état actuel, la raffinerie ne nécessitera pas plus de six mois pour la redémarrer», martèle Houcine El Yamani.
Mais toujours est-il qu'à défaut de repreneur également, la seule issue qui reste serait de vendre la centrale de raffinage à la casse et rien ne subsistera alors.
Outre la centrale de raffinage, les installations de stockage intéresseraient le groupe Afriquia, mais aussi le pétrolier espagnol Cepsa.
Les créanciers contre la découpe
Sentant le vent tourner en leur défaveur, les créanciers et les salariés de la Samir réunis le 3 avril dernier à Mohammedia, ont signifié leur opposition à la vente en lots des actifs de la Samir. A leurs yeux, une telle opération aura pour conséquence la diminution de la valeur des offres. En plus, selon eux, elle dissuadera des candidats au rachat, ce qui n'est pas sans leur porter préjudice. Aussi, appellent-ils, le syndic à «veiller à la protection des actifs matériels et humains de la société». «Il était prévu que nous nous réunissons à nouveau le 2 mai 2019 pour examiner l'évolution de la situation afin de prendre les mesures nécessaires idoines pour protéger nos droits et les intérêts des créanciers. Nous allons finalement tenir cette réunion après la ramadan », explique le Secrétaire général du Syndicat national des industries du pétrole et gaz affilié à la CDT.
Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : la liquidation de la Samir ne sera pas sans conséquence négative sur l'économie nationale. Tous les créanciers ne pourront pas se rembourser sur la vente des actifs. Les banques qui ne seront pas prioritaires, possèdent à elles seules près de 8 milliards de DH de créances. Malgré tout cet engagement des banques sur la Samir et ses filiales, soit l'équivalent de 75% des bénéfices annuels du secteur, le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, avait estimé qu'il n'y a aucun risque sur la solvabilité des banques en cas de faillite du raffineur.
Un dossier complet sur le naufrage de la Samir à lire dans votre magazine Challenge disponible dans tous les points de presse.


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