■ Le retard de mise en service est justifié par un redimensionnement du terminal en cours de route. ■ Pour Adil Ziadi, Directeur général du pôle Carburant et Lubrifiant à Afriquia SMDC, le rôle du terminal à hydrocarbures du port Tanger Med sera crucial quant à l'indépendance du marché marocain. ✔ Finances News Hebdo : Tout d'abord, quelles sont les caractéristiques de ce nouveau terminal pétrolier ? ✔ Adil Ziadi : C'est un terminal qui a 3 grandes activités. La première est une activité de soutage (bunkering) des navires. Ce sont les clients qui opèrent à l'intérieur du port et qui sont aujourd'hui les utilisateurs du port à conteneurs, à savoir Maersk et CMA CGM. Une deuxième activité qui est très importante est le trading, l'import et l'export des produits pétroliers. Nous voulons faire de cette plateforme un hub pour toucher tous les marchés, à savoir les Etats-Unis, l'Afrique de l'Ouest et l'Europe. Tanger est un carrefour important situé sur le Détroit de Gibraltar, zone de passage de beaucoup de produits avec, de plus, une forte présence de raffineries dans la zone européenne, qui nous permettra de bouger des molécules vers ces marchés. Quant à la troisième activité, elle englobe surtout le stockage stratégique pour le marché marocain. Désormais, nous aurons une très grande indépendance pour l'approvisionnement du Royaume. Hier, nous étions très dépendants de la raffinerie Samir. Or, aujourd'hui, nous avons une grande indépendance et autonomie, puisque nous avons des capacités tant pour le fuel industriel que pour le gasoil et l'essence qui vont nous permettre d'acheminer les produits vers tout le territoire. ✔ F.N.H. : Quel impact aura ce terminal sur le Nord ? ✔ A. Z. : Le terminal à hydrocarbures aura certainement un impact très positif sur la région du Nord. Les produits seront à disposition des besoins de la région plus rapidement. Nous aurons beaucoup moins de véhicules qui vont circuler pour transporter les produits depuis le Centre vers le Nord et donc une économie importante. ✔ F.N.H. : Dans ce cas, est-ce que les prix du gasoil et de l'essence dans le Nord vont diminuer et donc s'aligner sur celui appliqué dans le Centre ? ✔ A. Z. : Aujourd'hui, la plus grande partie de l'activité du terminal sera l'import et l'export. Ceci dit, seulement 15% seront dédiés au marché local, ce qui est relativement très faible par rapport au besoin de la région. Du coup, le prix du gasoil et de l'essence ne va pas changer. ✔ F.N.H. : Quel va être le trafic annuel ? ✔ A. Z. : On escompte un trafic pour les premières années affichant 3 millions de tonnes. Ce chiffre va augmenter progressivement et atteindre une stabilisation à hauteur de 5 millions de tonnes de trafic par an. ✔ F.N.H. : Vous aurez très bientôt deux terminaux concurrents qui se positionneront juste en face à Algésiras. Quelle sera la valeur ajoutée du terminal à hydrocarbures du port Tanger Med pour s'imposer dans le Détroit de Gibraltar et attirer le maximum de clients ? ✔ A. Z. : Pour cette activité, il est clair que ce sont des terminaux concurrents. C'est une activité de trading où il faut être compétitif, réactif et avoir des infrastructures portuaires qui suivent. Nous comptons attirer les clients par le service, c'est ce qui fait la différence. Lorsque vous offrez un service intégré avec beaucoup de flexibilité envers les clients, c'est un avantage concurrentiel important. ✔ F.N.H. : Plus de 2 ans de retard pour la mise en service du terminal. Comment le justifiez-vous ? ✔ A. Z. : Effectivement, il y a un retard important. Nous avons été amenés à suivre les infrastructures portuaires et donc à investir en même temps pour accompagner le port dans son évolution. Le retard est justifié par une extension que nous avons réalisée durant le parcours. Nous sommes passés d'un dimensionnement de capacité de 350.000 m3 à 508.000 m3. ✔ F.N.H. : Nous avons remarqué que le terminal dispose d'un seul quai. Pensez-vous que cela est suffisant pour assurer un trafic fluide ? ✔ A. Z : Nous avons prévu 3 quais qui vont être utilisés pour la réception des navires. TMSA a lancé la construction d'un deuxième quai qui sera prêt dans 6 à 8 mois. ✔ F.N.H. : Quelles sont les perspectives de développement du terminal ? ✔ A. Z. : On a dimensionné le terminal avec une capacité importante. Il en est pour preuve qu'aujourd'hui le terminal à hydrocarbure du port Tanger Med est l'un des plus grands en Afrique. C'est un projet qui a été dimensionné pour 10 à 15 ans, avec un très grand volume. ■ Dossier réalisé par L. Boumahrou