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De l'informel au formel : pour une souveraineté économique partagée et inclusive
Publié dans Hespress le 08 - 07 - 2025

Dans les économies du Sud, l'informel n'est ni un reliquat archaïque, ni une anomalie. Il est un pilier du tissu économique réel. Selon l'OIT (2018), plus de 60% de la population active mondiale exerce dans des formes d'emploi informel. Au Maroc, ce secteur génère plus de 11% du PIB et constitue une soupape d'adaptation à un formel jugé inaccessible ou insoutenable.
Plutôt que de réprimer cette dynamique, il est temps d'adopter une stratégie lucide et pragmatique : faire de l'intégration au formel une opportunité visible, graduelle et volontaire, et non une obligation verticale.
La formalisation ne doit plus être synonyme de fiscalité punitive ou de contrôle intrusif. Elle doit incarner un contrat gagnant-gagnant : protection contre contribution, droits contre devoirs, visibilité contre stabilité.
Pourquoi les acteurs économiques choisissent-ils l'informel ?
Les raisons sont multiples, mais convergentes :
• Méfiance vis-à-vis des institutions,
• Complexité administrative dissuasive,
• Coûts réglementaires élevés,
• Absence de services publics tangibles,
• Forte valorisation de la flexibilité économique individuelle.
Ce choix n'est pas un rejet idéologique de l'État, mais une réponse rationnelle à un système perçu comme coûteux, rigide et peu redistributif. Les petits commerçants, artisans, transporteurs ou prestataires de services qui opèrent en dehors du formel ne sont pas des fraudeurs structurels : ce sont souvent des survivants économiques, invisibles aux politiques publiques.
Changer de paradigme : de la répression à l'inclusion intelligente
La transition vers le formel ne peut réussir sans modifier le regard institutionnel. Il ne s'agit plus de traquer l'informalité comme un parasite, mais de la considérer comme un réservoir de résilience, d'innovation et de micro-entrepreneuriat. Ce capital productif est aujourd'hui sous-exploité parce qu'il est mal encadré.
Des pays comme le Rwanda, le Brésil, ou encore la Tunisie ont mis en œuvre des dispositifs progressifs : guichets uniques, fiscalité présomptive, plateformes numériques, micro-assurance sociale. Le Maroc, de son côté, a introduit le régime de l'auto-entrepreneur (Loi 114.13), qui constitue une avancée notable, bien que perfectible.
Formalisation = valeur ajoutée immédiate + sécurité sociale
La clé est là : donner un sens visible et rapide à l'entrée dans le formel. Cela passe par :
• un accès effectif à la couverture santé (AMO) et à la protection retraite,
• la possibilité d'obtenir un crédit bancaire,
• la reconnaissance juridique de l'activité (certificat, affiliation, statut),
• et l'accès encadré aux marchés publics ou aux appels d'offres.
La généralisation de l'AMO au Maroc depuis 2021 est un tournant. Fin 2024, plus de 23 millions de Marocains en bénéficient. Mais il faut aller plus loin : faire de cette couverture le pivot d'un contrat social renouvelé, y compris pour les travailleurs indépendants, les saisonniers et les jeunes sans statut clair.
Réformes transversales : santé, éducation, confiance
On ne peut pas convaincre un acteur informel d'entrer dans le formel si ce dernier ne garantit pas des contreparties claires. Une école publique digne, gratuite et efficace, un système de santé protecteur, et des infrastructures locales fonctionnelles sont les meilleurs ambassadeurs de la fiscalité.
Plus encore, l'inclusion financière — par le biais de coopératives, de mutuelles, de micro-crédits ou de banques locales — doit accompagner cette transition. Elle permet de rendre accessible le crédit, l'épargne ou l'assurance, là où l'économie populaire reste souvent exclue.
Territorialiser la formalisation : proximité, médiation et confiance
L'action locale est déterminante. Les communes, les chambres professionnelles, les ONG locales ont un rôle central à jouer dans l'accompagnement, la formation et la médiation. L'expérience de l'Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) a montré que les projets de proximité renforcent l'adhésion lorsqu'ils sont contextualisés.
Propositions concrètes :
• Guichets mobiles dans les zones rurales ;
• Conseillers de terrain bilingues ou trilingues (langues locales) ;
• Programmes d'éducation fiscale dans les écoles et les marchés ;
• Incubateurs communautaires de formalisation coopérative.
Fiscalité : sortir de la logique punitive
L'un des obstacles majeurs reste la perception négative de la fiscalité. Pour de nombreux travailleurs informels, l'impôt est une sanction, pas une solidarité. Il est urgent de construire une fiscalité comportementale et proportionnée, fondée sur la réalité du chiffre d'affaires, et modulable selon l'effort d'intégration.
Des exonérations temporaires, une progressivité douce, et une communication pédagogique sur les usages des impôts (hôpitaux, écoles, routes) peuvent inverser la tendance.
Pour un pacte économique national
Ce que propose cette tribune, c'est un changement de paradigme, qui repose sur un triptyque :
1. Un statut transitoire souple entre l'informel et le formel ;
2. Un accompagnement territorialisé, bienveillant, visible ;
3. Une fiscalité légitime, compréhensible, liée à des droits concrets.
La formalisation ne doit pas être un saut dans l'inconnu, mais une voie vers une citoyenneté économique apaisée, où chaque acteur, aussi modeste soit-il, a sa place dans le contrat national. Elle est, à bien des égards, la prochaine frontière de la souveraineté économique marocaine.
* Juge à l'INCODIR – Expert International en audit et droit des affaires


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