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Crise avec Paris : la diplomatie algérienne passe au décamètre près
Publié dans Hespress le 08 - 08 - 2025

Après les coups de gueule sur la mémoire, le gaz et les visas, Alger vient d'ouvrir un nouveau front diplomatique : celui des mètres carrés. Et tout ça pour montrer qu'elle « tient tête » à Paris.
À Alger, on ne manque jamais d'imagination quand il s'agit de trouver de nouvelles querelles avec l'ancienne puissance coloniale. Après les passes d'armes sur l'Histoire, les tensions sur le gaz et les dérapages autour des visas, voilà que le régime algérien se lance dans une bataille... immobilière. Et pas n'importe laquelle : celle des pelouses et des parkings de l'ambassade de France.
Il y a environ quatre mois, les autorités algériennes, piquées au vif par ce qu'elles qualifient de « harcèlements » envers leur ambassadeur à Paris, ont décidé de jouer une carte inédite : brandir la menace de réduire la superficie de la chancellerie française à Alger. Exit les débats sur les grandes orientations stratégiques : place au ruban à mesurer.
Selon la presse locale, il serait question de diviser par sept l'espace de l'ambassade, de 14 hectares à seulement 2, et de réduire la résidence de l'ambassadeur français, nichée dans le très chic quartier de Hydra, de 4 hectares à 1 seul. Un régime qui peine à régler ses problèmes économiques se met soudain à parler hectares comme on parle de missiles : avec gravité, comme si le sort de la nation en dépendait.
Mais ce n'est pas tout : Alger menace aussi de revoir à la hausse les loyers symboliques que paie la France pour ses 61 biens en Algérie. L'un d'eux, la résidence « Les Oliviers », est loué depuis 1962 au franc symbolique. Dans n'importe quel autre pays, on verrait là un détail anecdotique hérité de l'histoire. En Algérie, on en fait un casus belli.
Les arguments du régime algérien ? La « réciprocité », qualifiée de principe « sacré ». En clair, si Paris n'offre pas les mêmes largesses à l'Algérie, alors pourquoi continuer ? Sauf que, dans cette logique, on omet de rappeler que la diplomatie repose aussi sur la stabilité des accords passés — et non sur leur révision tous les quatre matins en fonction de l'humeur du moment.
L'affaire pourrait prêter à sourire si elle ne révélait pas une tendance lourde : à défaut de marquer des points sur le terrain économique ou social, le régime algérien investit massivement... dans les symboles. Après les postures martiales dans les forums internationaux, voici la démonstration par le mètre carré. L'image est sauve : on « résiste » à Paris.
Au fond, ce feuilleton immobilier illustre à merveille la diplomatie-spectacle qui prévaut aujourd'hui à Alger : beaucoup de bruit pour un bénéfice concret proche de zéro. En réduisant les espaces verts de l'ambassade de France, le régime algérien ne changera rien à la relation bilatérale ; mais il aura offert à son opinion publique un nouvel épisode du grand feuilleton « On ne se laisse pas faire ».


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