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Arabes et Israël : l'autre guerre de 100 ans
Publié dans La Gazette du Maroc le 16 - 01 - 2009

Sectarisme croissant, renforcement du sentiment religieux, nouvelle
doctrine militaire, deuxième guerre froide… Tout concourt à tenir le
processus de paix en échec.
Avec un peu de chance, ces deux semaines de violents combats entre Israël et le Hamas vont bientôt toucher à leur fin. Mais combien de temps devrons-nous attendre pour que la guerre de cent ans entre les Arabes et les Juifs en Palestine en fasse autant ? Difficile de croire que cela se produira prochainement. Examinons la situation : l'opération menée actuellement par Israël, «Cast Lead», est la quatrième incursion à Gaza. En effet, Israël a presque pris Gaza en 1948, dans une guerre que les Israéliens considèrent comme leur guerre d'indépendance. Ils se sont emparés de Gaza une nouvelle fois en 1956. Ils l'ont envahi une troisième fois en 1967 pendant la guerre des Six Jours et y sont restés pendant 38 ans avant de se retirer unilatéralement il y a trois ans et demi.
Pourquoi
se battent-ils ?
Les Juifs et les Arabes de Palestine se battent sans relâche depuis 100 ans. En 1909, les idéalistes socialistes, russes pour la plupart, du mouvement sioniste ont mis sur pied un groupe armé, Hashomer, pour protéger des maraudeurs arabes les fermes et villages nouvellement construits en Palestine. Depuis, les guerres se succèdent (1948, 1956, 1967, 1973, 1982, 2006 et maintenant 2009), toutes marquées par des effusions de sang. Et entre chaque guerre, ce n'est pas la paix qui règne, mais bien des explosions de bombes, des raids, des soulèvements et autres atrocités.
Le massacre qui a lieu cette semaine à Gaza, qui a fait en un seul jour près de 40 victimes parmi les civils, dont de nombreux enfants, ne fait qu'attiser la haine. Mais un conflit qui dure depuis un siècle ne se résout pas à coups de solutions lancées naïvement ou de jugements désinvoltes. Ceux qui choisissent de le réduire à un schéma comportant «terrorisme» d'un côté et «colonialisme» de l'autre sont aveuglés par leurs propres préjugés. À la base, il y a un combat de deux peuples pour la même parcelle de terre. Mais il ne s'agit pas que de ça. Il s'agit aussi de deux camps qui prétendent par intermittence que l'autre peuple n'en est pas un, du moins pas un peuple méritant un Etat à part entière au Moyen-Orient.
Pendant ces éruptions de violence, la formule sacrée des diplomates et éditorialistes consiste en une solution à deux Etats. Tellement simpliste : si deux peuples ne peuvent se partager une terre, ils doivent donc la diviser. Cela semblait évident pour certains, même bien avant que le génocide des Juifs européens par les nazis n'encourage les Nations unies en 1947 à créer deux Etats, juif et arabe, en Palestine.
Le fait que les Arabes refusent la partition décidée par l'ONU il y a 60 ans a toujours été d'un grand réconfort idéologique pour Israël et ses partisans. Selon la version israélienne, les Arabes ont laissé passer au moins quatre chances d'obtenir un Etat palestinien. Ils auraient pu dire oui à la partition en 1947. Ils auraient pu faire la paix après la guerre de 1947-48. Ils ont eu une autre chance en 1967. Et encore une autre en 2000 lorsque Ehud Barak a proposé un Etat aux Palestiniens depuis Camp David.
Ces histoires d'acceptations de la part d'Israël et de refus de la part des Arabes sont bien commodes pour les partisans israéliens. Mais la réalité est bien plus nuancée et des opportunités manquées et des refus marqués, il y en a eu aussi du côté israélien.
Puis Israël est
tombé amoureux
Après la défaite abjecte de 1967, les Etats arabes ont une fois de plus rejeté l'idée d'une paix quelconque avec Israël. Ce fut, en effet, une opportunité manquée. Mais même si l'Etat hébreu de 1967 négociait quelles parties de la Cisjordanie il était prêt à céder en échange de la paix, les gouvernements Likoud de la fin des années 1970 et 1980 désiraient tout conserver. Car Israël tomba amoureux des territoires qu'il occupait.
Ce fut le commencement d'une période marquée par les refus israéliens. Les Premiers ministres israéliens de l'époque proclamaient le droit divin à l'extension d'Israël, qui engloberait la Cisjordanie et la bande de Gaza, dans laquelle les colonies (illégales) n'ont cessé de s'implanter. Dans certains esprits, les Palestiniens devenaient un non-peuple. C'est là qu'une explosion de la résistance palestinienne, l'Intifada de la fin des années 80 puis celle de 2001 à 2003, a eu lieu pour bien faire comprendre aux Israéliens qu'ils se faisaient des illusions.
Quelle influence l'histoire peut-elle avoir sur les événements qui se déroulent actuellement sous nos yeux à Gaza ? Le problème est qu'il y a eu extrêmement peu de moments au cours du dernier siècle pendant lesquels les deux camps ont envisagé simultanément l'idée d'une solution à deux Etats.
Si le rejet des revendications nationales du camp adverse est un des facteurs qui rendent ce conflit insoluble, l'autre est la religion. Le Hamas est un mouvement religieux, et son credo officiel est de rejeter la possibilité d'un Etat juif, parce que, hormis les péchés dont il accuse Israël, il n'y a pas de place pour ce dernier sur une terre musulmane.
Un mur de fer
Pour survivre, les Juifs ont dû construire un «mur de fer» militaire. Ce n'est qu'après des guerres sanglantes que l'Egypte, puis le FLP, ont finalement conclu, puisqu'Israël ne serait pas vaincu, qu'ils feraient mieux de parvenir à un accord. En 2002, à Beyrouth, tous les Etats arabes en ont fait de même et ont offert à Israël des relations normales en échange de son retrait des territoires occupés, ouverture qu'Israël a été stupide d'ignorer.
Ce qui est décourageant à propos de l'ascension du Hamas et le déclin du Fatah, c'est le renversement de cette tendance à la conciliation sur plusieurs décennies. La victoire du Hamas lors des élections palestiniennes en 2006 peut s'expliquer de différentes façons. Cette victoire n'est pas la preuve que les Palestiniens ont été ensorcelés par le militantisme islamiste ou qu'ils en sont venus à croire encore que la Palestine peut être libérée par la force. Quoique, si l'on prend au pied de la lettre ce que dit le Hamas dans sa charte, c'est bien de cela qu'il s'agit.
Mais il y a pire. En plus d'un retour aux rejets systématiques et du rôle accru de la religion, un troisième obstacle à la paix vient s'interposer : l'effondrement du mur de fer de Jabotinsky.
Il y a trois ans au Liban et aujourd'hui à Gaza, le Hezbollah et le Hamas semblent avoir inventé une nouvelle doctrine militaire. Israël dissuade ses ennemis grâce à une armée conventionnelle puissante capable de riposter plus agressivement que toute provocation. Le Hezbollah et le Hamas, disposant d'armes modernes fournies par l'Iran, peuvent se terrer à l'intérieur des villes et des villages pour lancer des missiles sur Israël. C'est pourquoi aujourd'hui, comme dans les années 50, Israël réplique par des raids punitifs, chacun risquant de dégénérer en guerre. L'opération militaire d'Israël à Gaza a non seulement pour objectif de cesser les tirs de missiles du Hamas, mais aussi de consolider une doctrine sur laquelle Israël pense que sa sécurité doit encore se fonder.
À Camp David en 2000, Israël et les Palestiniens ont découvert que même avec beaucoup de bonne volonté, il est difficile de s'entendre. Le problème, et c'est peut-être la quatrième cause de cette bataille, est que les deux camps sont rarement laissés seuls pour résoudre le problème. Pendant trop longtemps, le conflit en Palestine a été l'otage de la guerre froide. L'Amérique était d'abord neutre. Puis elle a recruté Israël en tant qu'allié, ce qui arrangeait bien ce dernier. Ce n'est probablement pas une coïncidence si les accords de paix les plus prometteurs entre Israël et les Palestiniens ont eu lieu peu après la fin de la guerre froide. Mais aujourd'hui, c'est une confrontation d'un nouvel ordre géopolitique qui secoue la région, un conflit qui met en opposition l'Amérique et l'Iran d'une part, et les mouvements islamistes soutenus par l'Iran et les régimes arabes du camp américain d'autre part.
Pour en revenir
à Gaza
Tzipi Livni, la ministre des Affaires étrangères israélienne, a déclaré toute la semaine que même si l'objectif immédiat d'Israël est de mettre un terme aux tirs de roquettes et non de renverser le Hamas, il ne peut y avoir de paix et de liberté pour la Palestine tant que le Hamas sera aux commandes. Et elle a raison de penser qu'avec le Hamas au pouvoir à Gaza, les islamistes peuvent continuer de démolir tout accord qu'Israël pourrait négocier avec Mahmoud Abbas. Ce dernier, ainsi que le président égyptien Hosni Moubarak, savourent probablement discrètement le fait que le Hamas soit un peu remis à sa place. L'Egypte est furieuse en raison du refus récent du Hamas de poursuivre les pourparlers avec le Fatah à propos du rétablissement d'un gouvernement palestinien d'unité nationale.
Mais il y a des limites. Rabattre le caquet du Hamas est une chose. Même dans le cas où Israël «l'emportait» à Gaza, ce conflit qui dure depuis cent ans laisse entendre que les Palestiniens ne peuvent être réduits au silence par la force. Le Hamas survivra et avec lui l'idée qu'un Etat juif n'a pas sa place au Moyen-Orient. En riposte, les Israéliens doivent montrer non seulement qu'ils sont trop puissants pour être balayés d'un geste, mais aussi leur volonté de céder des territoires (la Cisjordanie, pas uniquement Gaza). À moins qu'Israël ne commence à agir fermement dans ce sens, le fanatisme palestinien se développera et ses artisans de la paix tomberont à nouveau dans le silence. Tous les amis d'Israël, y compris Barack Obama, devraient le lui rappeler. n


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