À l'heure où les exportations marocaines battent des records, la 6e Morocco Berry Conference à Agadir a réuni, ce jeudi 13 novembre, plus de 600 experts venus de 20 pays. L'événement a mis en lumière le savoir-faire marocain et les défis d'une filière en plein essor, confrontée à la gestion de l'eau et à la concurrence internationale. Le Maroc affirme son ambition de devenir un leader mondial des fruits rouges. Suivez-nous sur WhatsApp Suivez-nous sur Telegram Le Maroc n'a plus à prouver sa place sur la carte mondiale des fruits rouges. Avec près de 10% des exportations mondiales et une 4e position mondiale sur les myrtilles, le Royaume s'impose comme un acteur stratégique d'un marché en plein essor. En 2024, plus de 240.000 tonnes de fraises, framboises et myrtilles ont quitté les ports marocains pour garnir les étals européens et, bientôt, asiatiques. Cette ascension n'est pas le fruit du hasard. Derrière les chiffres se cache une filière jeune (à peine deux décennies) mais d'une remarquable vitalité. Confrontés à la raréfaction de l'eau, les producteurs ont su innover : irrigation de précision, recyclage, serres intelligentes et variétés résistantes à la chaleur. «Produire plus avec moins» est devenu le mot d'ordre d'un secteur qui conjugue performance agricole et durabilité environnementale. Sur le plan social, la filière des fruits rouges est tout aussi essentielle : elle emploie des milliers de travailleurs, majoritairement des femmes, et constitue l'un des principaux leviers de développement pour les régions d'Agadir, Larache, Kénitra et Gharb. C'est à Agadir que s'est tenue, le 13 novembre 2025, la 6e édition de la Morocco Berry Conference, sous le thème «Les fruits rouges d'Afrique». Plus de 600 participants venus de 20 pays, dont l'Afrique du Sud et l'Egypte, ont débattu des enjeux de compétitivité, de durabilité et d'intégration régionale. L'événement, organisé par Green Smile et Hortitool Consulting, sous l'égide de la CGEM, d'Interproberries et de la Chambre d'agriculture de Souss-Massa, a aussi accueilli l'International Blueberry Organization (IBO) en tant que partenaire d'honneur. Mais au-delà de l'euphorie des chiffres, des défis persistent. Selon Ahmed Mouh Mouh, PDG de Crop Energy, la filière «doit rester entre les mains des professionnels marocains». Il alerte sur la dépendance croissante vis-à-vis des multinationales qui, selon lui, «sous-traitent la production sans investir localement». Pour les petits producteurs, la situation est complexe : plants coûteux, retours lents sur investissement et manque de moyens pour exporter seuls. Une plantation de framboises, rappelle-t-il, requiert 120.000 dirhams par hectare, tandis que les plants de myrtille se vendent à 50 dirhams l'unité. La solution passe par le regroupement. Pour peser sur le marché international, «il faut au moins 300 hectares par groupement pour exporter», estime-t-il. Le leadership doit venir du privé, avec l'Etat en accompagnateur. L'enjeu : bâtir une chaîne plus intégrée, capable de négocier, de conditionner et d'exporter sous label marocain. D'autres chantiers s'imposent : la régularisation de la main-d'œuvre subsaharienne, devenue indispensable à la récolte, et la structuration du transport des ouvriers, aujourd'hui souvent informel et coûteux pour les exploitants. Avec l'ouverture prochaine du marché chinois, la filière marocaine entre dans une nouvelle ère. Si elle parvient à consolider ses forces, à professionnaliser ses circuits et à capitaliser sur son savoir-faire, le Royaume pourrait devenir, à court terme, le leader mondial incontesté des fruits rouges, un modèle où productivité et durabilité ne s'opposent plus, mais se complètent.