Alors que les régimes de retraite publics font face à une pression démographique et financière croissante, la Caisse marocaine des retraites a lancé un appel d'offres en vue de certifier ses bilans actuariels pour la période 2025-2027. Un chantier technique aux forts enjeux stratégiques destiné à préserver l'équilibre du régime des pensions civiles. La Caisse marocaine des retraites (CMR) vient de lancer un appel d'offres qui pourrait bien redessiner les fondations de la gouvernance du système public de retraite. Publié en janvier 2026, le cahier des prescriptions spéciales (CPS 01/2026) définit les modalités de la mission de certification actuarielle du régime des pensions civiles sur trois années consécutives, en l'occurrence 2025, 2026 et 2027. Il ne s'agit pas d'un simple audit technique, mais d'un outil de pilotage prospectif permettant de doter la CMR d'indicateurs fiables et partagés sur la soutenabilité à long terme du régime. La CMR, qui gère aujourd'hui plus de 482.000 pensionnés pour 760.000 cotisants, opère dans un environnement de plus en plus contraint. Les effets de la transition démographique, conjugués à la stabilisation du nombre de fonctionnaires affiliés, rendent cruciale l'adoption d'une approche dynamique et rigoureuse de la gestion des engagements futurs. La réforme de 1996 avait déjà introduit un principe de réserve minimale, équivalente à une année de prestations, dont le franchissement impose une réforme automatique. Dès lors, la fiabilité des projections actuarielle devient un enjeu systémique. La mission de certification, confiée à un cabinet externe sélectionné par mise en concurrence, se décompose en trois phases clés. La première consiste à vérifier la qualité, la cohérence et la traçabilité des données de base (actifs, retraités, ayants droit, flux de liquidation). La deuxième étape porte sur l'analyse critique des hypothèses démographiques et financières utilisées dans le modèle de projection. Enfin, la troisième phase prévoit une validation du bilan actuariel prospectif incluant des tests de sensibilité, des indicateurs de risque et des recommandations stratégiques. Chaque phase donnera lieu à un rapport intermédiaire ou final, transmis aux instances de gouvernance de la CMR. Ce dispositif s'inscrit dans la logique de la Caisse déclinée dans la stratégie 2025-2027, laquelle combine performance globale, transformation numérique, intelligence collective et responsabilité sociétale. La certification apporte ici une double valeur ajoutée. En interne, elle structure un pilotage fondé sur la donnée ; en externe, elle renforce la transparence vis-à-vis des pouvoirs publics et des affiliés. Cette procédure ne constitue pas une première. Depuis 2011, la CMR procède à la certification régulière de ses bilans actuariels. Mais l'appel d'offres 2026 franchit un pas supplémentaire en précisant les attendus techniques et les méthodologies recommandées tout en renforçant le lien avec la stratégie de réforme. Il inscrit ainsi la démarche dans une vision d'ensemble où la viabilité financière devient une condition de confiance à long terme.