En proie à des mouvements erratiques, le marché des métaux précieux connaît depuis plusieurs mois une volatilité accrue, qui s'est soldée par un krach début février. Pour le Maroc, cette volatilité a une incidence sur la bourse, notamment sur les valeurs minières dont Managem, SMI et CMT, qui évoluent dans le sillage des cours internationaux. Toutefois, les investisseurs en or et en argent se disent paradoxalement rassurés par le chaos qui règne sur la scène géopolitique. Un placement exempt de risque de défaut dans un monde en proie à toutes les incertitudes, – extrêmement – liquide, et qui s'apprécie sur la durée. Seul un actif coche toutes ces cases, l'or. Le métal jaune n'est pourtant pas épargné par les secousses du marché. Le week-end dernier, l'or comme l'argent ont enregistré un décrochage brutal, après une séquence de hausse quasi continue. «Les métaux précieux ont vécu une correction assez violente», observe Farid Mezouar, directeur exécutif de FLM Markets. En à peine deux jours, l'or essuie une correction de 20%, tandis que l'argent, souvent plus volatil, perdait pour sa part 40% sur la même période. Après avoir franchi le seuil symbolique des 5.000 dollars l'once fin janvier, l'or s'est emballé jusqu'à tutoyer les 5.600 dollars, avant de s'effondrer de près de 1.000 dollars. «Il s'agit là d'un débouclage massif de positions spéculatives, principalement portées par des investisseurs occidentaux pour l'or et asiatiques pour l'argent», analyse un vétéran des salles de marché. Les investisseurs, après avoir poussé les cours à des sommets, ont brutalement réalisé leurs prises de bénéfices, déclenchant une avalanche de ventes. Phase de consolidation Le krash a pu certes surprendre de par son ampleur, ses causes, elles, étaient plus prévisvibles. Le facteur déclencheur est pourtant venu d'outre-Atlantique, du côté de Washington. L'hypothèse d'une nomination de Kevin Walsh par Donald Trump à la tête de la Réserve fédérale a été interprétée comme le signal d'une ligne monétaire plus orthodoxe. Kevin Walsh, ancien gouverneur de la Fed, est perçu par les marchés comme attaché à une discipline stricte sur les taux et peu enclin à des assouplissements rapides. L'annonce a suffi à réviser les anticipations de baisse de taux. Or, quand les taux américains restent élevés, le dollar «rapporte» davantage contrairement à l'actif refuge qui ne verse ni intérêt ni rendement. «Il devient moins attractif, ce qui pèse, in fine, sur son prix», note un analyste. Il n'en demeure pas moins que la tendance de fond reste haussière. Sur un an, l'or affiche encore une hausse proche de 80%. De quoi relativiser la secousse récente, que l'analyse chartiste interprète davantage comme une phase de consolidation du rallye que comme un changement de tendance. Sur le long terme, l'élan porté par trois grands facteurs. L'exposition des banques centrales en premier lieu, engagées dans une stratégie d'accumulation d'or afin de diversifier leurs réserves et de réduire leur exposition au dollar, dans un contexte de risques géopolitiques et de sanctions extraterritoriales. En Chine, la Banque populaire de Chine (PBoC) a poursuivi ses achats en 2025, pour environ +27 tonnes sur l'année, portant ses réserves à près de 2.306 tonnes, soit un volume du même ordre que la Banque de France (2.437 t) et la Banca d'Italia (2.452 t). En Europe, la Banque nationale de Pologne (NBP) figure parmi les acheteurs les plus actifs, avec environ 100 tonnes d'or acquis en 2025, pour un stock proche de 550 tonnes, désormais du même ordre que celui de la Banque d'Angleterre. Cette logique n'est toutefois pas adoptée par Bank Al-Maghrib qui détient environ 22,1 tonnes d'or (711.032 onces) à fin 2024, dont l'essentiel est conservé auprès de dépositaires étrangers, en Suisse notamment. Cet or relève des avoirs officiels de réserve et s'inscrit dans les postes qui relient les flux avec l'étranger aux contreparties de la masse monétaire. Viennent ensuite les investisseurs institutionnels et patrimoniaux, exposés via l'or physique ou par les fonds indiciels adossés au métal. Auxquels s'ajoutent les opérateurs spéculatifs, très présents sur les ETF, qui amplifient les mouvements. «Plus l'or monte, plus ils investissent, et dès qu'il y a eu un essoufflement de la vague haussière, il a donné lieu à la prise de bénéfices», résume Farid Mezouar, qui voit dans ces flux la principale source de la volatilité récente. Les minières accusent le choc en bourse Pour le Maroc, la volatilité des métaux précieux se répercute sur la bourse. Le marché de l'or n'étant pas directement accessible, en particulier pour les petits porteurs, l'exposition passe par les valeurs minières cotées, dont une part significative de l'activité est liée à l'or et à l'argent, et qui ont réagi dans le sillage des cours internationaux. C'est le cas de la Société métallurgique d'Imiter (SMI), cotée à la Bourse de Casablanca, spécialisée dans l'extraction et la production d'argent à partir du gisement d'Imiter, et qui produit des lingots d'argent de haute pureté (99,5%). Au terme de la séance du lundi 2 février, la SMI figurait en tête des baisses, avec un repli de 10% à 5.955 dirhams l'action. Sa société mère, le groupe minier Managem (présent notamment dans l'or en Afrique de l'Ouest et au Soudan), a aussi reculé sur la même séance de 7,5% à 7.630 dirhams, tandis que le Masi progressait de 0,77% à 18.524 points. Autre valeur cotée exposée aux métaux, la Compagnie minière de Touissit (CMT), positionnée sur le polymétallique, a accusé une baisse de 10% à 2.318 dirhams avant de rebondir de 2,2% à l'issue de la séance du 3 février. La CMI a également enregistré un retrait marqué. «Pour ce qui est du cours de l'argent, les industriels, contraints de ne pas relever leurs prix, ont réduit leur demande industrielle, ce qui a contribué au krach», confie un professionnel de la place. Intérêt toujours manifeste Pourtant, derrière cette frénésie des marchés à terme et des produits dérivés, l'or physique, lui, conserve une valeur unique. «Les investisseurs qui acquièrent de l'or physique ne recherchent pas une performance à court terme. Ils le font parce qu'il reste l'un des rares actifs au monde à ne présenter aucun risque de défaut, tangible, liquide, et qui s'apprécie sur le long terme», rappelle un analyste. Au Maroc, où le prix de l'or se négocie aujourd'hui autour de 44.700 à 45.300 dirhams l'once (≈ 1.435 à 1.460 MAD le gramme), la hausse des cours n'a pas effacé l'intérêt pour le métal jaune comme protection contre l'incertitude économique et financière. Sur la dernière année, le prix de l'or en dirhams a progressé de manière significative, ce qui, malgré des variations récentes, alimente encore une demande de couverture chez certains investisseurs et particuliers. Autre lecture avancée, la poussée de volatilité peut elle-même déclencher des ventes forcées. Lorsque les variations deviennent trop importantes, certains gérants réduisent leur exposition pour rester dans leurs contraintes de risque, ce qui accentue le repli. Alexandre Baradez rappelle aussi que l'or ne constitue pas une protection automatique à court terme. «Beaucoup d'investisseurs l'achètent comme actif de couverture, mais c'est d'abord une couverture de long terme. Dans les phases de correction rapide, l'or peut baisser en même temps que les autres actifs». Le seuil des 6.000 dollars l'once désormais dans le viseur ! L'or met à rude épreuve les convictions des investisseurs. Après avoir franchi le pallier des 5.000 dollars l'once, puis s'être hissé vers 5.600 avant d'essuyer une correction assez brutale le week-end dernier, le métal jaune vise désormais le seuil historique des 6.000 dollars d'ici fin 2026. Une hypothèse audacieuse qui trouve pourtant écho auprès de la London Bullion Market Association (LBMA) reconnue comme étant l'autorité mondiale des métaux précieux. Dans son enquête annuelle, publiée le 20 janvier 2026, une large majorité de ce cénacle londonien plaçait l'or au-dessus de 5.000 dollars l'once et retenait déjà une cible à 6.000 dollars sur l'horizon 2026. Un scénario que la Deutsche Bank juge également plausible, la banque estimant que l'or pourrait franchir ce palier portée par la demande d'investissement et les achats des banques centrales. Ce mouvement haussier repose sur des fondamentaux qui, pour l'heure, n'ont pas été démentis. Tensions géopolitiques, incertitude sur la croissance, endettement public sous tension et diversification des réserves des banques centrales..., autant de facteurs qui continuent d'alimenter la demande, y compris lorsque les cours traversent des épisodes de volatilité. Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ECO