Une nouvelle opération de contrôle a été menée chez Masterlab, marquant la quatrième perquisition enregistrée par le Conseil de la concurrence depuis son installation sous la présidence d'Ahmed Rahhou. D'autres entreprises, notamment Glovo ainsi que les cabinets Fizazi & Associés et AuditCloud Maroc, avaient déjà été concernées par des interventions similaires. Masterlab opère dans le secteur des fournitures et technologies destinées aux laboratoires d'analyses médicales. L'entreprise distribue notamment des équipements de diagnostic, des réactifs et des systèmes automatisés utilisés dans les structures hospitalières et biologiques. Elle s'était déjà retrouvée sous les projecteurs durant la pandémie de Covid-19, après l'attribution par le ministère de la Santé d'un marché global de 211,8 millions de dirhams TTC, scindé en deux lots. Le positionnement de la société suscite par ailleurs des interrogations quant au niveau de concentration du secteur, en particulier depuis son partenariat stratégique avec le groupe américain Abbott. Cette collaboration, renforcée durant la crise sanitaire, aurait consolidé son poids dans les contrats liés aux tests et équipements. Des sources médiatiques ont également évoqué la possibilité que certains cahiers des charges aient favorisé des spécifications techniques correspondant à des solutions précises, réduisant ainsi la marge de manœuvre des concurrents. Si ces éléments étaient établis, ils pourraient alimenter le débat sur les conditions de concurrence dans ce segment ainsi que sur les mécanismes d'attribution des marchés publics. Une étude sectorielle du Conseil de la concurrence consacrée aux tests Covid-19 avait déjà mis en évidence la forte concentration du marché des réactifs. Dans ce contexte, Masterlab aurait vu sa part sur les tests PCR progresser de 25 % en 2020 à 39 % en 2021, confirmant son rôle central dans ce domaine. Dans un communiqué diffusé ce 20 février, le Conseil de la concurrence a indiqué que ses services d'instruction et d'enquête ont procédé, mardi dernier, « à des opérations de visite et de saisie inopinées et simultanées auprès d'entités opérant sur le marché de la commercialisation des dispositifs médicaux, sur la base de suspicions de pratiques anticoncurrentielles ». Ces opérations ont été menées sous autorisation du Procureur du Roi, avec l'assistance d'officiers de police judiciaire relevant de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), conformément aux dispositions de l'article 72 de la loi n°104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence, précise le communiqué du Rapporteur général du Conseil de la Concurrence. À ce stade, les visites et saisies effectuées ne préjugent ni de l'existence des pratiques présumées ni de la culpabilité des entités concernées. Seules les instances délibératives du Conseil peuvent, à l'issue d'une instruction contradictoire respectant les droits de défense, statuer sur le bien-fondé des faits, si leur existence est établie, fait-on savoir. Pour préserver les droits des entités visitées, le Conseil indique qu'il ne fera, pour l'instant, aucun commentaire ni sur leur identité ni sur les pratiques visées. Pour rappel, en application de l'article 16 de la loi n°20-13 relative au Conseil de la concurrence, celui-ci dispose de services d'instruction et d'enquête chargés de mener les investigations nécessaires à l'application de la législation sur la liberté des prix, la concurrence et le contrôle des opérations de concentration économique. Dans ce cadre, les opérations de visite et de saisie inopinées, encadrées par l'article 72 précité, constituent un outil d'investigation permettant de recueillir sur place les éléments de preuve nécessaires à l'instruction des dossiers liés aux pratiques anticoncurrentielles ou au défaut de notification d'opérations de concentration économiques au Conseil de la concurrence (Gun jumping).