Sous l'effet de la flambée du pétrole et des tensions persistantes autour du détroit d'Ormuz, l'ensemble des matières premières entre dans une zone de forte nervosité. Le marché des matières premières a retrouvé, en cette fin mars, un centre de gravité très net. Ce ne sont plus les seules dynamiques sectorielles qui donnent le tempo, mais bien l'énergie, redevenue la variable dominante de l'ensemble du complexe. Dans sa dernière note Commodity Weekly, BMCE Capital Global Research (BKGR) décrit un marché désormais structuré par l'aggravation du conflit au Moyen-Orient, les perturbations persistantes autour du détroit d'Ormuz et la remontée des coûts logistiques et des intrants. Résultat, les mouvements sur le pétrole contaminent l'agricole, influencent les métaux précieux et creusent les écarts au sein même des métaux industriels. Le pétrole entraîne tout le complexe dans son sillage Le signal le plus spectaculaire vient du brut. BKGR relève que le Brent a bondi à 114,9 dollars le baril sur la semaine, en hausse de 14,97%, tandis que le WTI grimpe à 101,6 dollars, soit +15,30%. Sur un mois, la poussée est encore plus impressionnante, avec +47,81% pour le Brent et +42,66% pour le WTI. Pour BKGR, cette envolée s'explique par un choc d'offre prolongé, avec entre 1 et 2 millions de barils par jour potentiellement sortis du marché, ce qui alimente une prime de risque durable sur le brut. Dans le même temps, le gaz naturel recule légèrement à 2,9 dollars par MMBtu, signe qu'il ne suit pas, pour l'instant, la même trajectoire explosive. Produits raffinés, la tension monte d'un cran Ce retournement énergétique ne reste pas cantonné au pétrole brut. BKGR souligne que les produits raffinés poursuivent leur envolée dans un marché européen très tendu. L'essence à Rotterdam évolue autour de 145 dollars le baril et le diesel dépasse 185 dollars, à des niveaux inédits depuis plusieurs années. La marge de raffinage se situe désormais entre 30 et 35 dollars par baril, ce qui dit bien l'ampleur de la tension. Autrement dit, ce n'est pas seulement une hausse du brut. C'est toute la chaîne énergétique qui se renchérit, avec des effets directs sur les coûts de transport, de production et d'approvisionnement. L'agricole résiste, mais sous pression Dans l'agricole, l'effet est immédiat mais plus nuancé. BKGR décrit un marché hésitant, pris entre une demande internationale encore correcte et la remontée des coûts de production, notamment via les fertilisants. Les prix mondiaux des engrais progressent de nouveau à fin mars, en raison des perturbations logistiques autour d'Ormuz et des restrictions d'exportation imposées par plusieurs pays producteurs. Dans ce contexte, le soja se maintient à 1.163 cents le boisseau, quasiment stable sur la semaine à -0,04%, tandis que le blé CBOT progresse à 599,7 cents, en hausse de 2,02%. Le maïs s'apprécie plus modestement à 460,7 cents, soit +0,26%. Le message est clair. Le risque agricole n'est pas, pour l'instant, un choc de demande, mais un choc de coûts. Les métaux précieux entre refuge et fragilité Les métaux précieux, eux, jouent leur rôle de refuge, mais sans retrouver encore une trajectoire linéaire. BKGR parle d'un rebond technique alimenté par le repositionnement des investisseurs après plusieurs semaines de correction. L'or remonte ainsi à 4.567,1 dollars l'once, en hausse hebdomadaire de 3,61%, tandis que l'argent atteint 71,1 dollars, en progression de 2,85%. Mais la prudence reste de mise. Sur un mois, l'or recule encore de 14,20% et l'argent de 20,36%, preuve que les arbitrages en faveur de l'énergie continuent de peser. Les graphiques reproduits dans la note montrent d'ailleurs une cassure brutale sur le Brent et le WTI, alors que la remontée de l'or ressemble davantage à une reprise défensive qu'à un nouveau cycle haussier installé. Métaux industriels, un marché à deux vitesses Du côté des métaux de base, le marché se fragmente. BKGR oppose la résilience de l'aluminium à la fragilité du cuivre. L'aluminium monte à 3.405,5 dollars la tonne, en hausse de 5,52% sur la semaine et de 13,67% depuis le début de l'année, soutenu par des coûts énergétiques durablement élevés. Le cuivre, lui, progresse à peine de 0,93% sur la semaine à 5,5 dollars la livre, tout en accusant un recul mensuel de 6,86%, pénalisé par une demande industrielle affaiblie et par la fermeté du dollar. Le plomb avance légèrement à 1.911,6 dollars la tonne, le nickel reste modérément orienté à la hausse à 17.248 dollars et le cobalt demeure stable à 56.290 dollars. Ici encore, l'énergie agit comme un filtre. Elle soutient les métaux les plus exposés aux coûts de production, mais pèse sur ceux qui dépendent davantage de la vigueur industrielle mondiale.