À l'heure où la métropole se prépare à accueillir la Coupe du monde FIFA 2030 et voit émerger des infrastructures d'envergure (RER, LGV, extension aéroportuaire, Grand Stade), Casa Transport se donne huit mois pour réaliser une étude qui permettra d'actualiser son Plan de déplacements urbains. Articulée autour de sept missions techniques, cette démarche vise à doter Casablanca d'une vision de mobilité durable, intégrée et opérationnelle à l'horizon 2030. Face aux transformations accélérées de son territoire, Casablanca s'apprête à franchir une étape décisive dans la planification de ses déplacements. La société Casablanca transport en site aménagé (Casa Transport) a lancé un appel d'offres d'envergure pour l'actualisation et l'approfondissement du Plan de déplacements urbains (PDU) de 2017, avec pour objectif l'élaboration d'un plan d'action opérationnel à l'horizon 2030. Cette étude, dont la durée est fixée à huit mois, ambitionne de devenir le socle technique et stratégique de la mobilité métropolitaine à un moment où la région se prépare à accueillir des infrastructures d'ampleur mondiale. Un territoire métamorphosé par les grands projets En effet, depuis l'adoption du PDU 2017, l'agglomération casablancaise a connu des mutations structurelles qui rendent indispensable une actualisation de sa feuille de route. La désignation du Maroc comme coorganisateur de la Coupe du monde FIFA 2030, aux côtés de l'Espagne et du Portugal, a agi comme un catalyseur. Le Réseau express régional (RER) de Casablanca, esquissé dans le PDU 2017, a été substantiellement affiné, tandis que la construction du Grand Stade Hassan II (115.000 places), dans la province de Benslimane, impose un dispositif d'accessibilité multimodale sans précédent. Parallèlement, la Ligne à grande vitesse (LGV) Kénitra‐Marrakech, avec l'implantation d'une nouvelle gare Casa‐Sud, redéfinit l'armature ferroviaire de la métropole. L'offre de transport en commun en site propre (TCSP) s'est elle aussi renforcée. Les lignes de tramway T3 et T4, totalisant 26,5 kilomètres supplémentaires et les lignes de bus à haut niveau de service (BHNS) Bw1 et Bw2, portent désormais le réseau à 73 kilomètres de voies dédiées. Sur le plan routier, l'autoroute Tit Mellil‐Berrechid, mise en service en novembre 2025, vient soulager les pénétrantes saturées de l'agglomération, tandis que l'extension de l'aéroport Mohammed V, avec la construction d'un troisième terminal et l'intégration d'une gare LGV, positionne Casablanca comme hub intercontinental. Ces dynamiques s'accompagnent d'un déplacement du centre de gravité démographique vers les provinces de Médiouna et Nouaceur, sous l'effet d'une urbanisation accélérée et du développement de pôles économiques, industriels et logistiques. Face à ces évolutions, la refonte du PDU apparaît comme une nécessité pour adapter les outils de planification aux réalités territoriales émergentes. Une étude au service d'une vision multimodale L'étude confiée au futur titulaire du marché se déploie en sept missions complémentaires, couvrant l'ensemble du spectre de la planification des déplacements, de la collecte de données à la conception détaillée d'infrastructures. La première mission consiste à actualiser le modèle de déplacement multimodal. Le prestataire exploitera les résultats du Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH) 2024, les données de téléphonie mobile mises à disposition par le maître d'ouvrage, et réalisera des enquêtes complémentaires là où les informations disponibles présenteraient des lacunes. Sur cette base, il procédera à la reconstitution et au calage du modèle à quatre étapes sur le logiciel PTV Visum, en proposant une refonte partielle du zonage pour intégrer les nouvelles zones d'urbanisation et les grands équipements apparus depuis 2017, tels que le Grand Stade, les gares LGV et le terminal aéroportuaire T3. Le zonage initial comptait 188 zones ; la refonte visera à affiner la représentation des zones périphériques en forte croissance et à créer des zones dédiées aux grands générateurs de déplacements. À partir de ce modèle, le titulaire construira au moins deux scénarios contrastés d'extension du réseau TCSP, organisés autour du RER comme armature structurante. Chaque scénario sera évalué selon une grille multicritère prenant en compte le coût, l'efficacité transport, la couverture territoriale, l'impact environnemental et le bilan socio‐économique. À l'issue de cette phase, deux lignes TCSP prioritaires seront retenues pour des études approfondies. Par ailleurs, un plan d'action opérationnel sera établi pour le réseau routier, incluant le traitement des nœuds majeurs, la création de voies nouvelles et une hiérarchisation viaire phasée jusqu'en 2030. Le prestataire s'appuiera pour cela sur les levés topographiques. Mais, le cœur technique de l'étude réside dans la réalisation des avant‐projets sommatifs des deux lignes TCSP prioritaires. Le prestataire produira un dossier complet structuré en plusieurs volets techniques. Le dossier matériel roulant prévoit un benchmark détaillé auprès de cinq à six constructeurs, avec analyse comparative des motorisations (diesel, hybride, électrique à batterie, hydrogène) et de leurs coûts complets en cycle de vie, afin d'établir un cahier des charges d'acquisition. Le dossier infrastructure en ligne traite de l'insertion urbaine du tracé et l'aménagement de façade à façade (voirie, trottoirs, espaces verts, mobilier urbain). Le dossier stations voyageurs définit la localisation, l'architecture et le dimensionnement des quais, en veillant à l'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Le dossier centre de maintenance et remisage analyse la capacité des installations existantes et dimensionne les nouvelles infrastructures nécessaires, en s'appuyant sur des levés topographiques et des enquêtes foncières à la charge du prestataire. Les dossiers d'exploitation, de billettique et de système intégré d'exploitation et de supervision assurent la cohérence avec le réseau existant, en particulier le système de stations «fermées» déjà en place. L'alimentation en énergie électrique fait l'objet d'une étude de variantes d'architecture, avec simulation des puissances appelées et dimensionnement des sous‐stations. Le dossier réseau recense l'ensemble des réseaux concessionnaires (eau, électricité, téléphonie) sur l'emprise du tracé et définit les déviations nécessaires. Le budget fournit une estimation globale de l'investissement et de l'exploitation avec une marge d'aléas inférieure à 15%, structurée par allotissement et accompagnée d'un échéancier des dépenses. Enfin, le planning détaille le phasage de réalisation jusqu'à la mise en service, avec une analyse des risques. Par ailleurs, la restructuration du réseau de bus à l'horizon 2030 constitue une autre pièce maîtresse du dispositif. En complémentarité avec le scénario TCSP retenu, le titulaire concevra un schéma de réseau hiérarchisé, distinguant les lignes structurantes, les lignes de maillage et les lignes de rabattement. Un business plan complet sera établi, avec un compte d'exploitation prévisionnel par ligne, une analyse de rentabilité mesurée par le taux de couverture recettes‐dépenses, et l'identification des lignes déficitaires nécessitant un soutien financier. Soulignons que l'intermodalité fait l'objet d'une mission spécifique, qui vise à identifier et dimensionner un réseau de parkings relais aux entrées de l'agglomération, en interface avec les stations TCSP et les gares ferroviaires. Le prestataire réalisera les enquêtes foncières nécessaires, définira des scénarios de tarification et produira une analyse économique couvrant les coûts d'investissement, les recettes attendues, les dépenses d'exploitation et la rentabilité sur dix ans. La Coupe du monde FIFA 2030 impose, quant à elle, une réflexion dédiée à la gestion des flux événementiels. Le titulaire modélisera les déplacements des spectateurs vers le Grand Stade Hassan II et, le cas échéant, vers le Stade Mohammed V. Il proposera un plan de mobilité événementiel comprenant des navettes dédiées, le renforcement des fréquences sur les lignes régulières, la mise en place de voies réservées et la création d'un centre de gestion multimodale. Une attention particulière sera portée à la distinction entre les investissements temporaires et ceux qui constitueront un héritage pérenne pour le réseau de transport de l'agglomération. Enfin, l'étude prévoit l'approfondissement de l'observatoire de la mobilité. Le prestataire actualisera la batterie d'indicateurs de suivi, concevra une base de données relationnelle et une application de reporting, et créera une page web dédiée au sein du portail de Casa Transport. L'Agence française de développement (AFD) pourra participer occasionnellement aux réunions de suivi et donner un avis sur les livrables.