À l'occasion du SIAM 2026, le Maroc lance l'évaluation à mi-parcours de la stratégie «Génération Green» pour ajuster sa trajectoire à l'horizon 2030. Portée par un contexte pluviométrique record, cette évaluation vise à consolider les acquis socio-économiques tout en relevant les nouveaux défis de la souveraineté alimentaire et de la résilience climatique. À l'occasion de la 18e édition du Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM), organisée à Meknès du 20 au 28 avril 2026, le ministère de l'Agriculture lance le bilan à mi-parcours de la stratégie «Génération Green 2020-2030». Ce cinquième anniversaire marque une étape d'évaluation pour la feuille de route du secteur agricole. Dans ce cadre, la Direction de la stratégie et des statistiques a attribué l'étude de bilan et d'accélération de cette stratégie à un groupement solidaire composé de The Boston Consulting Group (BCG), NOVEC et Agro-concept, pour un montant de 11,85 millions de dirhams. Cette évaluation stratégique, supervisée par le département d'Ahmed El Bouari, s'étalera sur une période de 12 mois pour une livraison officielle prévue en 2027. L'étude a pour mission d'analyser l'impact territorial des politiques publiques dans les différentes régions et périmètres agricoles. Elle s'appuiera sur des indicateurs de performance précis tels que l'évolution des surfaces cultivées, les volumes de production, les investissements réalisés, la création d'emplois ainsi que la diversification des marchés. Un volet spécifique sera consacré à la rationalisation des ressources hydriques et à l'efficacité des systèmes d'irrigation. Le diagnostic s'inscrit dans un contexte climatique particulier. Un taux de remplissage global des barrages de 75,55% Après un cycle de sept années consécutives de sécheresse, la saison 2025-2026 se distingue par une pluviométrie importante, la plus élevée enregistrée depuis 1981. Ce retour des précipitations a permis d'atteindre un taux de remplissage global des barrages de 75,55%, représentant un stock d'environ 13 milliards de m3, contre 36,6% à la même période l'année précédente. Sur le plan structurel, «Génération Green» poursuit le développement des filières via des contrats-programmes, tout en mettant l'accent sur le volet social. Cette orientation inclut l'insertion économique des jeunes, le renforcement de la classe moyenne rurale et la généralisation de la protection sociale, qui bénéficie actuellement à 1,4 million d'agriculteurs. Sur le plan macroéconomique, le secteur agricole maintient sa position de pilier de l'économie marocaine en contribuant à hauteur de 12% à 14% du PIB national. La valeur ajoutée du secteur est estimée à près de 150 milliards de dirhams, avec un objectif cible de 250 milliards de dirhams à l'horizon 2030. L'agriculture demeure le premier employeur du pays, mobilisant 31% de la population active totale et plus de 70% de la main-d'œuvre en milieu rural. L'étude en cours devra ainsi déterminer les ajustements nécessaires pour atteindre les objectifs fixés pour la fin de la décennie. Une nécessité d'adaptation face à des défis structurels Par ailleurs, la poursuite de la stratégie «Génération Green» pour la période 2026-2030 s'inscrit désormais dans une nécessité d'adaptation face à des défis structurels mondiaux et locaux. Le premier enjeu majeur demeure la pérennisation de la gestion hydrique : malgré l'embellie pluviométrique actuelle, le secteur doit accélérer le recours aux ressources non conventionnelles, telles que le dessalement de l'eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées, pour sécuriser l'irrigation de manière structurelle face à la récurrence des cycles arides. Parallèlement, la question de la souveraineté alimentaire s'impose comme une priorité absolue dans un contexte de volatilité des prix des intrants et des produits de base sur les marchés internationaux. Il s'agira pour les pouvoirs publics de trouver un équilibre pérenne entre la promotion des exportations à haute valeur ajoutée et la satisfaction des besoins du marché intérieur à des prix accessibles pour le consommateur national. La modernisation du secteur passera également par une transformation digitale accrue, favorisant l'émergence d'une «Agri-Tech» locale capable d'attirer une nouvelle génération d'entrepreneurs ruraux et de cadres qualifiés. L'enjeu est de transformer l'exploitation agricole actuelle en une unité économique résiliente, capable d'absorber les chocs climatiques tout en intégrant des pratiques durables et bas-carbone, indispensables pour maintenir la compétitivité du label Maroc face aux nouvelles exigences environnementales internationales. Enfin, la consolidation de la protection sociale et l'amélioration des revenus des petits agriculteurs constitueront le socle de la stabilité sociale en milieu rural, condition sine qua non pour freiner l'exode rural et assurer la relève générationnelle. Les ajustements qui découleront de l'audit actuel seront déterminants pour affiner ces leviers et garantir l'atteinte des objectifs de croissance fixés à l'horizon 2030. Yassine Saber / Les Inspirations ECO