Depuis cinquante-cinq ans, Marrakech accueille l'un des rendez-vous culturels les plus emblématiques du Royaume. Le Festival National des Arts Populaires s'y déploie comme une scène ouverte à la diversité des expressions traditionnelles marocaines, réunissant chaque année des troupes venues de l'ensemble du territoire. L'édition 2026 met à l'honneur une vision profondément ancrée dans la continuité : celle d'un patrimoine vivant, transmis et réinventé. Danses rituelles, chants ancestraux et costumes traditionnels deviennent ici le langage d'une mémoire collective en mouvement. L'Ahidous des tribus de l'Atlas, les rythmes gnaoua ou encore les traditions de Taskiwin du Souss témoignent de cette richesse plurielle où chaque région exprime sa propre identité tout en participant à une même narration nationale. Au-delà de la performance artistique, le festival affirme une philosophie : celle d'une transmission active, où chaque génération ne conserve pas seulement l'héritage, mais le réinterprète et le prolonge. Des scènes patrimoniales au cœur de Marrakech Le Palais El Badi s'impose comme l'un des lieux emblématiques de cette édition. Construit au XVIe siècle par le sultan Ahmed el-Mansour, cet édifice aujourd'hui en ruines majestueuses accueille les grandes représentations nocturnes du festival. Ses murs ouverts sur le ciel, ses arcades dépouillées et son espace à ciel ouvert offrent un décor où l'histoire devient scène. C'est dans ce cadre monumental que se tiennent les spectacles principaux, transformant le lieu en une scène naturelle où se rencontrent artistes et spectateurs sous la voûte étoilée de Marrakech. Autre espace emblématique, la place Jemaa el-Fna, classée patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO, incarne à elle seule la vitalité de la culture populaire marocaine. Conteurs, musiciens, acrobates et artisans y composent un spectacle permanent, qui se métamorphose au fil de la journée. Dans le cadre du festival, la place devient un prolongement naturel des scènes officielles, rappelant que la culture populaire marocaine est avant tout un espace vivant et partagé. Une édition sous le signe de la transmission et de l'hommage Parmi les temps forts de cette 55e édition figure la soirée « Nuit des Stars », consacrée à un hommage à la chanteuse Zina Daoudia, figure majeure du chaâbi marocain. Son œuvre, profondément ancrée dans la mémoire collective, illustre la place essentielle des artistes populaires dans le paysage culturel national. « Cinquante-cinq ans. Ce chiffre me bouleverse chaque fois que j'y pense, parce qu'il est une promesse tenue. La promesse que nous avons faite, génération après génération, à ceux qui nous ont transmis leurs danses, leurs chants, leurs costumes cousus de patience et d'amour », déclare Mohamed Knidiri, président du Festival National des Arts Populaires de Marrakech. « Cette année, rendre hommage à Zina Daoudia, c'est affirmer que la beauté populaire est une beauté fondatrice. Elle est la souche de notre identité. » Marrakech, scène d'un patrimoine toujours en mouvement Du Nord au Sahara, les troupes invitées font résonner la diversité du Maroc dans toute sa richesse culturelle. Le festival s'impose ainsi comme un espace de rencontre entre traditions et modernité, où la transmission n'est pas un simple héritage figé mais une dynamique vivante. À Marrakech, la culture populaire ne se contemple pas seulement : elle se vit, elle se partage et elle se renouvelle. Pendant cinq jours, la ville devient le cœur battant d'un patrimoine en perpétuel mouvement, fidèle à sa vocation première : faire dialoguer les mémoires et les générations.