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Espagne : faut-il craindre le retour de la droite ?
Publié dans Le Soir Echos le 20 - 11 - 2011

Le retour de la droite aux premières loges du pouvoir en Espagne est annonciateur de crises avec le Maroc, sachant que les points de divergence ne manquent pas. A moins que les intérêts économiques ne renversent cette tendance.
Des élections législatives anticipées se tiennent, ce dimanche, en Espagne. Sauf coup de théâtre, c'est la droite qui est donnée vainqueur, confirmant ainsi ses bons résultats lors des élections communales du 22 mai dernier. Les enquêtes d'opinions, réalisées avant et après le débat entre Rajoy, du PP et Rubalcaba du PSOE ne laisse guère de chance aux socialistes de rééditer les exploits de 2004 et 2008. Des sondages qui accordent à la droite un net avantage, environ 15 points, par rapport à la gauche.
Ce changement, en somme tout à fait prévisible, de locataire à la Moncloa, annonçant le retour de la droite au pouvoir, aura-t-il une incidence sur les relations maroco-espagnoles ? «Il ne faut pas s'inquiéter outre mesure de la victoire du PP à ces élections anticipées», rassure Abdelouahed Agmir, universitaire et spécialiste de l'Espagne. «Chez le voisin du nord, la priorité des priorités pour le futur gouvernement est la relance de l'économie après des années de crise. Une relance qui ne peut être menée à bien sans des investissements à l'étranger. Et le Maroc est mieux placé pour extirper les sociétés espagnoles des affres de la récession», explique-t-il. Chiffres à l'appui, notre interlocuteur que «le royaume est le 3e partenaire de Madrid, devancé seulement par l'Union européen et les Etats-Unis. Le Maroc fait mieux que le Mexique», ajoute Agmir. Dans ce contexte, l'universitaire estime qu'une fois le PP de Rajoy au pouvoir serait plus réceptifs aux «pressions du monde des affaires, sachant qu'entre 800 et 1000 petites et moyennes entreprises espagnoles sont déjà installées au Maroc. Un pays qui séduit, de plus en plus, les investisseurs locaux, la preuve en est que 50% des investissements espagnoles se concentrent chez nous. Sans oublier que le Maroc est une bouée de sauvetage pour le secteur l'immobilier, sachant que nos besoins en nouveaux logements sont énormes».
«Il ne faut pas s'inquiéter outre mesure de la victoire du PP à ces élections anticipées ».
Abdelouahed Agmir, universitaire et spécialiste de l'Espagne
Et qu'en est-il des problèmes politiques sur la question du Sahara, Sebta et Mélilia et l'élargissement de l'accord agricole entre Rabat et Bruxelles ? Abelouahed Agmir n'exclut pas des tensions entre les deux pays sur certaines sujets mais rappelle que «c'est du temps du gouvernement du PP, sous la houlette de José Maria Aznar, que Rabat a signé le plus important accord commercial avec Madrid».
C'était en 2003 à Marrakech lors de la réunion de la commission mixte maroco-espagnoles. Ce ton rassurant de l'universitaire tranche avec des déclarations de certains cadres du PP annonçant une révision de la position espagnole sur le Sahara. Javier Morags, responsable des relations internationales au sein du parti Popular, et un possible ministre des Affaires étrangères est un partisan d'un retour aux années d'Aznar sur justement cette question. Ce qui devrait se traduire par une défense de l'Espagne des thèses du Polisario notamment à la 4ième commission de l'ONI. Depuis 2004 et le gouvernement de Zapatero opte pour l'abstention lors des résolutions de cette instance. Une position hautement apprécié par Rabat.
20% des MRE résident en Espagne
Le Maroc et l'Espagne sont condamnés à s'entendre. Si le royaume offre des opportunités aux entreprises espagnoles de se faire une petite santé, «Rabat a presque un million de ses ressortissants installées chez le voisin du nord» insiste Abdelouahed Agmir. «chaque année des données évaluent les transferts de ces immigrés à un milliard et demi d'euro. Sans oublier que 20% de la totalité des Marocains du monde sont installés en Espagne.
Il n'en demeure pas moins que le retour de la droite aux premières loges du pouvoir n'est pas sans rappeler de mauvais souvenirs pour le Maroc. Le royaume ne cache pas sa proximité avec les socialistes. Pour mémoire lors des législatives de 2008, le roi Mohammed VI a été le premier à féliciter Zapatero de sa victoire avant même le dépouillement définitif des voix. Une petite entorse au protocole. La vieille garde au PP, ayant fait leurs premières armes au sein de l'Alliance populaire de Manuel Fraga, ancien ministre de la Communication de Franco, même avec l'incorporation de nouveaux visages, conserve toujours les commandes du PP. C'est dire que des tensions avec le Maroc ne sont pas à écarter.
Mohamed Jâabouk


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