D'un point de vue procédurier, l'organisation d'élections législatives anticipées n'intervient pas dans un contexte de crise politique ouverte, entre majorité et opposition, que les électeurs sont sollicités de résoudre par leur arbitrage, mais plutôt pour mettre en place les institutions prévues par la nouvelle Constitution adoptée le 1er juillet 2011. Au-delà de cet aspect procédurier, la tenue d'élections anticipées a servi toutefois à prévenir un échec à venir, du moins redouté, permettant ainsi à la classe politique marocaine de profiter d'une brève éclaircie dans un ciel politique chargé, sorte d'« œil du cyclone » entre les manifestations du Mouvement du 20 février et les multiples formes de protestation sociale dopées par l'effet du «Printemps arabe ». C'est dans ce contexte particulier de l'histoire politique du Maroc, marqué par un renouveau constitutionnel, que s'inscrit le scrutin du 25 novembre 2011 ; scrutin qui a pour objectif d'asseoir le futur Parlement sur une légitimité démocratique saine, et surtout fraîche, capable de donner naissance à une « législature fondatrice et constituante » comme l'avait souhaité Sa Majesté le Roi dans son discours d'ouverture de la dernière session parlementaire le 5 octobre 2011. L'actuel scrutin s'inscrit ainsi en rupture avec « des élections sans choix » ou encore « des élections pas comme les autres », traduisant ainsi le principe constitutionnel d'élections « libres, sincères et transparentes », que prévoit l'article 11 de l'actuelle Constitution. Pour y parvenir, tout a été entrepris. On en cite notamment la révision des lois électorales, le renforcement du dispositif de lutte contre les fraudes électorales, l'établissement du bulletin de vote unique, l'identification de l'électeur par la Carte d'identité nationale, l'accréditation d'un mécanisme indépendant d'observation des élections (4 000 observateurs contre 3 000 en 2007) ; la révision des listes électorales et l'augmentation de 10 % du financement de la campagne électorale. Ce train de mesures organisant l'opération électorale vise à crédibiliser la consultation du 25 novembre 2011 aux yeux d'électeurs désaffectés par les nombreuses atteintes corruptibles au processus électoral. Faut-il aussi rappeler que les élections constituent pour les sociétés contemporaines l'instrument à l'aide duquel la communauté internationale classe ou déclasse, évalue ou dévalue les systèmes politiques, notamment dans les pays en développement. Mais cela suffirait-il à assurer une participation massive des citoyens ? En dépit des mesures adoptées, il reste que la forte inconnue de ce scrutin est le taux de participation. La crainte de réitération du scénario de 2007 hante profondément l'organisation de la consultation. L'enjeu est considérable, car il y va non seulement de la crédibilité du scrutin mais aussi et surtout du processus de réforme en cours. Etant entendu qu'un fort taux abstentionniste ne signifie nullement – tant s'en faut – une remise en cause de la nouvelle Constitution adoptée par voie référendaire le 1er juillet 2011, ni un boycott des élections. Ce nouveau texte est un projet de société initié par le roi suite aux revendications sociales et politiques d'une partie du peuple marocain. Et le résultat du référendum en question est une adhésion à l'initiative précitée de la monarchie, institution au-dessus des vicissitudes partisanes. Par conséquent, si fort taux abstentionniste il doit y avoir, il sera une sanction adressée aux formations politiques. A seulement quelques jours du vote, l'heure n'est ni à l'optimisme béat ni à un pessimisme démesuré. Confiance et sérénité paraissent être les maîtres mots. L'ombre de l'élan référendaire plane encore sur les esprits et pourrait stimuler la participation des citoyens au processus électoral. Mais si l'Etat paraît avoir rempli son rôle, il n'en est pas de même pour les formations en lice. En effet, le paysage politique marocain est effrité, balkanisé et disparate, en dépit des tentatives de regroupements de dernière minute. Ce qui ajoute encore à la complexité du champ politique marocain. A cela se greffe une offre programmatique quasi-similaire pour tous les protagonistes. Ce qui grève cette offre de toute originalité et de toute pertinence. L'actuelle campagne électorale n'est pas en reste. Elle est peu innovante, peu mobilisatrice et manque de stratégies communicationnelles et de marketing politique. Cependant, l'offre des candidats est, quant à elle, plus attrayante. Sur les 1 464 têtes de listes, 87,57% le sont pour la première fois. De même, l'éviction de quelque 160 « entrepreneurs électoraux », par le ministre de l'Intérieur a contribué à « assainir » le paysage électoral. Ces facteurs cumulés sont de nature à stimuler le corps électoral à participer à l'opération du 25 novembre 2011. Ce sera alors l'occasion de mesurer le poids et l'enracinement des partis politiques et leurs capacités mobilisatrices. Nul doute que le scrutin législatif en cours d'examen attestera de l'évolution des comportements politiques et de la réception de la démocratie par le peuple marocain. Chakib Moustatir, Professeur à la Faculté de droit de Fès, conseiller auprès du Centre d'études internationales.