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SOS salles de cinéma en détresse !
Publié dans Le Soir Echos le 12 - 01 - 2012

A l'heure où les salles de cinéma françaises enregistrent en 2011 leur plus haute fréquentation depuis près d'un demi-siècle, l'engouement pour les salles de cinéma au Maroc continue sa chute libre. Décryptage
Les salles de cinéma au Maroc n'en ont pas fini de tirer la sonnette d'alarme, et le taux de «cinéphiles» au royaume semble dégringoler dramatiquement. A l'heure où les salles de cinéma françaises ont enregistré 215,6 millions d'entrées en 2011, en hausse de 4,2 % par rapport à 2010, selon une étude publiée par le quotidien Le Monde, les salles de cinéma au Maroc s'embourbent de plus belle. Rongé par le fléau incontrôlable du piratage et par le nombre de salles qui ferment à vue d'œil, le cinéma au Maroc patauge dans une détresse totale. «Nous étions à 40 millions d'entrées dans les années 90, et cette année les entrées se soldent à 2 millions 600 mille», a déclaré Mr Najib Benkirane, distributeur et cinéphile chevronné. Des chiffres catastrophiques et un déclin effroyable qui témoignent d'un Maroc drastiquement anti-cinéphile.
«Le marocain visionne les films chez lui. Il ne va au cinéma que quandil y a un film-événement.»
Piratage : le marché parallèle
Aux dires des spécialistes, c'est le piratage qui a fait basculer le cinéma au Maroc. «Les Marocains ne sont pas cinéphiles et la clientèle marocaine s'est dispersée et a disparu à cause de la piraterie» : un cri d'alarme lancé par Mr Abdelhamid Marrakchi, président de la Chambre des salles de cinéma au Maroc. «Les films qui sortent à l'étranger sortent en même temps à Derb Ghallef et sont revendus par des pirates marocains», déplore-t-il (voir encadré). Même son de cloche chez Benkirane : «La culture cinématographique est entretenue par le piratage et le Marocain visionne les films chez lui. Il ne va au cinéma que quand il y a un film-événement». Les films, marocains et étrangers, commercialisés dans les circuits illégaux bien avant leur sortie officielle, ont étouffé toute velléité chez le Marocain lambda de fréquenter les salles de cinéma. «C'est un phénomène extraordinaire qui a, bizarrement, engendré des cinéphiles. Mais ce sont malheureusement les salles de cinéma qui sont lésées», affirme, de son coté, Mr Hassan Belkadi, propriétaire des salles de cinéma ABC, Rif et Ritz à Casablanca.
Mourir en silence
Cependant, le piratage n'est pas le seul phénomène incriminé. La disparition des petites salles de cinéma, appelées «salles de ville», noircit encore plus le tableau. Selon Marrakchi, 7 salles de cinéma en moyenne ferment leurs portes par an et les salles opérationnelles se dénombrent à une quarantaine de salles au Maroc, sans plus. «280 salles opéraient en 1982 ; aujourd'hui, il n'en reste que 44, y compris les salles Mégarama. 160 salles sont fermées sans être démolies. 23 salles Mégarama sont opérationnelles, dont 14 à Casablanca et 9 à Marrakech, et les 17 autres salles sont «entrouvertes» et enregistrent des recettes modiques. Les recettes de toutes ces salles cumulées, y compris le Mégarama, ne dépassent pas 70 millions de dirhams par an», explique Mr Marrakchi.Toutes ces salles ne sont pas en piteux état, mais certaines dépérissent financièrement, dont le Colisée, entièrement rénové en 2004 et fermé faute de rentabilité. Le Mamounia, salle en plein quartier de Derb Sultan, qui programmait des films américains et indiens, au tarif de 10 dirhams, était le premier cinéma rénové dans un quartier populaire. Il a fermé ses portes en décembre 2011, victime de la même calamité : le manque d'exploitation. D'autres salles, dont les billets se vendent à 6 dirhams, tombent lentement en désuétude et deviennent des taudis où plafonds troués et sièges déchirés sont légion. Elles font aujourd'hui figure de salles de débauche et programment des films aux mœurs douteuses.
Au premier semestre 2011, seuls Femmes en miroir de Said Chraibi, et Les Ailes de l'Amour de Abdelhaï Laraki sont en tête, aux côtés des blockbusters américains.
Projections secondaires
Les seules salles «exploitables» de Casablanca, bien que réaménagées et rénovées, perçoivent des recettes minimes – leurs entrées ne dépassant pas 600 à 700 par semaine – et sont surtout méconnues du grand public. Citons les cas du cinéma ABC (550 places), le Ritz (750 places) rénové en 2001, le Rif (1200 places), le Lynx (programmant des films égyptiens) et le Rialto. Ces petites salles sont peu fréquentées, en raison du manque de tapage médiatique qui les entoure, mais sont pourtant équipées en son dolby. Elles opèrent à des tarifs de 30 dirhams, à la différence du Mégarama qui vend ses billets à 45 dirhams, sans compter la 3D qui plafonne à 60 dirhams. Leur hic : elles sont rarement à jour, vu qu'elles programment des projections secondaires, voire des films retirés du Mégarama. «Les films marocains tirent entre 4 ou 5 copies, dont chacune coûte 25000 dirhams, ce qui ne permet pas aux distributeurs d'augmenter le nombre d'exemplaires. Par conséquent, ils donnent les films aux salles prioritaires, et ces derniers sont récupérés par les petites salles ultérieurement», explique Mr Hassan Belkadi. «Il n'empêche que certaines sorties nationales sont programmées simultanément dans plusieurs salles, dont les nôtres, enchaîne Mr. Belkadi. D'autres fois, ces mêmes films tournent dans ces salles, et sont programmés une semaine dans chacune d'elle, ce qui assure leur continuité sur plusieurs semaines dans la ville». Et d'ajouter : «Des fois, étonnamment, la deuxième semaine perce mieux que la première semaine». Par exemple, «Chare3 el ahram», film égyptien à succès, est resté 4 semaines en salle, et n'a fait ses preuves qu'au bout de la 3e semaine.
Pour encourager le cinéma d'auteur quasi inexistant au Maroc, le Riff lance «Ciné Collège» proposant des films dédiés aux collégiens.
Ressuscitons le film marocain
Depuis toujours, le film égyptien connaît un engouement considérable au Maroc. Dans la catégorie des films arabes, il se targue d'un public non négligeable, même si en 2011 le cru était timide. Depuis 2002, ces films légers et bien ficelés assurent 6 à 8 semaines de durée de vie, en moyenne. Couplés aux films marocains et américains, ce genre de film attire la classe moyenne des petites salles de ville, alors que le Mégarama, lui, cible la jeunesse et la classe nantie. Bien qu'il détienne la part du lion dans la répartition des rentrées, ses chiffres restent en dessous des rentrées escomptées pour un multiplex de cette envergure, et ce malgré la programmation de multiples blockbusters. «En général, les films au Mégarama résistent entre 3 et 4 semaines», révèle Mr Jamal Mehyaoui, directeur de la programmation. Et même si les entrées du multiplex reposent sur les blockbusters américains, les meilleures recettes du Mégarama, de tout temps, restent les films marocains. Paradoxe imparable. Il faut dire que sur les 20 films produits par an, seuls quelques films marocains sortent du lot, et l'année 2011 a enregistré un net recul par rapport aux trois années précédentes, surtout au vu du succès écrasant de films comme «Casanégra» et «MaRock» , ce dernier ayant atteint 300,000 entrées. Les jackpots marocains (cinq à six semaines en salle) ne dépassent pas deux ou trois films par an, à savoir ceux qui battent les films américains. Pendant le premier semestre de 2011, selon les chiffres du CCM, seuls «Femmes en miroir» de Said Chraibi, et «Les Ailes de l'Amour» de Abdelhaï Laraki sont en tête, aux côtés des blockbusters américains. Où en sommes-nous des grands succès d'antan comme les films hilarants de Saïd Naciri ou de Mohamed Abderrahmane Tazi à qui on doit le phénoménal «A la recherche du mari de ma femme», qui a investi les salles pendant 6 mois dans les salles, frôlant 1 million d'entrées ? Loin de nous aussi l'époque des grands films nationaux, tels que ceux de Hakim Nouri «L'enfance volée» ou «Destin de femme», ou «Les oubliés de l'histoire» de Hassan Benjelloun, «Un amour à Casablanca» de Abdelkader Lagtaâ, et «Femmes et femmes» de Said Chraibi, qui ont battu des records inégalables.
L'art pour l'art
Les critères d'un bon film sont loin de plaire au cinéphile moyen, et les films d'auteur sont généralement des flops aux box-office marocain. Preuve en est les résultats désastreux, récemment, enregistrés par «Un film» de Mohamed Achaour, et «The End» de Hicham Lasri. «Le film est un investissement et on doit l'amortir, et nous n'avons pas encore le public pour les films d'auteur. La comédie sociétale populaire marche le plus au Maroc», rappelle Mehyaoui. Abondant dans le même sens, Belkadi souligne : «Nous encourageons ces films en les programmant, mais c'est le public qui juge finalement. Ces films sortent dans les festivals mais sont, malheureusement, condamnés par le public». Cependant, quelques initiatives réussissent à soulever un certain enthousiasme, en l'occurrence chez l'élite culturelle. Le cinéma ABC de Casablanca propose, depuis quelque temps, des films «arty» internationaux dans le cadre de «Art et Essai», en partenariat avec l'Institut français. De même, le cinéma Riff de Casablanca, dans le cadre de «Ciné Collège», s'est lancé dans un autre partenariat, proposant des films destinés aux collégiens. Autre constat déplorable: ces programmations restent purement culturelles et symboliques, et ne génèrent que 10% d'intérêt.Le tableau est sombre, et la situation du grand écran au Maroc est affligeante. Le déclin des salles obscures est telle qu'il ne reste que quatre distributeurs qui fournissent les salles : «Sans salles, sans marché et sans public, la situation est lamentable», déplore Benkirane. On en vient a se demander si l'avènement du numérique, qui viendra bientôt remplacer la bobine de 35 mm, sera le tournant salvateur pour ce secteur. Affaire à suivre. Entre-temps, tentons de redonner au cinéma… son glamour et ses lettres de noblesse.
Piratage… Dérapage !
Un ghetto. Une mafia. Des groupuscules qui pullulent dans tout le Maroc, sans aucune impunité. Ils sont innombrables, et il ne s'agit pas que des revendeurs ! Les autorités sont dépassés vu l'ampleur du phénomène. Malgré la loi qui punit la piraterie – un fraudeur peut écoper de deux ans de prison et est passible de 60 millions de centimes d'amende – justice est rarement faite ! «Qui est ce juge qui va appliquer la loi sur les revendeurs de rues qui ne vivent que de ce commerce ? Il fallait agir au départ», déplore Abdelhamid Marrakchi, président de la Chambre marocaine des salles de cinéma. Selon l'Office des changes, il y a 50 millions de DVD qui entrent chaque année, importés de Chine d'une manière légale et payés en devises marocaines. La matière première est chinoise et est acheminée au Maroc au prix de 50 centimes. Une fois gravée d'une manière illégale, elle est revendue à 5 dirhams. Selon les estimations, 250 millions de dirhams échappent au Fisc, ce qui a tué le cinéma. Quant aux films marocains, ils sont piratés dans les salles mêmes où ils sont projetés, grâce à des systèmes ingénieux à l'aide desquels les fraudeurs réussissent à véhiculer des copies en même temps que la sortie nationale des films. Et même si la qualité n'est pas optimale, les films sont visionnés à 5 ou 7 dirhams et achèvent de tuer la carrière du film en salles.


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