Les résultats des élections législatives israéliennes auront finalement été très proches de ce qui était attendu. Certes Kadima, le parti de centre droit de la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni a obtenu un siège de plus que le Likoud de Benyamin Netanyahou, un faucon de 59 ans jouant les pragmatiques. Mais c'est bien le leader d'extrême droite Avidgor Lieberman, 50 ans, qui s'est imposé comme l'arbitre du scrutin et d'une future coalition en devenant la troisième formation du pays (15 sièges) avec son parti «Israël Beiteinou» - Israël notre maison. Le paradoxe de ce scrutin ambigu, c'est que la «victoire» de la centriste Livni pourrait déboucher, faute de majorité pour elle, sur un retour au pouvoir de son rival Netanyahou. «Livni a gagné la bataille, mais va perdre la guerre», résume ainsi le quotidien Maariv, tandis que toute la presse évoque une possible rotation de premier ministre pour sortir d'une impasse où tout gouvernement aura une liberté d'action limitée et sera soumis au chantage et aux pressions. C'est le pire qui pouvait arriver pour l'avenir immédiat de futures et hypothétiques négociations de paix. Le jeu dangereux de Lieberman Une chose est sûre : les résultats de ces élections illustrent le virage à droite de la société israélienne. Toute la campagne s'est faite sur le thème de la sécurité, chacun se présentant comme «l'homme fort» capable d'assurer la sécurité d'Israël. A ce petit jeu qui risque de provoquer une grave scission dans le pays, Netanyahou et Lieberman ont rivalisé dans le populisme, répétant que «c'est l'existence même d'Israël qui est menacée» et que rendre Gaza aux Palestiniens n'a pas mis fin au conflit. Mais c'est incontestablement Avidgor Lieberman qui peut prétendre à la palme du racisme. Surfant sur l'inquiétude ambiante face au «terrorisme», cet émigrant russe arrivé en Israël à l'âge de 25 ans, n'y va pas par quatre chemins : il propose de «transférer» en Cisjordanie 200.000 ou 300.000 des 1,4 million d'Arabes israéliens. Quant à ceux qui restent, ils devront prêter serment de «loyauté» envers le pays. «Sans loyauté, pas de citoyenneté», répète-t-il dans un sous-entendu clair : les Arabes israéliens sont une 5e colonne... Le courage de la paix Dans cette ambiance de démagogie nationaliste suivant l'offensive militaire à Gaza, le parti travailliste n'est plus que l'ombre de lui-même (13 sièges, le plus mauvais score de son histoire). Quant à Tzipi Livni, elle n'a pu que chercher à convaincre les 20% d'indécis et parmi eux, prioritairement les jeunes et les femmes. Cette situation n'a rien d'étonnant : une bonne partie de la société est désorientée après la guerre contre le Hezbollah au Liban qui s'est terminée en semi défaite et l'offensive contre le Hamas. Car si celle-ci a beaucoup affaibli la structure militaire et combattante du mouvement islamiste, elle n'a pas mis fin à ses tirs contre le territoire israélien. En réalité, si une grande majorité des Israéliens sait que la seule solution reste de négocier avec les Palestiniens, beaucoup d'entre eux se demandent avec qui négocier. Avec le Fatah du président Mahmoud Abbas qui ne «règne» que sur la Cisjordanie et est sorti de l'offensive israélienne dans la bande de Gaza si affaibli que continuer à construire une stratégie politique seulement autour de lui relève du pari impossible? Avec le Hamas qui refuse de reconnaître Israël et a gagné, par sa seule capacité à survivre aux bombardements israéliens, une place à de futures négociations ? Risques de tension avec Obama Dans ce contexte où la sécurité l'a emporté sur toute autre considération et a servi de fonds de commerce aux populistes d'extrême droite, aucun leader israélien, y compris parmi ceux qui sont favorables à une paix négociée avec les Palestiniens, n'a le courage des concessions douloureuses que la paix implique. Israël n'a ainsi rien donné à l'Autorité palestinienne qui lui permette de marquer des points dans la lutte de pouvoir qui l'oppose au Hamas qui a pris par la force le contrôle de Gaza et continue à y régner en maître. Le fait qu'une partie des Israéliens ne croit plus ni en la paix à cause du «terrorisme», ni en la politique à cause des scandales de corruption, explique quoi qu'il en soit, le glissement à droite et à l'extrême droite constaté lors des législatives. Quelle longévité et quelle viabilité aura le gouvernement formé à partir de tels résultats ? Se montrera-t-il très intransigeant face aux Palestiniens ? Cette situation risque en tout cas de compliquer les relations d'Israël avec la nouvelle administration américaine. D'autant que Barack Obama, en nommant comme émissaire spécial pour le Moyen-Orient George Mitchell, l'architecte d'une paix qu'on croyait aussi impossible en Irlande du Nord, a montré qu'il n'entendait pas laisser s'aggraver plus encore le conflit israélo-palestinien.