Les produits de lissage capillaire à base de protéine envahissent les salons de coiffure au Maroc, portés par les publicités massives des influenceuses. Sur les réseaux sociaux, ces soins sont présentés comme miraculeux. Pourtant, derrière cette tendance se cachent de graves dangers pour la santé. Un incident survenu le vendredi 19 juillet 2025 dans un salon de beauté de l'avenue 2 Mars à Casablanca a ravivé les inquiétudes autour de l'utilisation de produits capillaires non réglementés. Une jeune femme a été victime de complications graves après une séance de traitement capillaire à base de "protéine". Selon les médias, elle a ressenti des douleurs intenses à la tête, suivies d'un gonflement rapide du visage, peu de temps après l'application du produit. Les employées du salon ont rapidement alerté les secours. La victime a été hospitalisée en urgence, tandis qu'une enquête a été ouverte par les autorités sous la supervision du parquet. Effectivement, les premières mesures ont consisté à interroger la propriétaire du salon ainsi que le personnel présent, et à analyser la composition du produit utilisé. Les services sanitaires cherchent à déterminer si le produit respecte les normes en vigueur. En parallèle, la Direction régionale de la santé a été saisie afin d'évaluer les risques éventuels pour d'autres clients ayant été exposés au même produit. Cet incident remet en question l'efficacité des dispositifs de contrôle dans les salons de beauté, en particulier ceux proposant des soins capillaires à base de kératine ou de protéine. Ces pratiques, devenues courantes au Maroc, échappent souvent aux contrôles réglementaires, alors même que les alertes médicales se multiplient à l'échelle internationale. En effet, si vous êtes déjà allé(e) dans un salon de coiffure pour vous faire lisser les cheveux, vous savez que c'est un processus complexe. Le coiffeur applique d'abord des produits chimiques défrisants, puis attend un certain temps afin que la structure des cheveux se modifie, tout en préservant la fibre capillaire. Ensuite, un traitement thermique est appliqué pour fixer le produit. Pendant toute cette opération, l'air est souvent ventilé car ces produits contiennent fréquemment du formaldéhyde. Sous l'effet de la chaleur, ce composant se libère sous forme de gaz, ce qui pose un risque pour la santé du client et du coiffeur. Ce point soulève une question importante : ces produits de lissage sont-ils vraiment sans danger ? Lire aussi : Justice : Les peines alternatives entrent en vigueur le 22 août Les alertes médicales se multiplient... En France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a émis en 2024 une alerte sur l'acide glyoxylique, substance utilisée dans les produits de lissage dits "sans formol". Des spécialistes ont signalé qu'une fois absorbée par le cuir chevelu, cette substance peut se transformer en cristaux d'oxalate de calcium, provoquant des lésions rénales. À ce jour, plusieurs cas d'insuffisance rénale aiguë ont été recensés, dont quatre en France entre janvier et septembre 2024. Ces épisodes ont conduit à des hospitalisations, et les experts estiment que d'autres cas pourraient ne pas avoir été identifiés. Une étude du New England Journal of Medicine, publiée en mars 2024, a documenté le cas d'une jeune femme ayant souffert à trois reprises de troubles rénaux graves à la suite de lissages capillaires. Les analyses médicales ont confirmé la présence de dépôts de cristaux dans les reins, liés à la composition chimique du produit. De même, ces produits ne sont pas seulement associés à des complications rénales. Leur utilisation entraîne également des risques respiratoires et dermatologiques. Le formaldéhyde, longtemps utilisé dans les produits de lissage avant d'être remplacé par l'acide glyoxylique, est reconnu comme cancérigène avéré. Il peut provoquer des irritations oculaires, des troubles respiratoires, des nausées, des éruptions cutanées et, à forte exposition, des cancers. Par ailleurs, une recherche publiée en 2022 dans le Journal of the National Cancer Institute a établi une association statistique entre l'usage fréquent de produits de lissage et un risque accru de cancer de l'utérus. L'étude a suivi plus de 33.000 femmes pendant onze ans. Elle a révélé que les utilisatrices régulières avaient un risque doublé de développer ce type de cancer, comparé à celles qui n'utilisaient pas ces produits. Marchés visés par la vigilance Au Maroc, les autorités sanitaires font face à une augmentation significative des signalements liés aux produits capillaires importés ou contrefaits. Selon les médias, le ministère de la Santé et de la Protection sociale a recommandé la suspension temporaire de certains soins capillaires contenant des substances controversées, en attendant des vérifications plus poussées. En parallèle, un rapport du Centre Antipoison et de Pharmacovigilance du Maroc (CAPM), publié en 2021, indique que plusieurs points de vente dans des marchés populaires, comme Souk Elfellah à Oujda, Derb Ghallef à Casablanca et Akkari à Rabat écoulent des produits contenant des composants interdits, tels que parabènes, formaldéhyde ou encore éthers de glycol. Sur le terrain, les professionnels de santé recensent des effets secondaires de plus en plus fréquents, notamment rougeurs persistantes, démangeaisons du cuir chevelu, perte de cheveux, maux de tête, troubles respiratoires et, dans certains cas, réactions allergiques graves. Selon l'Académie nationale de médecine française, ces symptômes apparaissent souvent dans les 24 à 48 heures suivant l'exposition au produit. En outre, la pression monte pour une révision de la réglementation en vigueur au niveau national et régional. L'ANSES a proposé une évolution du cadre européen afin de restreindre, voire interdire, l'usage de certaines substances comme l'acide glyoxylique dans les produits cosmétiques. Cette dynamique pourrait encourager les autorités marocaines à adopter à leur tour des mesures plus strictes, en coordination avec les organismes internationaux spécialisés.