En 2024, 9 618 affaires de violences à l'encontre des enfants ont été recensées au Maroc. En hausse de 5,6 %, ce chiffre traduit davantage un renforcement des mécanismes de signalement et de détection qu'une recrudescence de la criminalité. Le Maroc intensifie sa lutte contre les violences faites aux enfants. Le 8e rapport annuel de la présidence du ministère public, publié fin décembre 2025, révèle que 9 618 affaires étaient traitées en 2024 contre 9 106 en 2023, impliquant 10 169 mis en cause. Cette hausse de 5,6%, qui porte le total à près du double des 4 828 dossiers traités en 2019, traduit moins une explosion criminelle qu'une détection renforcée et une tolérance zéro des parquets généraux. Les agressions sexuelles dominent avec 3 854 affaires soit 40,06% des cas, en recul de 3,63 points par rapport à 2023 en part relative. L'atteinte à la pudeur avec violence augmente fortement à 2 013 cas, en hausse de 6,73 % par rapport à 2023, tandis que les viols sur mineurs bondissent de 27,5% avec 306 dossiers. La corruption de mineurs et l'exploitation prostitutionnelle doublent presque avec 34 cas, contre 18 en 2023. À l'inverse, les attentats à la pudeur sans violence reculent : 502 cas avec circonstances aggravantes et 757 sans violence ni circonstances aggravantes. Lire aussi : Un enfant sur cinq vit dans la pauvreté monétaire « extrême », 417 millions souffrent de « privations graves » Les agressions corporelles touchent 3 556 enfants en 2024. Les coups et blessures ayant entraîné une incapacité de travail inférieure à 20 jours augmentent de 34 % par rapport à 2023 avec 2 893 cas, tandis que les violences ayant entraîné une incapacité de travail supérieure à 20 jours chutent de 42% avec 612 cas. 21 infirmités permanentes, 4 morts involontaires, 14 homicides volontaires et 9 infanticides sont enregistrés. La négligence familiale avec 847 cas et la mise en danger avec 106 cas, en progression de 33% par rapport à 2023, complètent un tableau préoccupant, souvent d'origine intrafamiliale. La mendicité organisée impliquant des enfants connaît une hausse de 105 %, avec 140 affaires recensées, souvent en lien avec des réseaux intégrant des mineurs immigrés. L'exploitation dans le trafic de drogue compte 6 cas, et la production pornographique, avec 10 dossiers, reste marginale mais sous-estimée en raison des difficultés numériques. Les mis en cause se composent majoritairement d'hommes (88,5 %), contre 11,5 % de femmes. Le rapport fait également état de 1 041 mineurs impliqués, dont 672 garçons et 369 filles. Les auteurs sont le plus souvent issus de l'entourage proche — parents, tuteurs, enseignants ou employeurs domestiques — ce qui rend l'identification des faits particulièrement complexe. Lancé en 2021, le programme tripartite Maroc–Etats-Unis–Royaume-Uni (NCMEC/CPS) a permis d'identifier 84 suspicions d'exploitation sexuelle en ligne, dont 56 signalées à travers le NCMEC (Etats-Unis) et 28 via la CPS (Royaume-Uni). Ces signalements ont donné lieu en 2024 à 13 poursuites judiciaires et à l'ouverture de 3 instructions, tandis que 39 enquêtes sont toujours en cours. Par ailleurs, 19 affaires ont été classées sans suite après vérifications.