Le verdict rendu dans l'affaire des dépenses liées à l'organisation de la COP22 marque un tournant significatif dans la dynamique de reddition des comptes au Maroc. En sanctionnant financièrement deux anciens responsables locaux, la justice réaffirme l'exigence de transparence dans la gestion des fonds publics, y compris lorsqu'il s'agit d'événements internationaux organisés dans un contexte d'urgence. Après plus de cinq années d'instruction, la justice a tranché dans ce dossier emblématique portant sur la dilapidation présumée de deniers publics lors de la Conférence des Nations unies sur le climat, organisée à Marrakech en 2016. Ce jugement vient clore une procédure longue et complexe, mettant en cause deux anciens élus locaux impliqués dans la gestion financière de cet événement d'envergure mondiale. Le tribunal a prononcé une décision ferme. Outre une amende de 20.000 dirhams infligée à chacun des prévenus, la Cour a surtout statué sur le volet civil, les condamnant solidairement à verser une indemnisation de quatre millions de dirhams à la partie civile. Cette somme vise à réparer le préjudice financier subi par la collectivité territoriale du fait des irrégularités constatées dans l'engagement des dépenses publiques. Lire aussi: Enquête ouverte sur 24 personnes pour corruption et abus d'influence Les poursuites portaient principalement sur de graves manquements dans la gestion de certains marchés liés à la COP22. L'acte d'accusation relevait notamment le recours à la procédure de négociation directe pour l'attribution de marchés publics, une dérogation que les mis en cause justifiaient par l'urgence imposée par le calendrier de la conférence. Toutefois, cette procédure exceptionnelle, conduite sous la présidence de Younes Benslimane, alors responsable de la commission des marchés publics, a soulevé de sérieuses interrogations quant au respect des principes de légalité, de concurrence et de transparence. L'affaire trouve son origine dans une initiative citoyenne. Abdelilah Tatouche, président du Conseil national de l'Association marocaine de défense des droits de l'Homme, avait déposé une plainte dénonçant de possibles dérives dans la gestion des fonds. Pour fonder sa décision, la Cour s'est appuyée sur les conclusions détaillées des enquêtes menées par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), lesquelles ont mis en évidence des dysfonctionnements structurels et des violations manifestes de la réglementation encadrant la passation des marchés publics. Au-delà des sanctions individuelles, ce dénouement judiciaire s'inscrit dans un contexte plus large de renforcement de la lutte contre la corruption et d'exigence accrue de bonne gouvernance. Il rappelle avec force que l'invocation de l'urgence ne saurait justifier l'affranchissement des règles encadrant l'utilisation des deniers publics. Cette décision intervient parallèlement à d'autres jugements récents dans des dossiers connexes, notamment l'acquittement de l'ancien maire de Marrakech, Larbi Belcaïd, et la condamnation de l'un de ses adjoints, illustrant à la fois la complexité des affaires de gestion locale et la détermination des autorités judiciaires à assainir ce champ sensible de l'action publique.