Après la chute de leur allié syrien Bachar El Assad et le déplumage de la milice libanaise du Hezbollah par Israël, l'Algérie et le Polisario assistent, impuissants, à la capture et l'exfiltration de l'ancien président du Venezuela, Nicolas Maduro, par l'armée des Etats-Unis. Une perte stratégique que ni Alger, ni le Front, n'ont osé condamner. Nicolas Maduro et Abdelmadjid Tebboune ‹ › L'Algérie observe un silence assourdissant depuis l'arrestation de l'ancien président vénézuélien par l'armée américaine. La disparition d'un allié de poids en Amérique du Sud et au sein de l'OPEP n'a suscité aucune réaction officielle, ni de la présidence, ni du ministère des Affaires étrangères. Cet épisode intervient un an après la chute du régime de Bachar El Assad en Syrie et l'affaiblissement du Hezbollah au Liban, sous les frappes israéliennes. Face à ce mutisme, certains médias, officiels et officieux, ont tenté de combler le vide. Le quotidien El Moudjahid a évoqué un «basculement dangereux au Venezuela», alors que l'APS s'est contentée de rapporter l'arrestation de Nicolas Maduro. Pourtant, en juin 2022, le président algérien Abdelmadjid Tebboune accueillait ce dernier à Alger en grande pompe. Mais aujourd'hui, le pouvoir algérien se trouve dans une position embarrassante. Il lui est difficile de condamner une opération militaire américaine pourtant contraire au droit international, un principe que le président Tebboune invoque régulièrement pour justifier son soutien au Polisario, comme en témoigne son discours du 30 décembre devant les deux Chambres du Parlement. En faisant profil bas, Alger chercherait à éviter toute confrontation avec l'actuel locataire de la Maison Blanche. Depuis l'investiture de Donald Trump en tant que 47e président des Etats-Unis, en janvier 2025, les autorités algériennes se sont montrées généreuses avec les intérêts américains. Deux multinationales, Chevron et ExxonMobil, figurent parmi les principales bénéficiaires de la nouvelle loi minière adoptée le 16 juin 2025 par le Parlement algérien, autorisant les sociétés étrangères à détenir jusqu'à 80 % des parts dans les projets miniers. Les dirigeants de ces deux groupes avaient d'ailleurs été reçus, en mai 2025, par le président Tebboune. Le Polisario de plus en plus isolé Ce mutisme ne constitue pas un acte isolé. En novembre 2025, l'Algérie a mis sous cloche son soutien traditionnel aux factions palestiniennes, telles que le Hamas et le Jihad islamique, en votant au Conseil de sécurité en faveur du plan de paix de Trump pour Gaza. Cette feuille de route prévoit notamment le désarmement de ces milices armées. Le même silence a été observé lorsque l'administration Trump a imposé, en décembre dernier, une taxe antidumping de 127,32 % sur les importations de barres d'armature en acier en provenance d'Algérie. Aligné sur son parrain algérien, le Polisario se mure dans un silence pesant, son agence de presse officielle ayant choisi d'ignorer tout simplement l'arrestation de Nicolas Maduro. Pourtant, en mars 2023, l'ancien président vénézuélien avait déroulé le tapis rouge à Brahim Ghali. «Nous sommes engagés à défendre la cause sahraouie. Notre soutien se poursuivra jusqu'au parachèvement du processus de décolonisation», avait affirmé Maduro à l'issue de ses entretiens avec le chef du Polisario, auquel il avait offert une épée en or. Certains médias sahraouis ont cependant tenté de combler le vide, en rapportant que des voix sur les réseaux sociaux et des organisations de défense des droits humains, notamment au Panama, ont condamné l'arrestation de Nicolas Maduro. La politique internationale de Donald Trump a désorienté Alger et Tindouf. Ni l'Algérie ni le Polisario n'avaient d'ailleurs condamné la réaffirmation par Donald Trump de la marocanité du Sahara, dans son message adressé le 2 août au roi Mohammed VI à l'occasion de la fête du Trône. Incapables de défendre leur principal allié en Amérique latine, ils n'ont pu se joindre à la Colombie, le Brésil, le Mexique, le Chili, l'Uruguay et l'Espagne qui ont exprimé, dimanche dans un communiqué conjoint, leur «préoccupation» face à la capture de Nicolas Maduro. La Chine, Cuba et la Russie ont adopté une position similaire. Article modifié le 05/01/2026 à 20h23