En un an, le taux de chômage des femmes a particulièrement augmenté (+1,1%), s'établissant à 20,5% en 2025. Ce chiffre du HCP est plus qu'alarmant, puisqu'il confirme une hausse continue et sans précédent, malgré les nombreuses initiatives publiques pour inverser cette tendance depuis des années. DR ‹ › Si le taux du chômage au Maroc a été de 13% en 2025, avec une légère baisse de 0,3% en un an, les chiffres qui concernent les femmes restent particulièrement préoccupants. Selon la note d'information du Haut-Commissariat au plan (HCP) sur la situation annuelle du marché du travail, ce taux a augmenté de 1,1% chez les femmes, s'établissant ainsi à 20,5%. Parallèlement, une baisse de 0,8% concerne les hommes (10,8%) sur la même période. En tout, 1 621 000 personnes sont sans emploi. Cette évolution s'inscrit dans une baisse continue de l'intégration des femmes dans le monde du travail. Une tendance observée à travers de précédents chiffres du HCP, selon lesquels le taux de chômage des femmes a enregistré une augmentation, surtout depuis l'année 2020 marquée par la crise sanitaire. Dans le temps, il a atteint 16,2% contre 9,6% en 2010. Le taux global d'activité des femmes et des filles (15 ans et plus) aura considérablement baissé, passant de 28% en 2000 à 25,9% en 2010, puis à 19,9% en 2020. En mettant en évidence le taux de chômage élevé chez les femmes au sein de la population concernée, les données récentes confirment cette dynamique régressive. Pourtant, les citoyennes sont de plus en plus nombreuses à accéder à l'éducation et à décrocher des diplômes supérieurs. Aussi, une meilleure intégration des femmes à l'emploi est susceptible d'avoir un poids conséquent sur le Produit intérieur brut (PIB), encore plus si elle tient compte d'une approche territoriale renforcée dans les campagnes. Selon d'autres observations formulées par HCP à ce sujet en 2025, le manque à gagner de l'emploi féminin en milieu rural est en effet estimé à près de 2,2% du PIB, dans un contexte où l'inactivité économique des femmes dépasse les 80% au niveau national. Contactée par Yabiladi pour commenter les récentes données et le contexte de leur évolution, la responsable syndicale Asmae Mrani déplore un «retard flagrant» encore plus inquiétant, «lorsque ces chiffres officiels proviennent d'une institution statistique, qui les établit selon les normes internationales». Maroc : Les femmes, maillon faible et précaire du secteur informel (HCP) Un écart entre le monde de l'emploi et les responsabilités familiales Secrétaire générale de l'Union progressiste des femmes du Maroc (UPFM) au sein de l'Union marocaine du travail (UTM), Asmae Mrani estime auprès de notre rédaction que cette problématique revêt des dimensions structurelles accumulées. «Il faut reconnaître que le premier facteur expliquant ce retard sur les années, voire les décennies, est culturel», nous affirme-t-elle. «Les perceptions stéréotypées ont la peau dure. Malgré les progrès, les femmes restent associées à des rôles qui leur sont assignés non paspour leur compétence ou non, mais pour leur condition féminine qui les vulnérabilise.» Asmae Mrani «Autrement dit, quand bien même les femmes accéderaient au monde du travail, les fonctions qui leur sont attribuées ne mettent pas en valeur leurs capacités, ce qui met à mal l'évolution de leur statut économique, comme nous le constatons de manière évidente dans certains secteurs, dont l'industrie», nous déclare Asmae Mrani. Elle cite les données fournies par le ministère de tutelle, selon lesquels «44% des travailleurs dans le domaine industriel sont des femmes». «Vu ainsi, nous ne pouvons que nous en féliciter. Or, les détails changent tout. Il s'avère que 64% de cette main-d'œuvre féminine est dans le textile, réduite à une situation précaire. C'est le cas aussi dans l'automobile», explique Asmae Mrani, mettant en avant le taux de chômage «élevé chez les femmes de 25 à 38 ans». La secrétaire générale de l'UPFM estime «intéressant d'étudier cette tranche d'âge où les femmes sont plus enclines à avoir des enfants ou à voir leurs responsabilités familiales gagner en importance». «La nature du monde du travail laisse peu de choix, en dehors de l'assimilation aux rôles traditionnels qui finissent par faire revenir les travailleurs à la case de femme au foyer», analyse-t-elle. Dans le même sens, Asmae Mrani pointe «l'absence d'alternatives laissées aux femmes actives pour l'instruction de leurs enfants, ce qui les poussent à arbitrer à marche forcée, du moins en attendant que leurs petits gagnent en autonomie». «Dès lors, il est plus difficile de réintégrer le monde du travail. Nous perdons donc des concitoyennes dans l'emploi, mais aussi des compétences formées sur des années.» Asmae Mrani Une approche globale au lieu des démarches sectorielles Au-delà de cet aspect, Asmae Mrani estime nécessaire de tenir compte des politiques publiques et de leur efficacité sur l'emploi des femmes, au-delà des chiffres globaux. À ce titre, elle plaide pour une autonomisation qui reconnaît la contribution des travailleurs «essentielles mais invisibles», notamment «en luttant contre les violences économiques et celles fondées sur le genre, dont le harcèlement dans les milieux professionnels». La secrétaire générale de l'UPFM insiste sur le fait que «les conséquences sont réelles et documentées, comme c'est le cas chez les ouvrières agricoles et dans les services de sous-traitance». «Nous attendons du gouvernement d'honorer son engagement sur l'employabilité féminine à hauteur de 30%, mais ces violences menacent l'autonomisation», dit-t-elle. La syndicaliste rappelle que «cette revendication est toujours d'actualité», surtout avec «l'adoption d'un texte contraignant, à savoir la Convention 190 contre les violences et le harcèlement dans le milieu du travail depuis 2019 par l'Organisation internationale du travail (OIT), dont le Maroc est membre». «Nous avons même exigé d'anticiper sur les violences visant à la fois les femmes et les hommes et limitant l'accès aux prestations sociales», ajoute-t-elle. Asmae Mrani souligne que «même dans la fonction publique, la culture dominante coûte des places aux femmes qualifiées». De ce fait, elle soutient que «la question nécessite une approche intégrant tous les acteurs, au-delà des programmes de chaque gouvernement ou domaine d'activité, avec un accompagnement pour la réalisation de plans d'intégration efficaces».