Il ne s'agit pas d'un, mais de douze portraits cette semaine. Douze micro-entrepreneurs qui ont lutté pour améliorer leur vécu et celui des leurs. Ils sont les lauréats des 5èmes Micro-entrepreneurship Awards. Retour sur des parcours qui forcent le respect. Hassania Errouihi est une artisane en production de zelliges dans la ville de Fès. Et pourtant, elle ne devait pas l'être n'étant un concours de circonstances qui l'a poussée à retrousser ses manches. En effet, mère de 4 enfants, elle décide, il y a sept ans, de reprendre l'atelier de son mari, dans l'incapacité de travailler, pour assurer la survie de sa famille. Mais la situation va vite se corser à tel point qu'un jour, Hassania se retrouve dans l'incapacité d'acheter la matière première pour travailler. Soutenue par la Fondation Banque Populaire pour le micro-crédit et à force de courage et de persévérance, elle trouve de nouveaux débouchés et parvient à développer son activité. Aujourd'hui, Hassania commercialise ses produits dans des foires à travers tout le Maroc et emploie huit personnes. Elle a remporté le prix du Meilleur projet Défi. Dans cette même catégorie, on retrouve Mohamed Aït Bahammou, fabriquant de briques à Ouarzazate. C'est en construisant sa maison que cet artisan a eu l'idée, il y a cinq ans, de se lancer dans la fabrication de briques. Il commence son activité à l'aide d'une machine manuelle et produit jusqu'à 300 briques par jour. Un véritable défi pour cet homme souffrant de handicap. En dépit des difficultés, Mohamed parvient à développer sa production et à fidéliser de nouveaux clients. Grâce à un prêt d'Al Amana, ilachète une machine électrique. Il triple sa production et décide d'employer deux personnes pour l'aider. Aujourd'hui, Mohamed est l'un des plus importants fournisseurs de briques de sa région. Du côté des micro-entrepreneurs de moins de 25 ans, on retrouve deux parcours atypiques. Le premier est celui de Brahims Aït Aala, de Biurga, dans la région d'Agadir. Marié et père d'un enfant, il a été initié à la fabrication de babouches par son père dès son plus jeune âge. En 2002, son père tombe malade. Brahim reprend son atelier pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais il se heurte à plusieurs difficultés. À l'aide d'un prêt d'Al Amana, il achète une nouvelle machine à coudre et un moteur pour sa machine à finition. Son activité redémarre. Jeune et motivé, Brahim mise sur l'innovation, la qualité des produits et le respect de ses engagements pour fidéliser sa clientèle. Petit à petit, les efforts de Brahim portent leurs fruits. Le deuxième parcours, récompensé par un prix également, est celui de Salha El Bouchtaoui, couturière à Khénifra. Cette jeune femme discrète, rêve depuis son plus jeune âge de devenir styliste-modéliste. En 2006, son diplôme de couturière en poche, elle décide de tenter sa chance. En dépit de son jeune âge, AMOS décide de lui faire confiance. À l'aide d'un premier prêt, Salha achète une machine à coudre et loue un local pour recevoir sa clientèle. Grâce à sa volonté et à son savoir-faire, Salha se fait connaître dans son quartier et parvient à se constituer une clientèle. Dans la catégorie Meilleur projet Innovant, Driss Nahli a remporté le premier prix. Tailleur de pierres à Arfoud, Driss Nahli commence comme apprenti chez un artisan originaire d'Italie installé dans la région. Pendant plusieurs années, il travaille à ses côtés. À 31 ans, Driss décide de lancer sa propre affaire. Avec l'aide de la Fondation BP pour le micro-crédit, il achète de la pierre et une machine à couper. Driss démarre son activité. Aujourd'hui, il emploie dix apprentis. Toujours dans la catégorie des projets innovants, un prix a été décerné à Youssef Meskira, menuisier et sculpteur sur bois à Kénitra. Chez les Meskira, on est menuisier de père en fils. Lorsque son père décide de partir à la retraite, Youssef prend naturellement la relève. Il est alors confronté à plusieurs difficultés. En 2009, il sollicite un prêt auprès de la Fondation BP pour le micro-crédit pour acheter une nouvelle machine dans l'espoir de relancer son affaire. Parallèlement, il suit une formation pour en tirer le meilleur profit et réorganise son système de production. Grâce à sa volonté et à son savoir-faire, Youssef améliore sa productivité. Aujourd'hui, il emploie trois personnes. Avec à ses revenus, il a pu fonder une famille et veiller sur elle. Mohamed Marssou, couturier traditionnel à Tanger, s'est illustré dans la catégorie Meilleure performance. Fils unique, il quitte l'école à la mort de son père pour aider sa mère à subvenir aux besoins du foyer. Un artisan l'accueille et lui apprend les rudiments du métier. En 2003, l'artisan décide de se retirer et lui cède sa boutique. Manquant de moyens, Mohamed sollicite des avances à ses clients pour acheter le tissu et honorer ses commandes. Mais sa situation est précaire. Il décide alors de faire appel au micro-crédit pour constituer un fonds de roulement. À l'aide d'un premier prêt accordé par la Fondation BP pour le micro-crédit, il achète du tissu et relance son affaire. Aujourd'hui, Mohamed emploie dix personnes et jouit d'une solide réputation dans son quartier. Sur le même registre, on retrouve un autre micro-entrepreneur, Driss El Maimouny, de Martil. Gérant d'un snack-pizzeria, Driss a travaillé pendant douze ans comme aide cuisiner dans des restaurants de la région. À 37 ans, il décide de monter sa propre affaire. Son projet se concrétise grâce à l'aide de Fondep. Driss espère agrandir son restaurant à moyen terme. Son rêve serait de se reconvertir dans la restauration haut de gamme. Les prix de PlanetFinance et de la Fondation Citi récompensent également le Meilleur projet développement durable et protection de l'environnement. Cette année, le premier prix a été attribué à Aïcha Chiki, travaillant dans la transformation de dattes et la commercialisation de plantes médicinales, à Errachidia. Cette mère de cinq enfants décide, en 2004, de développer son activité pour aider son mari à subvenir aux besoins de la famille. Grâce à un prêt de la Fondation Ardi, Aïcha achète un stock de dattes et augmente sa capacité de production. Aïcha a représenté la Fondation Ardi lors du Salon international de l'agriculture de Meknès, en 2009 et au Salon international de la datte à Erfoud, en 2010. Le deuxième prix du projet Développement durable est revenu à El Houceine Boulkil, gérant d'une auberge touristique à Ouarzazate. Lorsque la famille El Boulkil emménage dans la vallée, l'auberge est dans un piteux état. El Houceine fait alors le pari de la rouvrir. Grâce au soutien d'Al Amana, il a réussit son pari. Aujourd'hui, l'auberge La Fibule accueille régulièrement des touristes et assure un emploi à ses six frères et sœurs. La nouveauté de cette 5ème édition des Micro-entrepreneurship Awards est l'attribution de deux prix Meilleur micro-entrepreneur. Le premier a été attribué à Saïda Jridi, couturière et vendeuse de vêtements à Fès. Mariée et mère de cinq enfants, Saïda se lance dans la couture suite à la cessation de l'activité de son mari. En 2000, à l'aide d'un premier prêt de l'AMSSF, elle achète une machine à coudre et constitue un fonds de roulement. Au fur et à mesure et grâce à des prêts successifs, elle agrandit son projet. Aujourd'hui, elle emploie trois personnes. La deuxième lauréate de cette catégorie est Latifa Jawhar, couturière traditionnelle à Agadir. Elle a quitté l'école à l'âge de douze ans pour devenir apprentie dans un atelier de couture à Fès. Quelques années plus tard, elle s'installe à Agadir avec son mari. Latifa décide de lancer son affaire, en sacrifiant ses bijoux, pour acheter une machine à broder et louer un local. À l'aide d'un premier prêt contracté auprès d'Al Amana, Latifa constitue un fonds de roulement. Et grâce à huit micro-crédits successifs, elle renforce progressivement ses moyens de production en achetant de nouvelles machines. Aujourd'hui, Latifa dispose d'un magasin de plus de 100 m2 et emploie 15 couturières. Grâce ses revenus, elle a aménagé sa maison et acheté une voiture. Douze parcours donc qui montrent que l'espoir est permis et que l'effort paie !