La question des violences faites aux femmes est relancée après la mise en ligne d'une vidéo montrant une jeune femme agressée en plein jour par un groupe d'adolescents. Afin de se pencher sur les raisons de cette délinquance sexuelle, Jalil Bennani, psychiatre et psychanalyste, décrypte un phénomène complexe qu'il est urgent d'éradiquer. Qu'est ce qui pousserait un jeune garçon à commettre ouvertement un tel acte dans un lieu public? À cette question, le spécialiste précise que "plusieurs facteurs agissent conjointement pour mener ces jeunes à exercer de tels sévices". N'excusant aucunement ce "comportement atroce", "les privations sexuelles liées aux interdits sociaux, les frustrations diverses, le désœuvrement, l'inculture" restent cependant les principales raisons qui pousseraient à un tel agissement. "C'est là où réside tout le problème de la jeunesse. Mu par le désir sexuel, l'adolescent ne mentalise pas ses pulsions. Il est plutôt dans l'agir. La sexualité surgit alors à l'état brut. Il y a une différence entre le désir et le passage à l'acte, qui se traduit par le viol, le harcèlement sexuel et qui est forcément répréhensible", explique Jalil Bennani, attribuant ces comportements à "l'absence d'éducation sexuelle, d'autorité ou encore à une éducation défaillante". C'est justement sur ces facteurs sociaux qu'il faudrait s'attarder davantage. Jalil Bennani déplore la situation d'une certaine jeunesse qui ne dispose pas d'autre moyen de manifester son agressivité. La violence sexuelle se présente alors comme d'autres actes de vandalismes et de conduites antisociales à travers lesquelles l'agresseur défie la société". Analysant l'éventuelle passivité du chauffeur et des passagers présents dans le véhicule au moment de l'agression, le Docteur Jalil Bennani nous parle d'individus "voyeurs", qui se contentent de déplorer passivement, ou d'autres qui redoutent les réactions des agresseurs, dans un contexte d'insécurité. "Faut-il qu'il y ait un scandale pour en révéler d'autres à bas bruit ?" s'interroge le spécialiste. "Victime de son agresseur mais aussi des codes d'une société machiste, une femme sexuellement violentée peut réagir en dénonçant ses agresseurs. Mais nombre d'entre elles préfèrent ne pas sortir de leur mutisme, par pudeur, honte, peur d'être stigmatisées et désignées coupables". Un silence qui provoque chez elles une "stupeur psychique qui laisse ses traces durables et qui se manifestent à chaque contact avec l'homme", conclut le psychanalyste.