Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a fait une déclaration controversée lors d'une conférence organisée à Dakar. Affirmant que l'Afrique compterait 55 pays au lieu de 54, serait-ce un message de provocation envers le Maroc ou la marque d'une erreur technique? Difficile de passer à côté de la phrase du chef du gouvernement sénégalais qui a fait une allusion, à demi-mot, au Polisario, alors que le Sénégal ne reconnait pas la milice séparatiste. « L'Afrique c'est 55 Etats », a-t-il déclaré en expliquant les spécificités du continent. Pourtant, le Sénégal est l'un des principaux pays africains à soutenir fermement et historiquement l'intégrité territoriale du Maroc et sa souveraineté sur le Sahara. Le Sénégal réitère constamment son soutien à la souveraineté du Maroc sur l'ensemble de son territoire et le montre également par un appui diplomatique au niveau onusien, notamment la 4ème commission des Nations Unies, tout en ayant ouvert un consulat général à Dakhla en 2011 comme marque tangible de cette position. Dans ce cadre, ce faux pas diplomatique contenu dans le discours d'Ousmane Sonko peut difficilement être assimilé à une omission ou l'œuvre d'un débutant, surtout lorsqu'on observe la véhémence des réponses sénégalaises à la décision de la CAF de retirer le titre de champion d'Afrique aux Lions de la Teranga. Le Premier ministre sénégalais aurait-il ouvertement mêlé le sport à la politique? La question devrait être certainement éclaircie surtout que Bassirou Diomaye Faye, le président sénégalais lui, a envoyé des messages d'apaisement après l'affaire de la finale de CAN. Le Roi Mohammed VI a également envoyé un message de félicitations au président Sénégalais à l'occasion de la fête d'indépendance de son pays, formulant le souhait de « relever le caractère séculaire exceptionnel des liens de fraternité qui unissent les peuples marocain et sénégalais ainsi que la qualité sans cesse renouvelée de la coopération entre nos deux pays ». La déclaration déplacée du Premier ministre sénégalais peut être perçue comme révélatrice d'un chevauchement entre enjeux politiques et sportifs dans la communication sénégalaise. Les réactions des officiels du pays se sont enchaînées depuis le début de l'affaire de la finale devant le silence, sage et serein, du Maroc. Les deux pays adoptent deux approches différentes dans ce dossier qui est à présent entre les mains du Tribunal arbitral du sport (TAS), la plus haute instance juridique sportive mondiale. D'un côté, le Sénégal fait feux de tout bois, et multiplie les sorties médiatiques critiques, d'un autre, les autorités marocaines commentent rarement et ne le font qu'à travers la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Outre les déclarations des officiels sénégalais, une conférence de presse organisée par l'état-major sénégalais s'est tenue à Paris pour annoncer le recours devant le TAS. Le Sénégal a mis les bouchées doubles, en s'attachant les services de l'agence parisienne de communication d'influence Image 7 et d'une armée d'avocats internationaux pour mettre en place sa stratégie d'influence et de communication. Par ailleurs, l'équipe internationale d'avocats choisie par le Sénégal comprend des Sénégalais, Français, Espagnols et Suisses, dont des spécialistes du TAS. Dans ce contexte, la sortie d'Ousmane Sonko interroge autant sur sa portée réelle que sur son opportunité. S'agit-il d'un simple lapsus dans un discours plus large, ou d'un signal politique, alors même que le Sénégal a été à l'origine d'accusations et de soupçons de corruption visant le Maroc sans susciter de réaction du côté de Rabat. En dépit des provocations, ce malencontreux épisode devrait rester sans conséquences majeures sur la profondeur des relations entre les deux pays, tant celles-ci reposent sur des fondements historiques et une convergence d'intérêts largement partagés. Pour rappel, le Premier ministre sénégalais avait effectué, fin janvier, une visite officielle au Maroc pour la 15e commission mixte. La visite a été marquée par la signature de 17 accords de coopération pour renforcer les liens bilatéraux. A cette occasion, Sonko avait réaffirmé l'amitié historique et la coopération stratégique entre Dakar et Rabat, malgré les tensions sportives récentes.