«L'annonce par le gouvernement de la mise en place des mesures de défense commerciale est la bienvenue, encore faut-il que l'application de telles mesures soient rapides et faciles à déployer sur le terrain», note Fouad Benzakour, président de l'Association des professionnels des industries de céramique (APIC). Il est clair que cette réaction en dit long sur la très délicate situation du secteur. Aujourd'hui, les entreprises du secteur de la céramique, selon les professionnels, ont du mal à se faire compétitives à cause notamment du coût exorbitant de la production (énergie, transport, certaines matières premières). «Ceci sans oublier les procédures administratives compliquées ainsi que les textes de lois obsolètes», souligne Benzakour. Bien évidemment, les céramistes à l'instar d'autres professionnels dans d'autres secteurs, souffrent des accords de libre-échange «signés à tort, avec des pays concurrents directs du Maroc qui bénéficient d'avantages colossaux», tient à préciser Benzakour. Sur ce point, l'APIC souligne que l'Egypte, la Tunisie et certains pays européens bénéficient d'une énergie de cuisson de la céramique «à prix dérisoire». À titre d'exemple, le prix du gaz est 40 fois plus cher au Maroc qu'en Egypte, 10 fois plus cher qu'en l'Algérie et en Tunisie et 4 fois plus cher au Maroc qu'en Europe. Quant au coût de la main-d'œuvre, il est 4 fois plus cher au Maroc qu'en Chine ou en Egypte, une fois et demie plus cher au Maroc qu'en Tunisie. «Ce n'est pas tout puisque certains pays ont procédé à plusieurs dévaluations de leur monnaie pour gagner en compétitivité et nous posent de sérieux problèmes. C'est le cas de l'Egypte, de la Turquie et de la Chine», précise le président de l'APIC. Les maux des céramistes locaux ne s'arrêtent pas là, les producteurs espagnols, voulant échapper à l'étouffement de l'économie de leur pays, écoulent sur le marché marocain «de grandes quantités de carreaux qui entrent sans payer de taxes et sans être contrôlées alors que la norme en céramique est d'application obligatoire». Bien évidemment, cette concurrence met à genoux les céramistes marocains qui ont dû consentir d'énormes efforts aussi bien sur le volet financier que sur celui relatif à la qualité. À ce niveau, il faut rappeler que le Maroc se classe parmi les 20 premiers producteurs mondiaux de la céramique. «D'ailleurs toutes les sociétés marocaines ont obtenu une certification aux normes marocaines, c'est que le produit fabriqué localement a le même niveau de qualité que le produit international, grâce à la norme ISO 13006», rappelle Benzakour. Par ailleurs, la capacité de production au Maroc, elle, est passée de 30 millions de m2 en 2003 à près de 90 millions actuellement. De son côté, la productivité a plus que doublé durant cette période, passant de 6.500 à 13.000 m2par an. Perte de terrain Aujourd'hui, et en dépit des efforts des céramistes marocains, ces derniers trouvent d'énormes difficultés à garder leur positionnement sur le marché local. Ainsi, selon leur association, les importations s'inscrivent depuis plus de deux ans dans un trend haussier. Elles ont augmenté de 20% entre 2010 et 2011, de près de 40% entre le premier semestre 2011 et celui de 2012. Cette pénétration volumineuse et rapide des importations, combinée à la quasi-stagnation de la production nationale depuis près de quatre ans, a fait en sorte que la part de marché du produit local est passée de 85% en 2008 à seulement 72% actuellement. De plus 4 usines sont à l'arrêt depuis plus d'un an. Au regard de ces problèmes, les céramistes, qui ont saisi le gouvernement à plusieurs reprises, demandent à ce dernier «d'encourager la mise en place d'une source d'énergie à coût abordable et surtout à prix comparable à celui de leurs concurrents étrangers. Ils demandent également de «revoir la norme marocaine et de la renforcer par des contrôles qui permettent de stopper certains produits de mauvaise qualité. Une liste de ces contrôles a été remise à l'administration. Il s'agit aussi de procéder à un renforcement du contrôle au niveau des frontières terrestres, notamment avec Mellilia, pour stopper les importations illégales». Les céramistes vont plus loin en demandant la révision des accords de libre-échange, tout en mettant en place une préférence nationale pour tous les projets de l'Etat et les projets de logement social. «Pour ces projets, les promoteurs immobiliers bénéficient d'avantages fiscaux importants, mais n'hésitent pas à aller chercher des matériaux à l'étranger, alors que la capacité de production nationale est largement excédentaire», déplore Benzakour.