Le Maroc se positionne comme un candidat crédible pour intégrer le Top 60 mondial des économies à l'horizon 2040, avec un PIB projeté à 389 milliards de dollars. Cette trajectoire ambitieuse s'appuie sur des fondamentaux solides : croissance stable, diversification industrielle, montée en gamme du secteur automobile, dynamisme de l'aéronautique et services à forte valeur ajoutée. La création d'emplois spécialisés et le renforcement de la classe moyenne soutiennent également la demande intérieure. Toutefois, la durabilité de cette croissance dépendra des réformes structurelles et de la résilience environnementale du pays. Le Maroc pourrait franchir un seuil économique décisif à l'horizon 2040. Il devrait, en effet, intégrer les soixante premières économies mondiales, selon les projections du rapport publié récemment par le Centre for Economics and Business Research (CEBR). Dans ce document, l'institution britannique estime le Produit intérieur brut (PIB) marocain à 389 milliards de dollars à l'horizon 2040. Un tel niveau rapprocherait l'économie nationale du seuil symbolique des 400 milliards de dollars et traduirait, surtout, un changement d'échelle dans le positionnement économique du pays. À ce stade, le PIB du Royaume est évalué à environ 178 milliards de dollars. La trajectoire projetée représenterait ainsi une progression proche de 76% sur quinze ans. Pour les auteurs du rapport, cette évolution reste ambitieuse mais crédible. Elle s'inscrit dans un contexte mondial marqué par des recompositions industrielles et énergétiques accélérées. Des fondamentaux mesurables Cette trajectoire ne repose pas uniquement sur des projections théoriques. Elle s'appuie sur des indicateurs macroéconomiques déjà orientés positivement. En effet, selon le Haut-commissariat au plan (HCP), la croissance réelle du Maroc a atteint environ 3,8% en 2024. Cette performance reflète une résilience notable dans un environnement international incertain. Dans le prolongement, les données conjoncturelles de 2025 confirment une accélération progressive. Le HCP anticipe ainsi une croissance qui avoisine les 4,3% au troisième trimestre. Cette dynamique devrait se renforcer en fin d'année. Les projections évoquent par ailleurs un taux proche de 4,7% au quatrième trimestre 2025. Ces niveaux traduisent une meilleure capacité d'absorption des chocs externes et confirment une sortie progressive de la volatilité post-crises. Dans cette continuité, les prévisions gouvernementales prolongent la tendance et tablent sur une croissance proche de 4,5% à l'horizon 2026. Industrie : diversification et montée en gamme Ce socle macroéconomique repose sur une transformation structurelle de l'économie : le Maroc réduit progressivement sa dépendance aux performances agricoles. Dans ce contexte, l'industrie automobile s'impose comme un moteur structurant. Elle soutient les exportations tout en renforçant l'intégration locale. Selon les derniers chiffres publiés par l'Office des changes à fin novembre 2025, les exportations du secteur automobile se sont établies à environ 141,28 milliards de dirhams, toutefois en légère baisse de 3,1% par rapport à la même période de 2024. Cette évolution s'inscrit dans un contexte de réajustements conjoncturels où les segments traditionnels, tels que la construction automobile, connaissent des fluctuations, même si certains écosystèmes (comme le câblage et les composants intérieurs) continuent de montrer de la résilience. Au-delà des variations annuelles, et même si les expéditions de véhicules complets peuvent connaître des fluctuations à court terme, le secteur automobile marocain reste l'un des moteurs industriels les plus solides du pays. Sa taille, son poids dans les échanges extérieurs et sa vocation à monter en gamme (grâce à une intégration locale croissante) renforcent l'argument selon lequel la diversification, l'intégration industrielle et la création d'emplois spécialisés sont des facteurs clés qui font du Maroc un candidat crédible au Top 60 mondial des économies d'ici 2040. Parallèlement, d'autres secteurs industriels, comme l'aéronautique, poursuivent leur montée en puissance. Cette dynamique industrielle est complétée par l'essor des services à forte valeur ajoutée. Ces activités améliorent la productivité globale et soutiennent la compétitivité hors coûts. L'ensemble contribue à renforcer la résilience macroéconomique. Il permet surtout de stabiliser la croissance sur le moyen et le long terme. Emploi et classe moyenne : des effets attendus mais conditionnels Au-delà des agrégats macroéconomiques, le rapport du CEBR intègre une lecture sociale. La croissance projetée devrait générer des retombées plus larges pour la population. Selon les estimations, le PIB par habitant atteindrait environ 9.095 dollars en 2040. Ce niveau traduirait une amélioration sensible du revenu économique moyen. Cette évolution accompagnerait l'élargissement progressif de la classe moyenne, renforcerait la demande intérieure et soutiendrait la consommation structurée. Les données de la Banque mondiale apportent un premier éclairage concret sur cette interconnexion. Elles indiquent une croissance de 3,8% de l'économie non agricole en 2024, une dynamique qui s'est traduite par la création d'environ 162.000 emplois urbains. Cette dynamique confirme un début de transmission de la croissance vers le marché du travail. Le CEBR souligne toutefois une condition centrale. La durabilité sociale dépendra de la qualité et de la stabilité des emplois créés. Climat, eau et réformes structurelles : les contraintes déterminantes Malgré ces perspectives favorables, le rapport identifie plusieurs fragilités. Ces contraintes pourraient peser sur la trajectoire à moyen terme. Le changement climatique apparaît comme le principal facteur de vulnérabilité. Il affecte directement l'agriculture, la sécurité hydrique et les équilibres budgétaires. Les données issues des institutions nationales confirment une pression croissante sur les ressources en eau. Cette contrainte structurelle fragilise certains secteurs stratégiques. Face à ces risques, les auteurs appellent à renforcer l'investissement en adaptation climatique. Ils insistent également sur la poursuite des réformes économiques structurelles. Ces leviers conditionnent la soutenabilité de la croissance et déterminent la capacité à maintenir un rythme élevé dans la durée. Maroc 2040 : consolider un nouveau palier économique durable À l'horizon 2040, le Maroc dispose d'atouts économiques tangibles. Son positionnement régional et industriel renforce son attractivité. Dans ce contexte, le CEBR estime que le pays peut atteindre un nouveau palier de croissance. Cette ambition doit reposer toutefois sur une stratégie cohérente et continue. Au premier plan, la performance industrielle devra rester une priorité centrale. Elle devra s'articuler avec une inclusion sociale renforcée. La résilience environnementale constituera également un facteur décisif : l'équilibre entre ces dimensions permettra au Maroc de s'inscrire durablement parmi les économies émergentes majeures. Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ECO